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CARTE DE L'AFRIQUE AU DEBUT DU XX' SIECLE

désapprouver la brutalité des procédés allemands.

Conférence d'Algésiras. — Il y eut

trois alertes principales.

En 1905, après la démission de Delcassé, pour son refus d'accepter la conférence internationale réclamée par l'Allemagne, le politique réaliste qu'était

spécial de la France pour le rétablissement de l'ordre et pour l'organisation de la police.

Dès 1908, l'Allemagne reprit l'offensive. Elle s'employa à soulever contre le sultan son frère Mulaï Hafid et provoqua un incident violent à l'occasion de quelques déserteurs allemands de la

LE COUP D'A GA])1 h'.

Légion étrangère, arrêtés à Casablanca par les autorités françaises. Lenipereur réclama leur mise en liberté immédiate.

L'affaire fut réglée, après des pourparlers où le ton se haussa, par le tribmial de La Haye. Pour quelques sans pairie, on ne pouveiit pourtant pas faire la guerre !

Le coup d'Agadir. — Enfin, eu juillet X')ii, le plus grand coup.

Cette guerre civile que l'Allemagne elle-même avait soudoyée au Maroc, obligea le sultan à réclamer notre aide contre les tribus qui le menaçaient jusque dans sa capitale de Fez. Malgré que l'Allemagne eût signé, en 1909, un accœ"d qui constatait, en propres termes, « son désintéressement politique au Maroc », les troupes françaises u'' eurent pas plutôt occupé Fez et sauvé d'un massacre les nationaux de tous les pays, qu'elle rouvrit le conflit.

Sous le prétexte que des ma,isons allemandes, opérant dans le sud du Maroc, étaient menacées par les tribus, l'empereur envoya im vaisseau de guerre, le Panther, devant le port marocain d'Agadir.

C'était un port fermé, où, par conséquent, il ne pouvait exister cîe maisons européennes ; il ne s'y trouvait pas un seul Allemand. Le prétexte était insoutenable. L'envoi du Panther constituait la violation flagrante de l'acte d'Algésiras. Les ambassadeurs allemands, interrogés, répondirent que l'acte n'avait plus de valeur.

La compensation congolaise. — Le gouvernement de Berlin ne tarda pas à déclarer son but : l'octroi, bien que r.\llemagne ne fût pas une puissance méditerranéenne, da compensations analogues à celles que l'Angleterre et l'Espagne avaient reçues de la France ; à cette condition seulement, l'empereur GuUiaume nous laisserait poursuivre en paix notre œuvre marocaine dans l'intérêt général de la civilisation.

Il réclama la cession de la plus grande partie du Congo français, de façon à étendre jusqu'au fleuve ses possessions du Cameroun.

Tout de suite, le chancelier de l'Echiquier, Lloyd George, parla très haut. Le cabinet britannique consentirait d'importants sacrifices pour préserver la paix, mais, si l'honneur national se trouvait en jeu, et il était engagé avec la l'rance, l'Angleterre ferait tout son devoir de grande nation.

Si mal fondée que fût la demande et si brutal que fût le procédé, le souci de

la paix européenne l'emporta une fois de plus. Après de pénibles négociations, où la guerre fut plus d'une fois en vue, le gouvernement français {Caillaux, de Seh'es, Delcassé) céda.

La convention de Berlin. — L'Allemagne obtint en Afri(]ue tout un immense territoire, depuis le lac Tchad jusqu'au confluent de la Sangha et du Congo, avec un accès sur l'Oubanghi, — plus de 300 000 kilomètres carrés, — en échange de quoi elle adhéra, tout en conservant de nombreu.\ privilèges, aux principes de notre protectorat au Maroc (4 novembre 191 1).

Si le Maroc changeait de teinte sur la carte en attendant de devenir le prolongement de notre Afrique du Nord, l'unité de notre empire africain était brisée ; l'Allemagne avait acquis, par un véritable chantage, des territoires conquis par nos explorateurs, où flottait notre drapeau.

Ministère et présidence de Poincaré. — Les Chambres ne ratifièrent pas sans en éprouver quelque amertume les traités marocains et congolais.

Caillaux, qui avait quelquefois parti trop complaisant à l'Allemagne et s'entendait mal avec le ministre des Affaires étrangères, se retira avant le vote du Sénat.

Il fut remplacé par Poincaré, Lorrain robuste, avocat rompu aux grandes affaires, orateur précis et vigoureux, qui porta dans les questions extérieures un vif sentiment de la fierté française.

A l'intérieur, il s'efforça de réaliser ime réfonne électorale qui, par le scrutin de liste, émanciperait les députés des influences envahissantes de la petite circonscription, et, par la représentation proportionnelle, assurerait à tous les partis tout leur droit dans le gouvernement du pays par le pays.

Au terme du septennat de Fallières, Poincaré fut élu président de la République (janvier 19 13).

Affaires d'Orient. — En même temps que l'Allemagne pesait sur notre politique coloniale, mais sans y trouver l'occasion attendue de « tirer le glaive * », elle poursuivait, par elle-même ou par l'Autriche, sa « marche vers l'Est » et faisait naître, à l'Orient comme à l'Occident de la Méditerranée, une inquiétude permanente pour la paix.

