PRÉSIDE^CES DE LOIBET ET DE FALLIÈRES
LE septennat de Loubet, puis celui lui venait en aide, car l'association»
d'Armand Fallières furent, à l'inté- convention relative aux personnes et
rieur, des périodes d'une grande activité non aux biens, ne se pouvait librement
législative, et virent monter à l'horizon constituer qu'à condition de respecter
les nuages précurseurs de la guerre mon- la liberté individuelle, de ne pas auto-
(iiale. riser l'abandon des droits de l'homme
Les premiers ministres furent tantôt et du citoyen, de ne pas être perpétuelle
des vétérans de la politique : Combes et de ne rien permettre ni contre la
après 'Waldeck-Rousseau, puis Rouvier, morale publique, ni contre la conservation
Sarrien, Clemenceau, Monis ; tantôt des de l'Etat.
hommes plus jeunes, qui avaient marqué La loi sur les Associations. — La
dans de précédentes combinaisons : Aris- discussion de la loi donna lieu à de
tide Briand, socialiste ; Caillaux, fils grands débats passionnés. Le centre et la
d'un ancien ministre de l'ordre moral, droite, Ribot et Mun, s'opposèrent à la
rallié depuis 1897 ; Raymond Poincaré, loi jusque dans son principe. Le Bloc des
modéré. gauches en altéra le principe par des
Les congrégations. — Waldeck- Rous- dérogations, inefficaces ou brutales,
seau, avec la tradition des grands légistes Aux élections générales de 1902, la
et de tempérament gallican, essaya de majorité des gauches revint renforcée
limiter les conséquences de l'immixtion d'environ 40 voix. Toutefois, si au lieu
du clergé régulier et du clergé séculier de compter les sièges, on comptait les
dans les batailles politiques. suffrages, l'écart était faible : à peine
Résolument concordataire, comme 200 000 sur 10 millions d'électeurs,
l'avaient été Gambetta et Ferry, il se Waldeck-Rousseau, s'il était resté au
satisferait de ramener d'une main ferme pouvoir, eût essayé de faire succéder à une
le clergé séculier sous le contrôle de l'Etat, politique de combat une politique d'apai-
II fallait, par contre, à la place d'une sèment.
législation «illogique, arbitraire et inopé- Le ministère Combes. — Au contraire,
rante », une nouvelle législation «ration- Combes, qui le remplaça, n'éprouva aucun
nelleet efficace » pour arrêter les progrès besoin de s'arrêter à l'étape et de repren-
des réguliers. dre haleine.
Depuis le xiii^ siècle, l'État, c'est-à- C'était alors un petit vieillard d'envidire le Roi, s'était reconnu le droit de ron soixante-dix ans,
batailleur en ne tolérer de congrégations qu'autorisées diable, qui avait été élevé dans un sémi
par lui et de les dissoudre dès que ces communautés menaceraient de vivre en dehors des lois.
Waldeck- Rousseau n'entendait frapper que 1rs moines d'affaires et
FAI.LIRRES
(Cl. Pirou.)
naire et avait fait de fortes études en théologie, et qui était devenu anticlérical dans son âge mûr, comme il avait été catholique dans sa jeunesse, avec des œillères et sans rien de cette grâce tolérante qui fait le chamie des pensées les moines ligueurs; il vraiment libres.
-'efforça de créer pour II accentua donc la politique anti-
toutes les associations cléricale, et, toujours soutenu par le &/oc, liques ou religieuses, ferma les établissements religieux qui un droit commun ; le n'étaient pas pourvus d'autorisation, terme de congrégation employa la troupe à l'application des n'est pas une seule fois décrets, repoussa presque toutes ■ Jes dans son texte. Mais ici demandes d'autorisation que les congiémême, le droit commun gâtions avaient formées et, enfin, fit
^i: PA h'ATiox ni- s j-ci.isEs et m: l'kiat.
interdire l'enseignement à toutes les congi égalions même autorisées.
Waldeck-Rouss eau, déjà atteint par un mal mortel, fit son dernier effort pour combattre devant le Sénat ces défonuations de sa loi ; mais il trouva devant lui Clemenceau et fut battu.
