‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 70 sur 725 · millions de francs · texte numérisé non relu

millions de francs

I)L(iLi:S( LIN. — IJ20 A 1J8-0

Duguesclin. — Bertrand Duguesclm, Restauration de U France. — Entre

qu'il mit à la tète de ses troupes, était temps, le roi Charles, occupé seulement

un petit noble breton, noir et laid, le nez de son métier de roi, passiomié de justice,

camus, les yeux verts, des muscles de fer, toujours simple dans le décor de magni-

nide autant que brave, sans préjugés licence qui convenait à la couronne de

chevaleresques, mais simple et droit, f-"rance, pieux sans bigoterie et, par sur-

Irès soucieux de la vie de ses hommes croît, malgré qu'il parlât bien, « sans

qu'il ne regardait pas comme des bctes aucune superfluité de parole », réor-

ie guerre. Il avait des parties de grand ganisait le royaume qu'il avait reçu

apitaine, était passé maître dans l'art d'utiliser les réserves et fertile en ruses. 11 haïssait violemment les Anglais et, plus encore, les traîtres à la cause française, les « Français reniés •> comme il les appelait et qii'il traqua sans merci.

Il eut vite fait de mettre les Xavarrais en pièces (à la bataille de Cocherel) et d'ouvrir les voies à la paix d'Avignon, qu'on appela « la paix renard », en raison des précautions qu' y

prit Charles V contre la déloyauté éprouvée de Charles le Mauvais.

Il entreprit ensuite d'emmener en Espagne, — au secours du roi d'Aragon et du prétendant Henri de Transtamare, qui étaient ligués contre le roi Pèdre de Castille, — ces compagnies de routiers et de malandrins qui continuaient à

du roi Jean le Bon en pleine dissolution et pareil à un désert ; on n'y semait plus depuis des années'.

11 restaura les finances par l'institution de la Chambre du trésor et par la fixité des moimaies, rendit les évêques justiciables du Parlement, se réserva- la concession des chartes municipales, augmenta les privilèges de l'Université, fonda la bibliothèque royale, développa la celle de la

brigander par tout ch.arles

le pays et qu'il sujet fréquemment mUé ra

était impossible d'anéantir ou d'expulser par la force. Cette « ribaudaille », lui n'aimait rien tant que la guerre, répondit à son appel.

11 réussit ainsi à en débarrasser le royaume après toutes sortes d'aventures

manne,

guerre et la marchande. Surtout il s'employa à constituer une armée royale toujours «garnie et prête », bien encadrée de capitaines, régulièrement payée, pourvue d'une nombreuse artillerie et assurée du point d'appui de solides forteresses.

Reprise de la

guerre. — Quand il

eut refait ainsi les

RECEVA.NT LA déuicace d'u.v LIVRE forccs du Tovaumc

miniaturistes: un écrivain gt affermi « tOUtes

sollicitant le patronage d'un prince. , , . ,

(D'après une miniature, Bidl. Nat., Man.) leS machmeS » de Sa

politique, il tira avantage d'une clause du traité de Calais, qui n'avait pas été plus exécutée par le roi Edouard que par lui, pour recommencer la guerre. Les renonciations définitives des deux rois aux ter

Battu et fait prisonnier à Navarette ritoires qu'ils se reconnaissaient mutuel-

par le Prince Noir qui s'était porté de son lement étaient subordonnées à leur remise

duché de Guyenne à l'aide du roi Pèdre, effective. Or, cette remise n'avait pas

il se targua d'être « le premier chevalier été effectuée.

du monde », puisque l'héritier d'Angle- Charles, en conséquence, reçut l'appel

terre, le vainqueur de Poitiers, avait si de seigneurs gascons contre un édit du

peur de lui qu'il n'osait le mettre à rançon Le Prince Noir se piqua et lui dit de fixer lui-même sa rançon, ce qu'il fit à cent mille francs, qui seraient un million d'aujourd'hui. Et, comme le prince s'étonna du chiffre : « Monseigneur, le

Prince Noir sur un fouage (impôt) de dix sous par feu, comme s'il avait continué à posséder la Guyenne et si cette province n'était toujours qu'un fief de la couronne. Il somma son « vassal » de venir à Paris et répondre en Cour des Pairs

roi de Castille (Henri! en paiera moitié aux plaintes des prélats, barons et com-

et le roi de France le reste : et si ce n'était munes, molestés « aux marches de Gas-

assez, il n'y a femme de France, sachant cogne ».

filer, qui ne filât pour ma rançon ». i. Froissart.

