‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 630 sur 725 · LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LAMENNAIS

D'après Calanietta, Biii. Nat., Eil.J.

'f^^^M ^^ petit-fils de Franklin.

Il faut réconcilier l'Eglise, le catholicisme menacé, avec la liberté, ■^t parée de la politique, la religion sera plus forte; elle sera à ellemtme son parti ; son aime pour la défense des droits de l'Eglise, ce sera la liberté.

Le « catholicisme libéral », qui portait en lui le « socialisme chrétien », comme on les appela par la suite, fut condamné par le pape Grégoire XVI en 1832, soixante ans avant d'être approuvé par le pape Léon XIII.

Lamennais s'inclina d'abord, ainsi que ses amis, mais pour lancer peu après le cri de son âme de prophète oppressé, ces Paroles d'un croyant qui parurent, ce qu'en effet elles étaient, parmi les éclairs et les fumées de visions apocalyptiques et dans autant de douleur et de poésie vraies que de déclamation, un appel à la révolte contre tous les pouvoirs, religieux comme civils.

Une Encyclique condamna à la fois l'extraordinaire petit livre et les ouvrages précédents du prêtre breton, du temps où le pape précédent lui avait ofiert le chapeau de cardinal {noiSiva.-m.entV Essai sur V indifférence en matière de religion).

Abandonné de tous ceux qui avaient partagé ses travaux, Lamennais alla aux républicains et aux socialistes ; le dogme s'effondra en lui.

Les ouvrages de la seconde partie de cette vie tounnentée (les Affaires de Rome, le Livre du peuple, l'Esquisse dune philosophie, œuvre magistrale tant jiar la grandeur du sujet et la noblesse du style que par une puissance de généralisation qu'on n'avait encore trouvée que dans les systèmes allemands), furent des confessions publiques.

Ce prêtre fourvoyé mourut seul et fut, comme il l'avait voulu, enterré sans passer par l'Eglise, « au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres ».

Lacordaire, qui avait débuté par le barreau et garda toujours le souvenir de l'année où il fut l'associé de Lamennais, « comme d'une LAcoRiJAiRE vicrge cnsevelic dans son

Dap. une miniature ./ . j- i„,,„

(le Mad.u.,e Deiicns.1 magnifique prédicateur

du siècle. Il porta le romantisme à la chaire, supprimant les « points » du sermon et abordant tous les sujets, surtout sociaux et politiques. Montrant un jour, du haut de la chaire de Notre-Dame, son vêtement blanc de dominicain, il dit la parole profonde : « Cette robe aussi est une liberté ».

Montalembert, malgré des défaillances, garda son esprit ouvert sur le monde moderne. D eut pour amis les derniers gallicans, l'archevêque Darboy, l'évêque Dupanloup, et fut âprement combattu par Louis Veuillot, écrivain de race, prompt à l'invective, poète à ses heures, qui prit pour règle les anathèmes de Grégoire XVI contre la liberté de conscience, « maxime absurde ou plutôt de délire », et fit pendant cinquante ans la police du temple.

Le positivisme. — Pendant qu'échouait la tentative de Lamennais de reconstruire l'Eglise sur la liberté, Auguste Comte entreprenait de fonder la plùlosophie dégagée de toute métaphysique, la morale et la politique sur les lois naturelles du monde, révélées par la seule science.

Il donna le nom de « positivisme » à cette doctrine de l'universelle relativité, qu'il n'avait pas inventée, qui remonte aux philosophes grecs, mais dont il posa avec une force singulière le principe : « Il n'y a qu'une seule vérité absolue, c'est qu'il n'y a rien absolu », avant d'essayer, en contradiction avec lui-même, d'en faire une religion et un culte.

Le Cours de philosophie positive, l'un des maîtres-livres des temps modernes, par malheur écrit dans un dur jargon, est aussi éloigné du matérialisme que du spiritualisme. Auguste Comte se désintéresse des théories proposées, pour résoudre des problèmes insolubles, par des esprits antiscientifiques. Toute recherche concernant les causes premières, l'origine et la fin des choses, est vainc. Stuart Mi 11 a tort d'accorder que la question reste ouverte. Le positivisme la supprime.

Les rt-gnes de la philosophie théologique et de la philosophie métaphysique sont achevés ; le nouveau règne est celHi de la raison, puisant dans les choses ce qui doit être mis dans l'esprit. Les éléments de toutes choses sont mathématiques ; le reste n'est que combinaison du ^l-cust.'. comte nombre, de 1 étendue et ,1798-1857).

