‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 619 sur 725 · MISTRAL · texte numérisé non relu

MISTRAL

fa. GrimandJ

du sonnet {les Trophées) des épopées et des odes.

En réaction contre ^les parnassiens, les « symbolistes » brisèrent les contours arrêtés du vers, supprimèrent la césure de l'alexandrin, admirent des rythmes impairs, firent de la poésie une musique.

Leur chef, Verlaine, se relie à Villon par la truanderie, et à Henri Heine par la forme du lied, par des beautés tendres et déchirantes ; le « pauvre Lélian » est souvent cynique, parfois mystique, presque toujours douloureux.

Banville fut un charmant jongleur de rimes et de rythmes. Il y a de l'émotion et de la tendresse chez Brizeux, chantre de la Bretagne, « terre de granit recouverte de chênes », chez Louis Bouilhet, chez Hégésippe Moreau, de la noblesse chez Victor de Laprade, du mystère chez r « hermétique » Mallanné.

Sainte-Beuve appelle Marceline Desbordes-Valmore « l'àme fémhiine la plus pleine de courage, de tendresse, de miséricorde » ; Louise Ackermann fut la poétesse virile du doute et du désespoir philosophique.

Mistral. — La renaissance littéraire de la langue provençale est antérieure à Mistral; il avait dix-sept ans quand Roumanille était déjà le poète des Margaridet-i (1847) ; mais il fallait un chefd'œuvre pour que la France découvrît dans le génie de la vallée du Rhône des trésors ignorés de son propre génie.

La révélation fut l'idylle épique de Mireille, d'un art simple et délicat, toute parfumée « de cette aridité aromatique qui enivre les ermites et suscite les mirages» (1859). Mistral n'avait chanté que « pour les pâtres et les gens du mas » ; son chant fut entendu par toute la France et, bientôt, par toute l'Europe.

Calendal, les Iles d'or ei le Poème du Rhône ne renouvelèrent pas le miracle.

L'association du Félibrige fut fondée par sept poètes du pays d'Avignon ; le Trésor du Félibrige est l'inventaire des divers dialectes d'Oc.

contemporains résisteront à l'épreuve du temps, à cause de l'importance des documents qu'ils apportent à l'histoire de la société et à celle de la nature humaine.

h.i LZAC.

I /()')- l'i.'io.

. DE BAL2A.C fi^i, Saéar,)

Balzac '. — Shakespeare seul est supérieur ! Baliac eu puissance .itrice.

Les cinquante romans ot nouvelles que Balzac a réunis, par un lien un peu artificiel, sous le litre commun de la C(ytnt'dic humaine, grouillent de personnages, dont les uns font revivre la société de la Restau - Monarchie de Juillet, devenus des modèles, pour les

ration et de la

les autres sont

« des types prophétiques

époques postérieures.

Ainsi que Shakespeare, Balzac a vu le monde comme mi conflit. S'il y a dans son œuvre ime abondance de coquins et de coquines, d'imbéciles et de pleutres, pareils « à des espèces de mécaniques », d'hommes de proie et de maniaques semblables à des « monstres », on y trouve

— et, sans doute, en moins grand nombre, comme il convient — des figures d'une émouvante noblesse et d'une exquise beauté morale : le colonel Chabert, le médecin de campagne, le curé de village, le joun\aliste ilarcas, surtout des femmes et des jeunes filles (Véronique, Eugénie Grandet, Marguerite Cla's).

Avec une préférence (qui est d'un classique) pour les caractères simples, pour l'homme dominé par la triple fatalité de sa passion, de son milieu et de ses origines, tel « un théorème qui marche »

— l'avare Grandet, le débauché Hulot, le père Goriot — Balzac n'a pas lu moins avant dans les natures complexes : Rastignac n'est pas seulement un ambitieux; la jalousie et l'envie ne sont pas les seules forces motrices de la cousine Bette ; le forçat Vautrin lui-même est un composé de bien et de mal ; Claire de Beauséant et Diane de Maufrigneuse ne sont pas plus tout d'une pièce que la princesse de

Clèves.

Tous ces personnages vivent, on les connaît ; pour Balzac lui-même, ils étaient devenus des * réalités ».

Quelques scènes militaires et politiques des temps napoléoniens sont peintes avec ime exactitude d'historien, d'après des documents d'archives et de police.

SI I-. N n .\ L

(HF..VRI BEYLE)

i^^édailion de

d-Aneer=.;

MKRIMEE

(D'après Deveria.)

Il appropria son style au chaos de son œuvre, comme avait fait Saint- Simon.

Le roman français est" dominé par le génie de Balzac, comme la comédie française par celui de Molière. Les beaux talents abondèrent autour de lui et après lui ; aucune de leurs œuvres n'atteignit à la hauteur de la Comi-die humaine.

Stendhal. — Henri Beyle signa du pseudonyme de Stendhal des romans et des bnpressions de voyage et d'art dont il prédit qu'ils ne seraient compris que cinquante ans après lui.

D'une probité intellectuelle implacable, il eût été, disait-il, « humibé de croire », voulait savoir et se rattachait au xviiic siècle par ses idées philosophiques (un athéisme à la d'Holbach, l'inintelligence des problèmes religieux). Il associait le culte de Napoléon à celui de la Révolution. La seule qualité qu'il prisât dans le style, c'était la clarté ; il recommanda la lecture du Code civil comme d'un modèle.

Sous cette sécheresse apparente, il était d'une sensibilité extrême et toujours prêt aux enthousiasmes ; il se compare quelque part « à un cheval qui galope après son ombre ».

Dans ses deux œuvres maîtresses {la Chartreuse de Parme et le Rouge et le JS'oir), il exalta l'idée de l'énergie et décrivit le monde italien et le monde français du temps de la Restauration avec une pénétration et une subtilité d'an^yse qui font de lui le premier psychologue du siècle.

Mérimée. — Son ami Prosper Mérimée, incrédule comme lui, n'admirant comme lui que l'énergie, fut le plus achevé des conteurs ; il fit entrer dans le cadre de petits romans (Chronique du temps de Charles IX, Carmen, Colomba) et de nouvelles {le Vase étrusque, V Enlèvement de la Redoute, Mateo Falcone) , des drames d'une -vie intense.

George Sand ' . — Ni Stendhal, bien qu'il fit profession de mépriser Racine et Boileau ; ni Ménmée, bien qu'il

Page 1