I43I- — MORT DE JEANNE
au pain de douleur et à l'eau d'angoisse pour y pleurer vos péchés. »
Hérétique et relapse. — Du lordgouverneur (W'arwick) aux derniers soldats, les Anglais, tous animés furieusement contre Jeanne, crièrent qu'ils avaient été trahis par les juges. Cette fille de dix-neuf ans leur faisait plus de peur que toute une armée de chevaliers.
Ramenée en prison, Jeanne revêtit des robes de son sexe, mais on avait laissé dans sa cellule, « exprès pour la tenter ' », les habits d'homme « qu'elle ne pouvait remettre sans se faire mourir ».
Le jour de la Trinité, elle ne trouva plus que ses habits masculins. Elle dit aux soldats qu'il lui était défendu deles mettre. Ils lui ordonnèrent de se lever. Elle refusa. Puis, « enfin, pour nécessité de corps, il fallut bien qu'elle sortît et prît l'habit. »
Aussitôt, les docteurs et notaires furent avertis : l'évêque Cauchon dit en riant à Warwick : « Elle est prise. »
En effet, elle était relapse. Elle fut condamnée, cette fois, sans appel, à être brûlée vive en place publique.
Elle éclata en pleurs, s'arracha les cheveux, s'apitoya sur elle-même, «sur son corps net et entier, qui ne fut jamais corrompu, qui allait être horriblement et cruellement consumé et réduit en cendres ». Puis, son âme redevint maîtresse de ce pauvre corps et elle demanda à communier.
Après la communion, elle aperçut Cauchon : « Evoque, lui dit-elle, je meurs par vous. »
Le bûcher de Rouen. — On la mit sur le chariot (30 mai 1431) et on la mena, sous la garde de quatre-vingts Anglais armés de piques, au Vieux Marché :
<■ O Rouen ! Rouen ! » — qu'elle avait voulu délivrer, — « dois-je donc mourir ici ».
L'évêque de Beauvais, au nom de l'inquisiteur et au sien, prononça la sentence : <' -Membre pourri dont nous vou- ! )ns empêcher que l'infection ne se comiimnique au.x autres membres, tu dois I tre rejetée de l'unité de l'Eglise, tu dois l'tre livrée à la puissance séculière... Nous t'abandonnons, priant que cette même puissance séculière, en deçà de la mort et
I. Voltaire. — Chateaubriand dit du poème (le Voltaire, la Pucclle, que c'est « un crime du génie». Il ajoute : « Voltaire, historien et philosophe, est juste autant que Voltaire poète est impie et inique.» On lit, dans V Essai sur les Mœurs : 1 Les juges firent mourir par le feu cflle qui, ayant sauvé son roi, aurait eu des autels dans les temps héroïques où les hommes en élevaient à leur libérateur. »
de la mutilation des membres, modère envers toi sa sentence... »
« En deçà de la mort et de la mutilation des membres », comment s'y serait prise la puissance séculière pour modérer la sentence?
Le bûcher était très haut, afin que le bourreau n'y atteignît que par le bas et que le supplice fût long, — ce dont le brave homme était « fort marry (attristé) et avait grande compassion ».
Un fameux docteur de Paris, Nicole Midi, fit un grand sermon : « Jeanne, allez en paix, l'Eglise ne peut te défendre.» Puis, comme Cauchon l'exhortait à s'occuper de son âme, elle se mit à genoux et pria avec une telle dévotion, demandant aux assistants : « Priez pour moi ! », que tous se mirent à pleurer, Cauchon, Warwick, le cardinal de Winchester, les Anglais, les prêtres.
Elle demanda une croix. Un Anglais lui en fit une de deux morceaux de bâton ; frère Isambart, qui l'avait conseillée pendant le procès, accompagnée sur l'infâme charrette, alla lui chercher celle de la paroisse Saint-Sauveur.
Elle fut alors liée sur le bûcher, la tête couverte d'une grande couronne en papier où étaient écrits les mots : « Hérétique, relapse, apostate, idolâtre ». Elle poussa un cri quand le bourreau vint mettre le feu.
On a raconté que Cauchon, devant le bûcher, cherchait encore à lui arracher un désaveu de ses saintes et de son roi, de sa mission, et qu'elle lui dit encore : « Evêque, je meurs par vous. » Ce récit est controuvé. Les juges d'Eglise étaient partis, n'ayant pas le droit d'assister au sup>plice.
Seul, son second confesseur, père Martin, « qui racheta par ses vertus l'infamie du premier ^ », se tenait près d'elle. Quand Jeanne sentit monter la flamme, elle l'invita à se retirer.
On l'entendit invoquer les voix dont le jugement avait décidé qu'elles étaient «d'esprits malins et diaboliques»: «Mes voix étaient de Dieu, mes voix ne m'ont pas trompée ». Puis, un dernier cri :
« Jésus ».
Ses cendres furent jetées dans la Seine, par ordre du bailli, «de peur qu'on ne vînt à les recueillir pour en faire des sorcelleries ».
Un secrétaire du roi d'Angleterre dit tout haut on s'en allant : « Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte ».
Fin de la guerre anglaise. — En effet,