CHARLES VI

.MASQUE DE DUGLESCLi

CMitst-e de tArtn,: )

Le Prince Noir répondit qu' « il vien- reux, il fut

drait, mais avec 60 000 soldats, et qu'il atroce, mit au

en coûterait cent mille vies >k Sur quoi sac la malheu-

Charles. ayant fait approuver « son droit » reuse ville, y

par les Etats irénéraux, déclara l'Aqui- fit massacrer

taine confisquée et rompit la paix (1370). plus de trois

Duguesclin connétable. — Charles mille hommes, s'était assuré, outre la bienveillance de femmes et enl'Empire, l'alliance de la CastiUe, qui fants. s'engagea à prendre la Guyenne à revers, Ileûtmieux et celle des Flamands, au prix, évidem- fait, pour sa ment très cher, des villes de Douai et de gloire, de re- Lille. C'était la condition du mariage de tourner quelson frère, Philippe le Hardi, avec Mar- ques mois plus guérite de Flandres. Mais la politique est. tôt en Anglel'art de choisir entre deux maux ; le pire terre, où il iriourut l'année d'après, mal eût été le mariage de Marguerite bientôt suivi par son père et laissant la avec un prince anglais (le comte de couronne à un enfant, Richard II {1377). Cambridge). Après dix années de guerre, il ne

Duguesclin, promu à la plus haute resta aux Anglais de toutes les provinces

dignité qui était celle de connétable, et villes qu'ils tenaient du traité de Bré-

bien que « pauvre chevalier et bachelier tigny que Bordeaux, Bayonne et Calais.

au regard des grands seigneurs », mais Mort de Duguesclin et de Charles V. —

qui avait « cœur d'empereur », fut appelé La restauration de la France n'était pas

à la direction de la guerre. l'œuvre d'un seul homme, si grand roi

Il la conduisit avec beaucoup de pru- qu'il ait été, et des conseillers qu'il avait

dence et d'habileté. '■ Sans remporter su choisir ; mais elle était l'œuvre de la

de ces grandes victoires, telles que Crécy France elle-même qu'un poète - com-

et Poitiers, il fit une campagne entiè- parera au saule qui, plus on le coupe, plus

rement semblable à celle qui (sous Louis XIV) fit passer Turenne pour le plus grand général de l'Europe'. »

Déjà, quand les Anglais étaient venus jusque . devant Paris, incendiant les

il croît en force et en beauté.

Duguesclin mourut le 16 juillet 13S0, au siège de Châteauneuf-en-Randon (Auvergne). Les clefs lui en furent remises comme il allait expirer : « Oncques

villages dont le roi pouvait voir de son (jamais) n'assiégea place, dit le chroni-

hôtel les flammes sur l'horizon, le brave queur, qu'à lui elle ne se rendît, vif ou

des braves, Clisson, avait donné le con- mort ». seil : « Laissez-les se fatiguer eux-mêmes ». Charles 'V lui décerna les honneurs

Entre temps, des villes importantes royaux et le fit « ensépulturer en l'église

(Abbeville, Cahors, La Rochelle, Mon- de Saint-Denis, assez près de sa propre

tauban) n'avaient pas attendu l'arrivée tombe qu'il avait fait élever de son

des fleiu-s de lys, mais s'étaient révoltées vivant ».

et avaient chassé les garnisons anglaises. Il mourut deux mois plus tard (16 sep-

F.lles avaient, d'elles-mêmes, «tourné tembre), d'un mal qui sembla suspect, à

françaises ». quarante-quatre ans. Charles le Mauvais

Cette guerre d'usure trouva le Prince fut soupçonné de l'avoir fait empoisonner.

Xoir très affaibli par un mal incurable. Le jour même de sa mort, il signa d'une

Il ne s'en fit pas moins porter en litière main défaillante l'abolition des impôts

au siège de Limoges. A l'ordinaire gêné- non consentis par les Etats.

CHARLES VI

Le roi fou. — Ce plus sage des rois eut spectre vêtu de bure qui semblait un

pour successeur un enfant de douze linceul, se jeta à la bride de sa monture,

ans qui, à peine majeur et déjà énervé criant : « Arrête, notre roi, tu es trahi ! »

par les plaisirs, devint fou. Le roi continua son chemin, puis, tout à

Charles VI eut son premier accès, coup, au bruit d'une lance qu'un page

comme il chevauchait dans la forêt du laissa choir sur le chapel d'acier d'un

Mans, avec son frère Orléans et une suite camarade, il piqua son cheval, tira son

de quelques officiers, par une journée épée, et, avant qu'on pût l'arrêter, tua ou

torridc d'août. Un mendiant, espèce de blessa quatre de ses hommes (1392).

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