RAIRE (I433-U
(Musée de Btuxclks.)
eût ouvert la rout' de Paris au Bourgui gnon , la lointaine Guyenne. Il s'accorda ensuite avec la Bretagne, provoqua en Angleterre une restauration éphémère de la Rose rouge et s'enipaia d'Amiens.
Ayant ainsi isolé Charles, il le somma de comparaître devaîit le Parlement de Paris et fit annuler le traité de Péronne, comme il avait fait de celui de Conflans, par une assemblée de notables.
Le duc de Bourgogne et les grands vassaux : Guyenne, Bretagne, Lorraine, Armagnac, Foix, repartirent aussitôt en guerre.
Cette France, si péniblement faite par les Capétiens, il s'agissait bien cette fois de la défaire, de la partager entre le Nord et le Midi. « J'aime tant le royaume, disait le Bourguignon, qu'au lievi d'un roi, j'en voudrais dix. »
Le duc de Guyenne étant mort sur ces entrefaites, Louis XI fut accusé par le Téméraire d'avoir fait empoisoimer son frère et de l'avoir voulu faire périr lui-même.
Défense de Beauvais. — Ce prétendu Alexandre n'avait du Macédonien que les fureurs. Avec des qualités de bon bourgeois, il était aussi mauvais général que mauvais politique. 11 se jeta, comme un sanglier, sur les villes de la Somme, massacrant tout, puis poussa sur Beauvais qu'il pensait enlever d'assaut.
Les femmes, elles-mêmes, coururent aux remparts ; l'une d'elles, Jeanne Laisné, dite Hachette, arracha une bannière bourguignonne déjà plantée sur les murs.
Arrêté sur l'Oise, Charles se rua sur la Normandie où il avait donné rendezvous au duc de Bretagne, mais avec l'armée royale sur ses derrières. Le duc François . ayant traité entre temps avec Louis XI, le Bourguignon lâcha à son tour la partie (trêve de Seulis).
La diplomatie de Louis XI avait fort aidé à ces succès. Il n'avait aucun goût pour la guerre, « fléau pour la chose publique », mais s'entendait comme pas un à brouiller ses ennemis, et ne trouvait pas indigne de s'en débarrasser par de l'argent.
Le peuple, sans l'aimer, avait fini par reconnaître dans le roi son défenseur et à l'estimer pour l'habileté et la persévérance de sa politique. Une chanson
SUCCES S 1 0 y E T M A R I A G E D E B O V RGOG N li .
du temps résume bien la situation :
Borry est mort, Bretagne dort, Bourgogne grogne :
Le roi besogne.
La nouvelle Lotharingie. — Cependant la fausse I.itïuo du bien public devait, une fois de plus, s'allier avec son faux grand homme contre le roi de l'unité française.
Le duc de Bourgogne, suivant son projet de faire de ses provinces vni État homogène et indépendant, s'était tourné maintenant vers l'Allemagne. Il réclama de l'empereur Frédéric III qu'il le nommât roi des Romains et roi de Gaule Belgique, en échange de quoi leurs enfants, Max et Marie, s'épouseraient, et la couronne impériale, après la mort de Frédéric, appartiendrait successivement au bourguignon et à son gendre.
Comme l'empereur apprit que Charles avait déjà promis à d'autres la main de sa fille, il rompit l'entretien ; sur quoi le Téméraire résolut de se faire lui-même son royaume par la réunion de ses deux tronçons de Bourgogne et de Flandres avec l'Alsace et la Lorraine.
Avec la Provence, qu'il se proposait .d'obtenir en héritage du vieux roi René, il rétablirait de la mer du Nord à la Méditerranée l'ancienne Lotharingie.
Ce projet archaïque et proprement contre nature était au-dessus des forces du Téméraire. Ce fut l'avis de Comines qui venait de quitter son service pour celui du roi de France. De moins clairvoyants crurent à son étoile ; le roi d'Angleterre, Edouard IV, le roi d'Aragon, le landgrave de la Haute-Alsace, le duc de Bretagne et le connétable de Saint-Pol le rejoignirent ou lui engagèrent leur concours.
La fin du Téméraire. — C'est ici le chef-d'œuvre de Louis XI.
D'abord, « il fît beaucoup plus de guerre au Téméraire en le laissant faire et lui sollicitant des ennemis en secret que s'il se fût déclaré contre lui' », et il sut patiemment attendre la fin de ses trêves pour l'attaquer dans le même temps que l'empereur mobilisait contre lui.
Comme le roi d'Angleterre avait débarqué à Calais et se portait vers Amiens, il obtint son départ, à l'entrevue de Picquigny, par un cadeau de 75 ooo écus et la promesse d'une pension de 50 000. Traitant alors avec Charles pour un armistice de neuf années, il se
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fit livrer le traître Saint-Pol, qui fut promptement décapité, et fit la paix avec la Bretagne.
L'année suivante, Charles se ruait contre les Suisses, bons alliés de Louis XI, était cruellement battu par eux à Granson et à Morat, se jetait alors sur la Lorraine, s'y heurtait à un gros de mercenaires recrutés par le duc René avec de l'argent du roi, se faisait mettre en déroute devant Nancy et périssait dans une embuscade (5 janvier 1477).
Deux jours après, on retrouva son corps à demi dévore par les loups.
Succession de Bourgogne. — Louis XI, débarrassé de l'ennemi qu'il détestait « avec le plus de venin », chercha aussitôt à pousser sa victoire. Comme les féodaux étaient frappés au cœur du coup qui avait étendu leur chef dans les marais lorrains, la France était libre d'achever son unité à l'intérieur et de poursuivre au dehors son développement naturel vers l'Est.
Ce n'est qu'au siècle suivant qu'elle rencontrera les entreprises de la maison d'Autriche, immense Empire qu'on va voir naître du « mariage de Bourgogne ».
Louis XI pensa donc d'abord à s'assurer la succession de Bourgogne par le procédé le plus simple en droit féodal, à savoir le mariage de la fille du Téméraire avec son fils Charles, bien que le dauphin (né en 1470) fût âgé seulement de sept ans et que la princesse en eût vingt.
Cependant il n'hésita pas à se saisir tout de suite de la Bourgogne, de la Franche-Comté, de l'Artois et de la Picardie, quitte à expliquer par ses juristes que Marie n'avait aucun titre à cette partie de la succession paternelle, ce qui était faux, car les fiefs bourguignons étaient transmissibles aux femmes; et qu'au surplus Charles en avait été déchu du fait de sa félonie, ce qui pouvait se plaider.
Son compère flamand, Olivier le Daim, lui soutenait qu'il n'avait qu'à s'emparer aussi du comté de Flandres et du Hainaut.
Mariage de Bourgogne. — Les résistances que le roi eut à surmonter, en Franche-Comté et en Artois, les pilleries excessives de ses lieutenants et, surtout, ses ambitions flamandes lui firent manquer le mariage de Bourgogne.
Il est tout à fait improbable que l'héritière de Bourgogne eût été laissée libre par ses conseillers d'attendre, ou qu'elle eût consenti à attendre la majorité de l'enfant qu'était encore le dauphin.
Louis XI l'aurait-il pu engager dans un autre mariage que celui d'Autriche ?
Il en eut, par la suite, le sentiment.