LES ÉPOQUES DU XIX^ SIÈCLE
|N distingue trois époques principales tous les pays et de tous les temps. Il est
dans le xix^ siècle littéraire et artis- arrivé quelquefois à Racine, à Voltaire,
tique, périodes qui ne sont pas étanches aux artistes «davidiens», d'aller en excur-
et communiquent par de larges fissures, sion chez les Turcs, les Indiens, les Chinois,
La première (qu'on a déjà esquissée), mais pour en faire des gréco-romains ;
contemporaine de l'épopée napoléonienne, au contraire, le romantisme s'attache
fut un temps de préparation : le classicisme, tombé à la basse imitation, acheva de se décomposer ; quelque chose de nouveau apparut, qui procédait de Jean- Jacques Rousseau et des grands écrivains
avec passion à « la couleur locale » ; il l'exagérerait plutôt.
Dramaturge, l'artiste rompt avec les prétendues règles d'Arijtote (les trois unités) ; poète, il s'affranchit des lois de
anglais et allemands (Shakespeare, Byron, Boileau (la césure au milieu du vers, pas Gœthe) et qui ramenait à la nature. de rejets, les alexandrins qui vont comme
Le romantisme. — La seconde époque les bœufs) ; peintre, il se libère des servi-
correspond à la Restauration, monarchie aristocratique, et à la monarchie de Juillet, monarchie bourgeoise : c'est celle du romantisme.
Le terme n'offre pas un sens très précis, parce que le mouvement des esprits auquel on l'applique a eu pour premier objet de briser des formules devenues trop étroites, des règles arbi-
tudes imposées par Le Brun et les académiques (les poses d'atelier, la lumière d'atelier, le jaune d'ocre pour la chair des hommes nus, le blanc d'ivoire pour la chair des femmes).
Comme il n'existe plus de sujets « nobles », il n'y a plus de mots « nobles », des mots « duc et pair ». Tous les mots sont bons. C'est l'égalité dans le diction-
trair' ment édictées, des conventions qui naire comme dans la République. Point
se réclamaient à tort de la raison, et de ne pas leur en substituer d'autres.
Essentiellement, le romantisme est l'émancipation du Moi, en art et en littérature, comme la Révolution a été en politique l'émancipation de l'individu.
Désormais, il n'y aura plus d'orthodoxie ; l'artiste et le poète (en vers ou
de frontières au goût : le gothique, qu'on découvre et qu'on exalte dans le feu de la bataille, pour le moins s'égale au classique, que, volontiers, dans l'ardeur de la lutte, on confond avec le « poncif ». On revient aux vieux rythmes, on en essaye de nouveaux.
Enfin le lyrisme domine la peinture
en prose) est son seul maître. Il n'a qu'un comme la poésie, c'est-à-dire le sentiment
seul devoir, celui de se « communiquer ». Ce ne sont pas les choses en elles-mêmes qui importent, c'est sa vision des choses. Il parlera donc surtout de lui-même ; c'est lui-même que, de préférence, il mettra en scène.
L'idéal de l'art n'est plus seule-
et la passion, l'imagination et la fantaisie, le mouvement et la couleur.
Le singulier de cette révolution, car c'en est une, c'est qu'elle a été commencée par des conservateurs sociaux, des royalistes, d'esprit profondément religieux. Ce n'est qu'après avoir conquis la
ment la réalisation de la beauté. Tout ce liberté et l'égalité dans l'art et dans la
qui est dans la nature et dans la vie est littérature qu'ils ont passé au parti de la
dans l'art. Le laid s'y trouve avec le beau. Révolution politique.
le grotesque avec le sublime, le médiocre Le réalisme. — La troisième période
avec le grand. Ce qui est intéressant, c'est date des derniers temps de la monarchie
le caractère, quel qu'il soit. de Juillet et dure encore : c'est le réalisme,
On culbute les frontières des genres qui s'est appelé aussi le naturalisme, en
comme ont été renversées les barrières entre les provinces. On s'évade des histoires ancietmes (grecque, romaine, judéochrétienne) vers toutes les histoires de
réaction, non pas contre le romantisme, mais contre ses défauts ou celles de ses qualités qui, outrées, sont devenues des défauts : la passion orageuse, l'exaltation.