‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 616 sur 725 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

souvenirs. Désormais il pensa en images, et, d'année en année, avec des images plus éclatantes, plus lumineuses, plus inattendues. Tantôt il se raconta luimême, dans ses amours et dans ses deuils ; tantôt il décrivit, pour les glorifier ou les vouer à l'infamie, les temps écoulés et les temps présents ; tantôt, encore, il demanda à des visions d'Apocalypse le secret du monde.

Il n'y a pas, dans l'époque contemporaine, une autre œuvre poétique de cette importance et de cette variété, odes, élégies, méditations, odelettes, petites épopées, hymnes, satires (les Feuilles d'automne, les Voix intérieures, les Chants du crépuscule, les Châtiments, les Contemplations, la Légende des siècles, V Année Terrible, les Quatre vents de V esprit).

La vision est la plus active et la plus riche de ses sensations ; aucun détail n'échappe à sa vision du réel que sert une science achevée de la* couleur; sa vision imaginaire est prodigieuse. Il donn« même aux conceptions abstraites une réalité concrète, comme une sorte de vie réelle. Tel l'art gothique, il est universel comme la nature. Même Shakespeare n'a pas inventé autant d'images ni de plus magnifiques. Les métaphores ne sortent pas de ses idées ; ce sont, au contraire, les métaphores qui sont, chez lui, les accoucheuses des idées. Aucun artiste de mots ne lui est comparable, et, parce que le mot fut pour lui un être vivant, il lui fit découvrir les rapports les plus cachés du langage et de la pensée.

La forme atteint souvent à la perfection. Son vocabulaire (il aimait à lire le dictionnaire) est le plus riche qui soit. D'autres ont cultivé des épithètes plus rares. Mais son métal est plus solide, plus sonore, et, comme disait Théophile Gautier ; « Nous faisons peut-être mieux les vers que lui, mais nous ne faisons pas les siens. »

Il importe d'observer que, dans le sens exact du mot, il est classique. Il l'est, précisément, parce qu'il déteste les ternes copistes qui, déjà, avaient édulcoré leurs modèles jusqu'à les rendre méconnaissables, sous prétexte de les accommoder au goût académique et qui, sculpteurs, peintres ou poètes, faisaient du Phidias <i rondouillard ». Mais, en même temps qu'il revient à la nature et à la vie, où il se plonge-comme dans un bain d'eau vive, il remonte aux sources mêmes, bibliques, chrétiennes, antiques.

Ainsi le trouve-t-on à cent lieues de Delille, de Boileau, des traducteurs émollients, des petits livres de piété, et tout

proche de Virgile, d'Horace, de Juvénal, de Théocrite, d'Homère, d'Hésiode, d'Eschyle, de Pindare, de l'Evangile, des âpres et sombres prophètes jui s.

Il s'est proclamé lui-même, dans la préface de Croni . ell, qu'il lança en manifeste, le chef des romantiques, et il y a donné les formules de la révolution littéraire ; mais, même dans cette bruyante déclaration de guerre, il écrit : « l'admirable Racine » et n'invoque pas moins les Grecs, les vrais, que Shakespeare contre les pseudo-classiques.

Si, comme on l'a dit \ « la grandeur du romantisme, c'est d'être traversé de frissons métaphysiques », Hugo n'a jamais été romantique plus magnifiquement que pendant les années 1852 à 1877, au seuil de sa vieillesse, où son lyrisme se fit symbolique, dans une sorte de communion avec l'infini. La pitié humaine et la loi dans l'avenir n'ont jamais parlé un langage plus émouvant. Il toucha au sublime, il a été le dernier Mage.

Ce fut le terme de son ascension.

Ses drames — Hernani, Marion de Lorme, Ruy Blas, le Roi s'amuse — d'ailleurs tous des œuvres de jeunesse, ou il se crut Shahespeare — sont des tragicomédies espagnoles (parla coupe, la grandiloquence, le bouillonnement poétique, l'invrai^mblance, la courte psychologie).

Dans ses romans — Notre-Dame de Paris, où l'influence de Walter Scott est sensible, les Misérables, où il subit celle d'Eugène Sue, les Travailleurs de la mer, l'Homme qui rit. Quatre- Vingt-Treize — il clierche à escalader l'épopée et, s'il s'arrête à miroute, n'en a pas moins enrichi la prose française de descriptions d'une resplendissante beauté. La plupart de ses personnages vivent d'une vie factice, mais il (ait, du vent, des nuages, des forêts, surtout de lasmer, des créations presque humaines ; l'Océan n'a pas eu de plus grand peintre.

Comme celles de 'Voltaire, ses dernières années s'écoulèrent dans une gloire incontestée.«A sa mort, son cercueil fut déposé pendant la nuit sous l'.\rc de Triomphe, et le Panthéon rendu, pour recevoir ses restes, à 1 i destination glorieuse ■ t profane que la Révcjlu tion avait assignée .1 l'église de Sainte-Geuuviève.

Lamartine^. — Les débuts poétiques de La- L.iiM.vRTi.NE

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