LES DERNIÈRES ANNÉES DE L'EMPIRE
AXDIS qu'au dehors l'Empire descendait ainsi, poussé par ses propres fautes, de l'apogée où l'avait porté la guerre de (."riniée, d'importantes transformations ?' étaient opérées au dedans.
Déclin du système de Décembre.
— Le régime de 1S53 étant la dictature, il n'y avait qu'un mot que l'empereur ne pouvait pas prononcer impunément :
c'était celui de liberté. D'instinct, quand les ouvriers du faubourg Saint-Antoine applaudirent à la guerre « démocratique » d'Italie, ils saluaient la fin prochaine de l'Empire autoritaire.
Napoléon III ne fut pas plutôt revenu d'Ifalie qu'il se sentit obligé à relâcher le carcan. Ayant mené la guerre contre l'absolutisme de la maison d'Autriche, le moins qu'il devait à la France, c'était « la liberté comme en Autriche ». Mais du moment qu'il cessa d'être logique avec lui-même, qui s'était proposé puis imposé comme l'homme providentiel, il sapa son œuvre en pensant la consolider.
Les sénatus-consultes. — Pas mal de lassitude physique aidant, Napoléon III décida de donner aux grands corps de l'Etat, Sénat et Corps législatif, « une participation plus directe à la politique générale ». Un décret de 1860, puis deux sénatus consultes rétablirent le droit pour les Chambres de répondre au discours impérial par une adresse, la publicité de leurs séances et la plénitude de leurs pouvoirs financiers.
Dès qu'im peu d'air eut pénétré dans le régime jusqu'alors ' hermétiquement clos, l'activité politique se réveilla ; nécessairement, elle se tourna contre celui qui avait interrompu son sommeil.
Les Cinq. — Jusqu'en 1863, et seulement depuis 1857, il n'y eut, sur les bancs du Corps législatif, que cinq députés hostiles: Hénon, Darimon, Emile OUivier, Ernest Picard et Jules Favre.
Ces cinq opposants républicains tenaient tête avec beaucoup de force, mais sans violence, aux ministres sans « portefeuille », dont le rôle était de plaider pour le gouvernement devant les Chambres. Ils prirent dans l'opinion une importance considérable.
Moins la presse est libre, plus elle est favorable au développement des vrais talents ; les grands journalistes de l'épo-
que (Netïtzer, Peyrat, Prévost-Paradol, J.-J. Weiss, Emile de Girardin, John Lemoinne, Veuillot) appartinrent tous à la presse d'opposition.
Elections de 1863. -^ L'organisation de la candidature officielle aux élections de 1863 fut confiée par l'empereur à Persigny, l'un de ses complices de Strasbourg, qui ne s'embaiTassait pas de légalité, passait pour habile et fâcha jusqu'aux bonapartistes les plus complaisants.
Les anciens partis, républicains, légitimistes et orléanistes, formèrent une coalition sous le nom à.' Union libérale. Divisés dans le passé et sans dissimuler qu'ils le seraient dans l'avenir, ils étaient d'accord contre.l' Empire.
Ntil ne pouvant être candidat sans prêter serment à l'empereur, les « purs » s'abstenaient, non sans fierté, mais sans profit pour la cause. Le refus de serment continua à être 1j mot d'ordre des grands proscrits répub'icains, qui avaient repoussé l'amnistie, Hugo, Charras, Schœlcher, Quinet, et des féaux du comte de Chambord. L'opinion des « assermentés »
l'emporta dans les réunions préparatoires des partis. L'opposition fit passer tous ses candidats à Paris, trente-cinq dans tout le pays.
Thiers et Berryer furent élus. Les adversaires de l'Empire réunirent deux millions de voi.x.
Le pays ne se sentit pas moins soulagé en rentrant dans la liberté que, dix ans auparavant, en entrant dans le silence.
L'unité allemande. — La restauration d'un peu de liberté à l'intérieur ne fut que la moindre conséquence de la guerre d'Italie ; l'unité italienne fut la préface de l'unité allemande.
Il y a de grandes différences entre les deux entreprises et les deux œuvres. Les Italiens se sont volontairement unis en un seul corps de nation, sous une monarchie constitutionnelle et démocratique ; les Allemands, de gré ou de force, ont été réunis, sans rompre entièrement leur organisation fédérative, sous ime domination militaire et féodale. Les uns et les autres étaient las des divisions qui font d'un peuple fragmenté la proie facile de l'étranger.
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