‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 560 sur 725 · TROISIÈME RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME RÉPUBLIQUE

T 'Empire sans empereur ne chercha une commission de gouvernement et

*-" même pas à se défendre. La chute fut de défense nationale, et, au plus tôt,

aussitôt le fait acquis. Le 4 septembre de réunir une Constituante,

au matin, il n'y eut personne qui doutât Gambetta eût voulu obtenir d'un

qu'on serait le soir en république. vote de la Chambre le gouvernement

4: septembre. — La Chambre, réunie nouveau ; il appuya la proposition de

dans la nuit du 3 au 4, eut quelques Thiers qui eut la presque unanimité

heures pour faire l'économie d'une révo- dans les bureaux ; le terrain d'union

lution. Elle se borna à entendre dans était là. Mais la commission tarda à

un morne silence la communication de déposer son rapport et, entre temps, une

Palikao sur le désastre, et la lecture, par foule où dominaient les bourgeois et les

Jules Favre, d'une motion de déchéance, gardes nationaux pénétra dans le palais

Le lendemain, le Conseil des ministres législatif, sans rencontrer de résistance.

décida de présenter un projet qui impli- Par deux fois, Gambetta monta à la tri-

quait, lui aussi, la fin du régime : Conseil bune, conjurant les envahisseurs délaisser

de régence et de défense nommé par le se poursuivre la séance, « afin de rendre la

Corps législatif; les ministres nommés déclaration de déchéance plus solennelle ».

parle Conseil, Palikao lieutenant général. Bientôt la foule déborda dans l'en-

II ne se trouva personne pour soutenir ceinte même des députés, occupant leurs

le projet. Un ancien ministre du 2 janvier, places et réclamant la déchéance et la

Buffet, demanda à l'impératrice d'abdi- République. Le président Schneider

quer ; souvent mal avisée, elle n'avait pas quitta la salle.

cessé d'être ferme et fière sous l'épreuve ; Alors Gambetta, remontant à la tri-

elle dit « qu'elle était prête à tout, sauf à bune, proclama la déchéance, «attendu

déserter son poste ». que la patrie est en danger », et Jules

Thiers proposa alors de faire nommer Favre cria que la République devait être

Pal la Chambre, « vu les circonstances », proclamée à l'Hôtel de Ville.

Abbatucci et Gresley , la tête d'une colonne de 2 000 à 3 000 hommes de toutesarmeset s'élança vers Bazi'illes en flammes. Cent canons, établis sur les hauteurs, décimèrent, puis dispersèrent l'héroïque cohue. Il y avait plus de 700 pièces autour de la ville, prêtes à la brûler en quelques heures.

A ce moment, le colonel Bronsart de Schellendorfï somma l'armée de se rendre. L'empereur écrivit au roi de Prusse :

«N'ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à rendre mon épée entre les mains de Votre Majesté. »

Donchery. ■ — Moltke fut implacable ; dans l'entretien nocturne qu'ils eurent à Donchery, il exigea de Wimpfen la reddition pure et simple de l'armée.

La capitulation fut signée le lendemain, 2 septembre, après un conseil de guerre où la lutte fut reconnue impossible.

Napoléon eut une entrevue avec Bismarck qui lui proposa de négocier, mais il n'en avait plus le pouvoir, n'étant plus qu'un prisonnier. Il fut conduit à Cassel, au château de Wilhelmshôhe qui s'était appelé N apoléonshôhe du temps du roi Jérôme.

Ce qui restait de l'armée, 80 000 hommes, fut parqué dans une île de la Meuse, « le camp de la misère ».

iSjo-iSjT. — GOUVERX* DE LA DÉFEXSE XATIOXALE. -I-IS

Ils s'y rendirent aussitôt, suivis par une foule immense, par un soleil radieux de septembre. Malgré l'horreur du désastre, cette foule était joyeuse, — Gambetta en eut le cœur serré, — parce qu'elle allait restaurer la République et qu'elle était pleine d'une foi mystique dans la victoire révolutkinnaire comme en 1792.

Gouvernement de la défense nationale.

— Les hommes du parti extrême, Delescluîo, ^Minière, étaient déjà à l'Hôtel de Ville, prêts à prendre le pouvoir. Les députés de Paris proclamèrent la République, se firent acclamer « Gouv-emement de la défense nationale » et s'adjoignirent le général Trochu, qui réclama la présidence.