Rupture avec Rome. — Le pape Léon XIII a\ait fait à Waldeck-Rousseau une opposition surtout de principe ; son successeur Pie X engagea contre Combes une lutte autrement vive, qui conduisit en peu de temps à la rupture diplomatique et à la séparation des Eglises et de l'Etat. Quand des radicaux comme Goblet, des protestants comme l'historien Monod, et bien d'autres, libres penseurs ou juifs, protestaient contre une politique empreinte d'esprit sectaire, le silence du pape aurait surpris. Mais Pie X crut pouv'oir intervenir par des notes diplomatiques, ce qui donna à Combes l'avantage du terrain ; texte en mains, il se refusa à admettre une conversation sur des matières non visées par le Concordat. Le Saint-Siège ayant répondu qu'il n'avait jamais reconnu les « articles organiques », Combes, jusqu'alors concordataire, devint favorable aux motions, émanées des socialistes, sur la séparation. La vieille querelle, tout à coup renouvelée, sur la formule d'investiture des évêques, et surtout la protestation "du Saint-Siège, adressée aux chancelleries des pays catholiques, contre le voyage du président Loubet à Rome, rendant au roi d'Italie sa visite à Paris, déterminèrent la rupture.
L'ambassadeur de la République au \'atican fut rappelé après ce dernier incident, et, cette fois, avec l'approbation des modérés, notamment de Ribot. Puis, l'avertissement n'ayant pas été compris.
Combes déposa lui-même un projet de séparation des Églises et de l'Etat (novembre 1004I.
Chute de Combes. — Le gouvernement de Combes fut renversé peu après. Son- ministre de la Guerre, le général André, s'était rendu populaire par la réduction du service militaire à deux ans. Il croula quand on découvrit qu'il avait organisé un système d'espionnage et de délation pour se renseigner sur les opinions des officiers.
Il ne parut pas admissible que « la République empruntât les procédés de la
congrégation et s'appropriât la maxime que la fin justifie les moyens ' ».
Séparation des Églises et de l'État. —
Le nouveau régime des Eglises hit établi sous le ministère suivant, que présidait Rouvier, après de longs débats (9 décembre 1905) ; il fut surtout l'œuvre du rapporteur de la commission, Briand, libéral par tempérament et par politique, esprit ingénieux et souple, à la parole profonde et rythmée. Il assura ensuite l'exécution de la loi comme ministre, dans les cabinets que présidèrent successivement Sarrien et Clemenceau.
Les républicains les plus modérés (Ribot, Deschanel) reconnurent que la séparation était l'aboutissement inévitable de la vieille lutte qui, sous l'ancien régime comme depuis la Révolution, s'était poursuivie entre le pouvoir civil, l'esprit laïque et l'esprit théocratique, d'ailleurs une solution plus -logique que le régime du Concordat. C'avait été, sous la monarchie de Juillet, la solution préconisée par les catholiques libéraux (Montalembert, Lacordaire) ; récemment encore, Pie X avait été invité par des députés de droite « à dénoncer lui-même le Concordat ».
La troisième République, assez fortement imbue d'idées napoléoniennes, n'avait point inscrit la séparation dans son programme initial ; mais elle s'était avancée, presque à son insu, par étapes vers la sécularisation complète de l'Etat.
Quand elle eut successivement laïcisé l'enseignement, rétabli le divorce, astreint les séminaristes au service militaire, établi la liberté des funérailles, retiré aux fabriques le monopole des inhumations, dissous celles des congrégations qu'elle ne soumettait pas à un régime spécial, l'abrogation de la loi du 18 germinal an X parut une conséquence.
Loi de Séparation. — La loi, par ses dispositions principales, garantit le libre exercice de tous les cultes, catholique, protestant, Israélite, mais n'en reconnut, n'en salaria et n'en subventionna aucun. Se désintéressant de la nomination des ministres du culte, à la seule condition qu'ils fussent Français, elle leur enleva leur qualité, un peu humiliante, de fonctionnaires. Les églises et les temples, avec leur mobilier, furent laissés à la disposition des fidèles. Le pape ayant refusé aux évêques, qui en avaient exprimé le désir '-, l'autorisation
ï. Discours de Millerand.
2. A l'assemblée générale de l'épiscopat (30 mai 1905), par 48 voix contre 26.