FIN DE BOULAN GER
coup sur coup dans la Dordogne, la Somme, la Charente-Inférieure et le Nord. La constitution, dont ses amis publièrent l'ébauche, eût fait reculer la France en deçà de 1852.
Le boulangisme de droite. — Le baron de Mackau, l'homme fort de la droite, ayant déclaré que « la situation du parti républicain était désormais perdue », toute une brillante société, qui évoquait par son agitation et sa frivolité « la Fronde des princes », s'engagea ouvertement avec Boulanger. On y retrouva les noms de quelques descendants des compagnons du « roi des Halles » et un escadron de femmes non moins échauffées que les amies de la Grande Mademoiselle.
Boulanger s'accorda à la fois avec le comte de Paris et le prince Napoléon, promettant à chacun d'eux.
Seuls quelques vieux légitimistes et les doyens de l'ancien parti orléaniste (Cazenove de Pradines, Lareinty, le duc de Broglie, Bocher, Buffet) refusèrent de suivre l'aventurier.
Boulanger porta à la Chambre son projet de revision et une motion de dissolution : « Le pays est las jusqu'au dégoût d'un régime de corruption et de mensonge; la Chambre est en fragments, en poussières.... »
Floquet lui rappela son passé : « Vous qui avez passé des sacristies dans les antichambres des princes.... » Ils se battirent en duel et Floquet le blessa à la gorge. Le prestige de l'idole n'en fut pas atteint.
L'élection de Paris. — L'entreprise fut à son apogée en janvier 1889. Boulanger avait donné sa démission pour être candidat à une élection partielle à Paris ; il fut nommé comme en triomphe avec plus de 80 000 voix de majorité (27 janvier).
Quelle résistance eût-il rencontrée, s'il s'était porté ce soir-là, avec le flot de ses partisans, sur l'Elysée?
Cette fois les républicains comprirent l'avertissement ; le temps des phrases était passé, on se souvint du 2 décembre. Moins d'un mois après, la Chambre refusa de discuter le projet de revision qu'avait rédigé Floquet Camot rappela Tirard qui s'entoura d'hommes résolus à l'action (Rouvier, Thévenet, Constans, Faliières, Spuller). Ils prirent tout de suite l'offensive.
Fuite de Boulanger. — La dissolution de la Ligue des patriotes, les poursuites contre ceux de ses membres qui faisaient partie des Chambres, le bruit répandu que le gouvernement allait procéder à ra.pplication, réclamée par celui qui écrit ce livre, des «justes lois», d'habiles manœuvres du ministre de l'Intérieur Constans, eurent vite fait d'afïoler Boulanger.
Il n'y eut jamais de parti à ce point trahi par son chef. Sa pensée ne s'arrêta ni sur les hommes qui s'étaient engagés à sa suite, ni sur les masses qui s'étaient mises en mouvement pour en faire un autre César. Il avait des habitudes de luxe et redoutait la prison. Il ne prévint personne que sa maîtresse et s'enfuit sous un déguisement à Bruxelles, où il fut bientôt rejoint par deux de ses principaux complices, le comte Dillon et Rochefort (avril 1889).
Il y avait eu de plus vastes effondrements ; on n'en avait pas encore vu d'aussi rapide. En quelques heures tout croula.
Le Sénat constitué en Haute-Cour pour juger Boulanger, Rochefort et Dillon, les condamna par contumace à la déportation perpétuelle ; le complot contre la République fut formellement établi.
Mort de Boulanger. — Deux ans après, celui que des foules av ient acclamé et dont les courtisans, s'il ; vait réussi, se fussent appelés légion, se tua sur la tombe de sa maîtresse, au petit cimetière d'Icelles (30 septembre 1891).