Trochu, d'opinions orléanistes, catholique pratiquant, était devenu tout à coup très populaire, autant pour la demidisgrâce où l'avait laissé l'Empire que pour l'activité dont il avait 'ait preuve comme gouverneur de Paris. Il fit appeler le général Le Flô à la Guerre et l'amiral Fourichon à la Marine. Jules Favre prit le ministère des Affaires étrangères et Gambetta celui de l'Intérieur.

Thiers refusa de faire partie du gouverne'nent, mais promit son concours.

L'impératrice avait quitté les Tuileries peu avant qu'elles fussent envahies ; elle se réfugia en Angleterre. Le Corps législatif et le Sénat furent dissous.

La révolution s'était faite sans qu'une goutte de sang fût versée.

Délégation de Tours. — Avec quelque unanimité que le Gouvernement de la défense eût été accepté et applaudi pour sa déclaration de guerre à outrance, il décida de convoquer à bref délai une Assemblée constituante de 750 membres, élue au scrutin de liste. La nation se prononcera elle-même sur la forme du gouvernement et la continuation de la lutte, ou les conditions de paix.

Comme l'investissement de Paris était imminent, Gambetta émit l'avis que le gouvernement tout entier se transportât en province. Le conseil décida de rester à Paris, comme au lieu du plus grand péril, et de n'envoyer à Tours qu'une délégation : Crémieux et Glais-Bizoin, deux vieillards, et l'amiral Fourichon.

La question d'Alsace-Lorraine. — Les .■\llemands arrivaient sur Paris par les deux routes de Châlons et de Soissons, certains de n'y rencontrer qu'une faible résistance.

L'armée du Rhin engloutie à Sedan ou bloquée à Metz, nos forces militaires ne dépassaient pas 150000 hommes, dont le corps de V'inoy, revenu des en-

virons de Sedan par une marche rapide.

Bismarck n'avait pas cessé de dire à tous depuis le début de la guerre : « Nous prendrons Strasbourg et Metz si nos armées sont victorieuses ; Strasbourg sera notre Gibraltar. » De Reims, il envoya une circulaire à ses agents diplomatiques : « Tant que la France restera en possession de Strasbourg et d^ Metz, son organisation offensive sera plus forte que notre défensive. Strasbourg est entre les mains de la France une porte de sortie toujours ouverte sur l'Allemagne du Sud. Aux mainsdel'Allemagne, Strasbourg et Metz acquièrent un caractère défensif. »

Il n'y avait plus personne en Europe qui doutât que Strasbourg et Metz fussent l'enjeu de la guerre. C'était pour Strasbourg et Metz que Bismarck avait voulu la guerre avec l'Empire et qu'il la poursuivait contre la République.

Le gouvernement de la défense était sans illusion sur les conditions d'une paix allemande. Il savait ce que Bismarck demanderait et ce que la France repousserait. Du premier jour, Jules Favre, dans une circulaire, traduisit exactement la pensée de tous. La République, gardienne de l'intégrité nationale, « ne cédera ni un pouce de terrain de la France ni une pierre de ses forteresses. 0

Comme les Allemands, à l'exemple des alliés en 1814, avaient annoncé qu'ils faisaient la guerre, non pas à la nation française, mais à Napoléon III, Favre se résolut cependant à avoir un entretien avec Bismarck.

Entrevue de Ferrières. — Ils se rencontrèrent à la Haute-Maison et à Ferrières (18 et 19 septembre).

Fav're ne se présenta pas en négociateur ; la paix, au nom de la France, ne peut être conclue que par une assemblée, librement élue ; mais il sollicite un armistice pour l'élection de l'assemblée.

Bismarck, hautain, dur, ironique, parla tout de suite des conditions de paix : « L'Allemagne n'a pas cherché la guerre ; elle en a saisi l'occasion pour" sa sécurité. Strasbourg est la clef de la maison ; nous la voulons. Cette condition est absolue. » Il ne consentira à aucun prix à un armistice. Et il essaya de jouer des choses de la politique intérieure : « Si nous avons intérêt à maintenir la dynastie de Napoléon, nous la rétablirons. De même pour les d'Orléans, de même pour M. de Chambord, qui serait beaucoup de notre goût, surtout du roi.... »

Finalement, Bismarck céda sur l'armistice, mais, seul, le roi en pouvait dire

Page 1