le Gér.nl
rîoi
ALFRED DE MUSSET. — /.Sio. /.v.s-
martine (iSjo) furent un peu antérieurs à ceux de Victor Hugo. De son premier recueil, tes Màiilations, il a die lui-même : « J'eus pour moi les femmes et les jeunes gens », et, parce qu'il les eut, il entra tout de suite dans la gloire.
Sans qu'il s'y trouvât rien de très nouveau, ni dans les thèmes, ni dans le style, la musique qui sortait de ses premières élégies (le Lac, le Vallon, V Isolement) était si pénétrante qu'il sembla que l'amour, la mort et la nature n'avaient jamais été chantés avant lui. Racine et Jean-Jacques, dont il procédait, en furent oubliés.
A la différence de Hugo, il n'eut (dars sa poésie) rien de « l'homme de lettres ». C'est un cœur qui s'exhale, à la fois très chaste et très tendre.
Le même flot d'amour coule, avec plus de force, surtout avec plus d'abondance, comme d'une rivière qui devi: nt fleuve, dans ses autres œuvres {les Nouvelles méditations, les Harmonies, les Recueillements) , et dans les deux fragments d'une vaste épopée spiritualiste : Jocelyn,où son génie atteint aux sommets, et la Chute d'un aiige, qui contient, mêlés à des eaux plus poudreuses et moins limpides, quelquesuns de ses plus beaux vers.
Même les négligences et les incorrections de son style, mélodieux, parfois trop facile, toujoTirs musical, contribuent à reculer l'auteur si loin qu'on ne voit plus que l'homme, qui est l'un des plus nobles que le monde ait connus.
Son inspiration est chrétienne par ses origines et l'amour de Dieu n'a jamais rempli des hjTnnes d'une plus riche orchestration; c'est un orgue qui chante. Mais il est si passionnément épris de ces cieux et de toute cette nature qui racontent la gloire de Dieu que sa philosophie en devient panthéiste, presque à son insu, et qu'on le pourrait appeler quelquefois le Spinoza de la poésie.
Lamartine n'est guère moins lyrique dans ses ouvrages en prose, les romans où il se raconte (Raphaël, Graiella) et dans son poème (où il se croit un historien) des Girondins. Quelques-uns de ses discours, d'une puissante envolée, sont d'un prophète.
Il évolua plus tôt que Victor Hugo vers la République, puis, vaincu, s'exila, ■ non pas sur un rocher pareil à un trône, mais dans une mélancolique et fière pauvreté où il travailla, jusqu'à la fin « pour la librairie ■>. Il y a encore de beaux reflets dans son Cours familier de littéture et dans son Histoire de la Restauration .
Alfred de Musset'
Si banale que soit devenue la définition, on mpeut que la répéter : Alfred de Musset est le poète de l'amour, r.ir bonheur, il a été malhtu reux en amour.
Jusqu'à son aventure avec George Sand, il était(ce qui était d jà alfred nE.MLssEiun assez beau titre) le ,^,'',^'°''^57'-
~. j , (Cl. Pierii / cli/l.
poète de la jeunesse, dandy et gamin, piaffant à la vie, « Chérubin au bal masqué, joucint Don Juan - >. Il n'avait pas vingt ans qu'il s'évada du petit xviii^ siècle et fit irruption dans le Cénacle romantique, où il ne resta que le temps de faire scandale par ses licences poétiques et autres.
Cependant il est déjà tout entier dans cette première manière (Contes d' Espagne et d Italie, Namouna, Rolla), avec ses défauts, d'ailleurs fringants, sa fatuité, d'ailleurs en surface, ses réminiscences de la Régence, mais aussi avec cette vraie flamme qui rachète tout et « ces bouffées de lilas qui ramènent la fraîcheur ».
Qu'il ait ou non dramatisé les dénouements de sa liaison avec George Sand, il importe peu ; les A^uits sont l'un des chefs-d'œuvre de la poésie moderne, éternellement jeunes, tant par la forme accomplie, sans qu'elle sente le métier, que par tout ce qui jaillit du dedans de flamme et de souffrance.
Le parfum d'un ancien chagrin traîne sur les pages de la Confession d'un enfant du siècle.
Les Proverbes, qu'il n'avait pas t'crits pour la scène (le Caprice, les Caprices de Marianne, Il ne faut jurer de rien, surtout On ne badine pas avec l'amour) sont tout à coup devenus les comédies les plus poétiques, les plus spirituelles et, parfois, les plus pathétiques. Par sa connaissance du cœur humain, Musset s'égale à Marivaux, mais il le dépasse par une fantaisie et par un lyrisme qui le rapprochent de Shakespeare. Ses jeunes filles, exquises, délicieusement inquiètes, sont les sœurs de Béatrice et d'Imogène.
De Béranger à Verlaine. — Si riche qu'ait été la poésie française au xvi^ siècle, elle l'a été davantage au xix'', et quelle variété dans les talents !
Gœthe, le plus grand lyrique de l 'Allemagne, a reconnu des odes dans les Chansons populaires de Béranger.
Alfred de Vigny, en qui revit le pessi-