‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 89 sur 725 · LIGUE DU BIEN PUBLIC. — J · texte numérisé non relu

LIGUE DU BIEN PUBLIC. — J

plus tard un des raeilleurs conseillers du duc de Bourgogne, Philippe de Comines, qui se fit son historien.

Il récompensait largement ceux de ses fonctionnaires qui <s charriaient bien «, et ne fut dur qu'aux traîtres et aux maladroit'*.

Ligue du « bien public ». — Le renvoi, dans un esprit de vengeance, de quelques anciens serviteurs de son père, renvoi qu'il bl.ima lui-même par la suite ; des réformes fiscales ^dacieuses ; la suppression de nombre d'offices inutiles et coûteux ; l'obligation imposée aux prêtres et aux moines, sous peine de confiscation, de déclarer leurs biens ; l'abolition du droit de chasse pour les nobles, s'ils n'étaient pas pourvus d'un permis royal ; et d'autres mesures encore, les unes judicieuses, les autres vexatoires, lui firent de nombreux ennemis.

Comme les grands vassaux ne pouvaient se résigner à ne pas être des princes souverains dans leurs apanages, ils exploitèrent ces mécontentements, puis se révoltèrent, entraînant avec eux une partie de la petite noblesse. Ils eurent l'audace de s'intituler « Ligue du bien public », alors qu'ils ne poursuivaient que des ambitions particulières.

Ces sortes de mensonges et piperies sont fréquentes dans la politique, où les choses ne s'appellent pas toujours par leurs noms et sont couvertes par de fausses étiquettes.

Les ligueurs s'appuyèrent sur le frère du roi, le duc de Berry, personnage falot qui ne fut jamais qu'un jouet aux mains des habiles, et cherchèrent des secours au dehors, en Angleterre, en Allemagne et, surtout, en Bourgogne.

Politique extérieure. — Ils trouvèrent ces secours d'autant plus facilement que Louis XI avait plus d'ambition pour l'agrandissement du royaume.

Il poursuivait dès lors le retour à la France de Calais, qui était toujours aux Anglais; d'Amiens qui était à la Bourgogne ; du Roussillon et de la Cerdagne (frontière des Pyrénées orientales) qui étaient au royaume espagnol d'Aragon ; de la Savoie, qui appartenait à l'antique maison ducale d'Humbert aux blanches mains, et des trois évéchés de Toul, Verdun et Metz, qui étaient à l'Empire.

Sitôt les Anglais vaincus dans la guerre d'Indépendance, les conseillers de Charles VII avaient pensé à revendiquer les droits de la couronne sur les pays en deçà du Rhin qui avaient fait partie du royaume des Gaulois, et, d'abord, sur le Barrois et sur la Lorraine,

d'où était venue Jeanne d'Arc. Charles VII parut, avec des hommes d'armes, dans la banlieue de Metz et Louis XI, alors dauphin, en Alsace.

Les desseins de la monarchie dans la région orientale ont éfé parfaitement expliqués par les bourgeois de Lyon qvii disaient : « Le roi (Louis XI) a voulu et veut toujours soutenir et maintenir que le royaume s'étend d'une part jusqu'aux Alpes, où est enclos le pays de Savoie, et jusqu'au Rhin, où est enclos le pays de Bourgogne. »

Charles le Téméraire. — Ces ambitions ne se heurtèrent pas seulement à l'Empire germanique, mais encore à la maison de Bourgogne, de race et de culture française, sortie de la maison de Valois et tourmentée comme elle du besoin d'unité.

Sa domination, comme on l'a vu, était établie à la fois sur la Saône et sur l'Escaut. Réunir par la Lorraine les tronçbns de cet État hybride et recommencer ainsi le royaume intercalaire du traité de Verdun, c'était la pensée du nouveau duc, Charles le Téméraire, qui avait été lieutenant général dans les dernières amiées de son père, sous le nom de comte de Charolais.

C'était bien l'entreprise de beaucoup la plus dangereuse qui pût être dirigée contre la croissance française.

Voici donc la politique de Louis XI, politique dont le puissant relief n'est d'ailleurs bien apparu qu'avec le temps : il brisera la nouvelle féodalité que la royauté a créée par cette coutume des grands apanages, octroyés aux cadets, aux frères et aux proches parents du roi, qui a les ambitions ae l'ancienne féodalité, mais qui n'a plus ses vertus ; et il brisera la maison bourguignonne qui, après la défaite de l'Angleterre dans la guerre de Cent ans, s'est dressée comme la principale riv.ale de la monarchie française et qui s'allie avec les grands contre le roi.

France et Bourgogne. ^ Au cours de ces deux entreprises, qui chevauchèrent l'une sur l'autre, Louis XI connut fréquemment la pire fortune avant de l'emporter sur tant d'ennemis par sa ténacité, son génie d'intrigue et une indifférence parfaite des moyens qui le devaient conduire au but.

Moins ferme dans ses desseins et plus scrupuleux, il aurait sans doute échoué contre des adversaires dont la déloyauté n'était pas inférieure à la sienne et qui ne servaient que des ambitions personnelles.

On ne compte pas moins de quatre

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révoltes des maisons féodales contre Louis XI, avec l'appui de la Bourgogne, poursuivant son projet d'un « grand duché d'Occident », et avec celui de l'Angleterre, cherchant sa revanche de la guerre de Centr ans.

Première guerre. — La première de ces guerres civiles tourna contre Louis XL Il dut consentir par le traité de Conflans aux principales exigences des rebelles : son frère reçut la Normandie en apanage héréditaire, le comte de Charolais reprit les viDesde la Somme, le duc de Lorraine la marche de Champagne avec la garde de Toul et de Verdun ; le duc de Bretagne devint, sous la protection anglaise, une manière de roi.

Comme un pareil traité faisait « trop grand dommage à la couronne et à tout le royaume de France », Louis XI, profitant des rivalités qui avaient éclaté entre les féodaux, n'eut aucun scrupule à violer ses engagements ; il reprit la Normandie à son frère, envahit la Bretagne et lit, par surcroît, annuler sa capitulation par un simulacre d'Etats généraux. D'où une nouvelle ligue de ses ennemis de l'intérieur avec ceux du dehors.

Charles le Téméraire avait, peu avant, succédé à son père comme duc de Bourgogne.

Péronne. — Maigre qu il exagérât à l'ordhiaire la prudence, Louis XI alla, seul ou à peu près, trouver Charles à Péronne, muni d'ailleurs d'un saufconduit, dans la pensée qu'il l'amènerait, mieux que ses ambassadeurs, à consentir une trêve.

Il avait, par mégarde, oublié que, dans le même temps, deux de ses envoyés étaient à Liège pour y provoquer une révolte contre le duc.

Comme la révolte éclata tout juste pendant son séjour- à Péronne, le duc accusa le roi de n'être venu que pour le tromper. Il le retint prisonnier, dans le même château où un comte de Vermandois avait fait mourir Charles le Simple.

Louis XI, pour s'en tirer, signa un traité qui confirmait celui de Conflans, promit de doruier à son frère la Champagne et s'humilia à accompagner le duc à la répression de Liège, qui fut bmlée « en grand ordre ».

Paris chansonna le roi. Des « oiseaux parleurs i>, perroquets et pies, avaient été instruits à crier : « Péronne ! » sur son passage.

Guerre et diplomatie. — Déjà résolu à ne pas plus exécuter le nouveau traité que l'ancien, Louis XI fit accepter par son frère, au lieu de la Champague qui

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