‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 620 sur 725 · GEORGE S AND · texte numérisé non relu

GEORGE S AND

ait beaucoup contribué à remettre en honneur l'architecture du moyen âge ; ni, encore, l'aimable Nodier, bien qu'il ait ramené dans la langue nombre de mots précieux tombés depuis deux siècles en désuétude, et l'honnête Sandeau, bien qu'il fût le parrain d'Aurore Dudevant et lui donnât son pseudonyme de George Sand, ne s'abandonnèrent au flot romantique ; ils restèrent sur le bord. Au contraire, George Sand, surtout dans ses premiers romans, et Alexandre Dumas, surtout dans ses drames, se lancèrent en plein courant.

George Sand n'eut à aucun moment ni l'heureux équilibre d'esprit de Mme de Sévigné, ni la solidité de pensée de Mme de Sta^'l. î\Iais elle est, avec Jean-Jacques, notre plus grand poète en prose ; elle écrit en prose comme Lamartine en vers, remplissant, elle aussi, une fonction ; son style est abondant, limpide, son imagination aimable et légère ; elle sent l'âme, plus encore que la forme de la nature ; et, sans doute, elle fait trop aisément de l'amour, qui reste im problème, une solution, et de la passion un droit, qu'au surplus elle qualifie de « divin » ; mais elle a le souci constant d'être humaine, ses instincts sont élevés, elle "est bonne — «la bonne dame de Nohant », comme l'appellent les paysans de son « cher Berry » — et il y a beaucoup de chimères dans ses romans, mais rien d'impur ou de pernicieux.

Elle a subi de nombreuses influences (Lamennais, Michel de Bourges, Barbes, Pierre Leroux), et ce qu'il y a de plus faux et de plus périssable dans ses ouvrages vient de ces docteurs. Il faut la prendre dans les œuvres où elle n'est qu'ellemême ; ses romans lyriques (Indiana, Jacques, Mauprat), ses romans d'aventures {Consuelo, les Beaux Messieurs de Bois- Doré, le Marquis de Villemer), surtout ses romans champêtres d'une fraîcheur que le temps n'a pas fanée (la Mare au Diable, François le Champi, la Petite Fadette), et dans Y Histoire de ma vie.

Alexandre Dumas '.

— Des dédaigneux (qui ne sont pas toujours des délicats) ont voulu reléguer Alexandre Dumas dans les faubourgs industriels de la cité des lettres. C'est, en effet, d'une sorte de fabrique, où il avait de nombreux associés, que sont sortis

A, DI.MAS. PKRE

fCt. Reuilinucr.)

plus de trois cents romans et drames qui portent son nom, et ni lui, ni ses collaborateurs ne se préoccupèrent beaucoup du style. Il leur suffisait de raconter dans une langue simple et claire des aventures étonnantes.

Ils amusèrent, et n'ont pas fini d'amuser, un immense public, qui n'a encore que peu décru, en France et hors de France ; et cela ne serait déjà pas à dédaigner.

Procédant de Schiller, pour le théâtre, et de Walter Scott, pour le roman, Dumas donna le plus souvent à ses belles histoires le décor de l'histoire {Les Trois Mousquetaires, la Reine Margot, le Comte de Monte-Cristo, le Collier de la Reine, le Chevalier de Maison Rouge, romans ; Henri III et sa cour, Charles VII, la Tour de Nesle, drames).

Dumas n'a pas seulement le sens de l'action. S'il ne se prend pas lui-même au sérieux, quand il se vante plaisamment « d'avoir élevé l'histoire à la hauteur du roman », pourtant son imagination est vraiment historique, ses récits sont puisés aux bonnes sources des mémoires. lia contribué ainsi à évoquer de vastes tranches du passé, sous des couleurs qui ne sont pas assurément très exactes, dans l'atmosphère ambiante des temps.

Cette « force de la nature » ne s'est pas dépensée en vain à raconter la France à la façon des trouvères du moyen âge.

Le romantisme tempéré. — L'exaltation des jours de bataille s'étant usée d'elle-même, ce qui resta du romantisme s'adapta à ce goût des « coteaux modérés », qui est l'un des caractères de l'esprit français. On ne proscrivit pas la passion, mais on ne la glorifia plus ; les plus hautes étoiles du ciel « qui n'étaient pas encore assez haut » pour le docteur Faust,' on se contenta de les regarder.

Les romans de George Sand après la tourmente de 1848, les contes et nouvelles de Musset, les romans mondains d'Octave Feuillet, les romans cosmopolit s de Cherbuliez, les romans voltairicns d'iidmond About, les romans ecclésiastiques de Ferdinand Fabre, la Vie de Bohème de Murgcr, appartiennent ou se rattachent au romantisme tempéré ; le Dominique de Fromentin ne s'inscrit pas très loin de l'autobiographie célèbre de Benjamin Constant : Adolphe.

En même temps, par réaction, apparut et se développa le roman réaliste.

Flaubert -. — C'est d'abord Gustave Maubert, d'éducation romantique, mais qui \eut que l'auteur impassible disparaisse derrière son sujet.

Page 1