> A 1 X TE- BE U VE. — iSo.f. i86ç.

du mouvement. La vie morale s'explique ainsi par la vie ph\-siologique, celle-ci par la chimie, !a chimie par la physique, et toutes à la fin parles mathématiques.

Le progrès des sciences, paniii lesquelles Comte place la « sociologie » — le mot est de lui — consiste à i-amener le composé au simple, le particulier au général, et toutes les qualités à des quantités.

La doctrine positiviste est essentiellement empirique, comme celle de beaucoup d'autres philosophies. Le « pragmatisme », fut une réaction contre l'ostracisme de la métaphj-sique.

La véritable originalité du positi\'isme est sa sévère et sûre méthode. Gambetta ef Jules Ferry s'en revendiquèrent.

Comte eut de nombreux disciples dont le plus célèbre fut Littré, Tauteur du Dictionnaire raisonné de la langue française.

» P.-J. Proudhon. — On ne peut rattacher à aucune école le puissant écrivain d'action que fut Proudhon, plus combattant que philosophe, plus logicien que penseur, qui se croyait dégagé de toute considération de classe et qui eut toujours de la glèbe à ses gros souliers, pour qui la propriété était le dernier des faux dieux et qui croyait à l'économie politique coDune à une science exacte et mathématique, qui eut tous les courages (même contre la Révolution) et qui rêvait d'une société « où il serait guillotiné comme conservateur ». Tous les paradoxes et toutes les sincérités.

Comme l'histoire, la critique fut renouvelée au xix<^ siècle.

Sainte-Beuve ■. — Sainte-Beuve débuta par de la poésie romantique, y tut médiocre et devint vite supérieur dans le genre qu'il appela « l'histoire générale des esprits ». Parmi ses prédécesseurs et contemporains immédiats, les uns furent surtout des moralistes (Saint-Marc Girardin, Sacy), les autres des historiens (Villemain, N'isard) ; il fut l'im et l'autre, étudiant tantôt des « familles » d'esprit (Chateaubriand et son groupe, Port-Royal, l'un des grands livres du siècle), tantôt des individus, hommes politiques et hommes de lettres. Ses biographies ne valent pas moins par la rigoureuse exactitude, jusque dans le détail, que par la pénétrante psychologie {Portraits littéraires. Causeries du lundi). Il classe, explique.

Il a quelques partis pris, un peu d'éloignement pour le génie dont le goût est

rarement l'une des qualités maîtresses (Hugo, Balzac), ime préférence marquée pour les talents moyens qui valent souvent par le goût et qui ne l'effrayent pas ni le gênent ; mais, s'attachant aux faits et s'intéressant aux variétés, il n'a pas de système, en voltairien déclaré et positiviste inconscient qu'il est. Surtout, il est difficile d'être plus vraiment « intelligent ».

Telles sont sa conscience et l'acuité de son regard, que, l.\ où il a passé, il n'y a presque plus rien à glaner.

Son influence fut considérable sur les plus j'^unes de ses contemporains (Taine, Montégut, Schérer, Weiss, Prévost- Paradol, Emile Deschanel, Sarcey), et sur la génération suivante, celle qui se produisit sous la troisième République (Brunetière, avec sa vigoureuse idée, parfois outrée, de l'évolution des genres, le compréhensif Faguet, Vogiié, Jules Lemaître, Larroumet, Gebhart). Même la critique d'art (Paul de Saint- Victor, Charles Blanc, Fromentin, Castagnary) lui doit beaucoup.

Du style — L'influence de Sainte- Beuve s'exerça encore sur le style contemporain. Bien que des lambeaux de romantisme traînent dans le sien, il s'appliqua surtout à donner à sa pensée une forme qui la traduisît sans luxe d'épithètes et de métaphores.

Plus l'esprit du siècle devint positif et pratique, plus le style se simplifia, à la vérité sans devenir toujours plus correct. L'abus des images était fâcheux ; elles furent trop souvent remplacées par des négligences, des incorrections, d'inutiles néologismes ; il y a im vocabulaire parlementaire qui est affreu.x.

Cette transformation fut générale (avec des exceptions qui la confirment). Les persotmages du théâtre et du roman parlèrent comme tout le monde. Langage de la conversation courante, langage des affaires. L'Université, le barreau, les assemblées, la presse, rompirent avec la rhétorique. La toge est devenue redingote, quelquefois veston.

En 1899, Cousin eût détonné à la Sorbonne, Jules Favre à la barre, Berryer à la tribune.

Chateaubriand dans la presse.

La « véritable éloquence qui se moque de l'éloquence », ce fut celle de Guizot, de

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