Le chancelier allemand Blilow et le ministre autrichien Goluchowski s'inquiétèrent eux-mêmes de l'arrogance et

I. Discours de Heydebrand au Reichstag, applaudi Je sa tribune par le Kronprinz (prince liéritier).

igiS. — LA LOI DE TROIS ANS.

des appétits croissants du « pangermanisme ». Avecleurs successeurs (Bethmann- Hollweg à Berlin, Aerenthal et Berchtold à Vienne) la politique mondiale » battit son plein.

En 1908, la Russie, dans son désir d'éviter la guerre en Orient, s'inclina devant l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, décrétée tout à coup par l'Autriche, en violation du traité de Berlin qui lui en avait confié seulement l'administration.

C'était un coup sensible aux aspirations des Slaves du Sud vers l'indépendance et vers l'unité. L'hégémonie austrohongroise dans la péninsule des Balkans, la suprématie allemande dans le reste de l'Empire ottoman, où la révolution jeune-turque eut vite fait de se mettre aux ordres de Berlin : le plan se dessinait pour l'invasion germanique en Orient.

Aux premiers jours de 1910, un voyageur compara la péninsule à une poudrière où circulaient des fumeurs.

L'annexion de la Bosnie-Herzégovine fut comme le signal de la dislocation de l'Empire ottoman. L'Italie s'empara de laTripolitaine, puis les États balkaniques (Bulgarie, Serbie, Monténégro, Grèce), ayant contracté alliance, se jetèrent sur la Turquie. Il fallut arrêter les Bulgares aux portes de Constantinople. L'Autriche les ayant alors poussés contre les Serbes, ils furent battus et perdirent la plus grande partie de leurs conquêtes macédoniennes.

Les Grecs restèrent à Salonique ; ils avaient annexé l'île de Crète. Les Serbes se rapprochaient de l'Adriatique (1910- 1912).

Les nationalités chrétiennes des Balkans, armées à l'européenne, conscientes de leurs droits et de leur force, allaientelles arrêter le grand dessein allemand sur l'Orient?

Au printemps de 1913, l'Autriche, avec l'assentiment de l'Allemagne, demanda à l'Italie son concours éventuel pour une guerre offensive contre la Serbie. L'Italie, déjà détachée plus qu'à demi de la Triple Alliance, rapprochée de l'Angleterre et de la l'Yauce, refusa.

Les armements allemands. — L'extraordinaire prospérité de l'Allemagne aurait dû la détourner de toute pensée de guerre ; lu pénétration de son industrie et de son commerce dans tous les pays du monde devait lui assurer à bref délai comme la conquête économique du globe. Mais les ambitions de la WeltpolUik la tenaient ; la caste militaire rêvait de batailles ; l'empereur voyait sa popularité s'en aller après tant d'échecs de ses bruyantes entreprises.

L'Allemagne aurait pu cacher ses résolutions de guerre ; elle les annonça par un accroissement formidable de ses armements. En même temps, comme si elle cherchait des prétextes moins éloignés que les péripéties de la politique orientale, elle suscita des incidents de frontière — une rixe à Nancy, la descente d'un dirigeable en Lorraine — et redoubla de brutalitédans l'administration del' Alsace- Lorraine, irréductible dans ses sentiments français.

L'armée allemande du temps de paix était en 1891 de 486 000 hommes. La loi de 1913, dont les membres du Reichstag disaient eux-mêmes que c'était la mobilisation en pleine paix, porta les effectifs, pour 1914, à plus de 850 000. C'était une supériorité de 400 000 hommes sur l'armée française.

La loi de trois ans. — En raison de la différence entre le chiffre des populations, 39 millions de Français contre 66 millions d'Allemands, comment rétablir l'équilibre, même en tenant compte de la fraction des troupes allemandes qui seraient employées à la frontière russe, sinon en appelant une classe de plus sous les drapeaux, c'est-à-dire en rétablissant le service de trois ans?

Dur sacrifice à demander à une démocratie laborieuse et pacifique, mais sacrifice indispensable. Les Chambres le consentirent, malgré l'opposition acharnée des socialistes et d'un assez grand nombre de radicaux. La loi, réclamée par le Conseil Supérieur de la guerre et présentée par Briand, fut défendue par son successeur Barthou et le ministre de la Guerre Etienne, par les généraux Joffre et Pau, et par les principaux membres de la Commission de l'Armée ^.

Ainsi la faute du Corps législatif de 1867 ne fut pas renouvelée, faute que l'oubli delà cruelle expérience aurait faite singulièrement plus lourde (7 août 1913).

La résolution virile avec laquelle la proposition d'augmenter la durée du service fut accueillie en L'rance, étorma les Allemands, mais sans modifier les projets de l'empereur et de l'Etat-Major. Jules Cambon, ambassadeur à Berlin, prévint, en mai 1913, que la pensée de l'Etat-Major était d'agir par surprise.

En novembre, le roi des Belges étant en visite à Potsdam, l'empereur lui confia « que la guerre avec la France était inévitable et prochaine » et que, « cette fois, il fallait en finir ^ ».

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