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a laisses dans le cloute que poui" satisfaire aux opinions de ses concitoyens, pour ne pas les heurter trop brutalement, et que Jeanne fut pour le plus grand des poètes la plus pure des héroïnes.
Le procès. — Depuis près d'un an que Jeanne était prisonnière, sa foi dans sa mission aurait pu faiblir ; sa force d'ànie était restée entière, et elle eut réponse à toutes les questions captieuses, souvent grossières, des pharisiens qui la jugeaient.
Elle ne perdit, à aucun moment, sa présence d'esprit ni sa merveilleuse lucidité. Aucune menace n'ébranla sa volonté de limiter le procès et de défendre le roi qui l'abandonnait.
Soutenue par sa constante exaltation, elle eut des répliques sublimes : « Savezvous être en la grâce de Dieu? — Si je n'y suis pas, Dieu m'y mette : et si j'y suis, Dieu m"y tienne. » Ou, quand on la menaça de la torture : <■ Si vous me deviez faire arracher les membres et faire partir lame hors de mon corps, je ne vous dirais autre chose et, si je vous disais quelque chose, après diraisje toujours que vous me l'avez fait dire de force.»
Et elle en eut de subtiles et de délicieusement spirituelles :<'Saint Michel, quand il vous apparaissait, était-il nu? — Pensez- vous que Dieu n'ait pas de quoi vêtir ses saints? » « Pourquoi Sainte Marguerite ne parlait-elle pas anglais? — Comment parlerait-elle anglais, puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais? 0
Jamais être ne se sentit plus près de son Dieu.
Elle ne se lassa pas de répéter que « Dieu l'avait envoyée au secours du roi de France ». « De l'amour ou haine que Dieu a pour les Anglais et de ce qu'il mit de leur âme, je ne sais rien. •> « Jamais je n'ai tué personne, mais je sais bien que les Anglais seront mis hors de France, hors ceux qui y périront. » Et encore : c J'aime mieux mourir que révoquer ce que j'ai fait par le commandement du Seigneur. »
Un Anglais qui l'entendit, ne put se
défendre de Taduiirer : « Vraiment, c'est une bonne femme. Que n'est-elle Anglaise? »
Le cimetière de Saint-Ouen. — L'mi des plus graves péchés dont elle était accusée, c'était d'avoir pris un habit d'homme. Elle l'avait revêtu pour la guerre et, dans son cachot, toujours plein de soldats, c'était sa sauvegarde. Elle dira : « Si on veut m'ôter hors des fers et me mettre en prison gracieuse, et que j'aie une femme (comme gardienne), je ferai ce que vous voudrez ».
Les Anglais tenaient siutout à la faire mourir, les prêtres et moines à la faire abjurer.
Le 24 mai, elle fut conduite au cimetière de Saint-Ouen.
Devant une grande multitude qui hurlait à mort, elle entendit d'abord un terrible sermon, plein d'injures. Elle écouta en silence, n'iiit' n • 'Hipit qu'une fois quand maître Guillaume s'adressant à elle : « C'est à vous, Jeanne, que je parle ; et je vous dis que votre roi est hérétique I t schismati- 'lue. — Par ma foi, messire, révérence garder, je vous ose bien dire et j urer, sous peine de ma ice fût plus long > vic, quc c'est
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chrétien de tous les chrétiens, et n'est point tel que vous dites. » Puis, par trois fois, elle fut sommée de révoquer « ses faits et dits ». Elle refusa : « Je les ai faits de par Dieu. »
L'évêque Cauchon commença alors la lecture de l'arrêt qui la condamnait à être brûlée vive. Le bourreau était là avec sa charrette. La chair trembla.
On l'attendait là.
Priant, pleurant, elle répéta les mots à mesure que l'huissier les prononçait. Elle laissa conduire sa main par le secrétaire pour griffonner, au bas de l'acte d'abjuration, le signe de la croix qui tenait lieu de signature.
Alors, on lui donna lectnre d'une sentence rédigée d'avance : « Nous vous condamnons, par grâce et modération, à passer le reste de vos jours en prison,