‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 611 sur 725 · LE MOUVEMENT INTELLECTUEL AU XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT INTELLECTUEL AU XIX« SIÈCLE

Les époques du XIX' siècle. \\ La poésie. || Le roman et le

théâtre, j L'Histoire. Il Philosophie et critique. N Les Sciences, y

Beaux-Arts.

/Caractères généraux de la civilisaticn ^ contemporaine. — Le xix<^ siècle se distingue essentiellement des temps précédents par Tavènement de l'esprit scientifique. La Révolution a émancipé la science et a été consolidée par elle.

Si puissant 'qu'ait été l'ébranlement causé dans les esprits, les sociétés et les États par la Réforme, la Révolution a été autrement destructrice et autrement constructrice. Son empreinte est partout, même chez ses adversaires. Son esprit lut parfois méconnu par ses partisans qui se firent créateurs de dogmes, alors que l'essence de la Révolution, fille de l'Encyclopédie, c'est l'esprit critique qui ne s'arrête devant aucune œuvre des hommes.

Comparez le tableau de la France à la veille de la Ré%'olution à celui de la France cent ans après la Révolution. La différence entre la forme des gouvernements, Monarchie et République, est minime auprès de la différence entre l'état social d'avant 1789 et l'état social qui est l'œuvre de la Révolution et de la science, unies pour l'émancipation continue de l'homme et pour son bien-être croissant.

Ce que Pascal dit de la justice qui ne peut rien sans la force, il faut le dire des principes de la Révolution : ils n'ont définitivement triomphé que par les inventions scientifiques, chemins de fer, bateaux à vapeur, télégraphes, machines de tous genres au service de l'industrie, établissement de crédits, valeurs en papier, qui ont rendu impossible tout retour en arrière.

L'instrument merveilleux de progrès que l'imprimerie a été au xv« siècle, la vapeur et rélectricité l'ont été au xix'^.

Si l'ancien régime, av«c ses classes privilégiées, le servage des paysans et celui des ouvriers, les religions d'Etat, les barrières douanières de province à j)rovince, a été aboli ; si la liberté et l'égalité, le droit des peuples de se gouverner eux-mêmes, le droit de tous les enfants à l'instruction, l'uniformité d'une

justice plus humaine, la solidarité économique et la solidarité sociale ont été établies d'une façon durable, c'est que la France ne s'est pas contenté? de reconstruire l'ancien édifice, mais qu'elle reconstruit sans cesse le nouveau.

La nature humaine n'a pas changé, mais l'assujettissement du monde physique permet à la science d'organiser plus rationnellement qu'autrefois la société et l'humanité elle-même.

Caractères nouveaux de la littérature. — Dans ce monde nouveau la littérature a nécessairement évolué ; les caractères généraux n'en sont plus les mêmes.

D'abord, elle est devenue de beaucoup plus abondante.

Au moyen âge, qui, en dehors des couvents, des grandes écoles, des cours seigneuriales, possédait des manuscrits, d'ailleurs en latin dès que le sujet relevait de la philosophie ou de la science? L'imprimerie elle-même, jusqu'au xviii« siècle, ne fit qu'élargir le cadre de ceux qui s'intéressaient aux choses de l'esprit ; le livre ne s'adressa toujours qu'à une aristocratie.

Au xix*^ siècle, le cadre a été brisé ; c'est toute la nation qui lit.

Avec le livre et le journal à bon marché, ensuite avec l'obligation de l'instruction primaire, le nombre des lecteurs — des hommes qui savent lire et qui veulent lire — ne s'est pas moins accru que, par l'extension du bien-être, celui des hommes qui mangent de la viande et qui boivent du vin. La nourriture plus forte de l'esprit s'est « démocratisée », comme la nourriture du corps.

Dès lors, les auteurs n'ont p4us écrit seulement pour une élite ; ils ont écrit pour tout le monde. Et, dès lors, aussi, le nombre des auteurs a prodigieusement augmenté ; la production littéraire a plus que centuplé depuis le xvii® siècle.

Il ne s'ensuit pas que le nombre des ouvrages contemporains qui méritent ou qui ont chance de durer se soit augmenté

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