‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 39 sur 97 · SCÈNE PREMIÈRE ANNETTE, HENRI, UN Domestique · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ANNETTE, HENRI, UN Domestique

Annette, assise dans un grand fauteuil, tenant machinalement un livre ouvert de la main gauche, la tète appuyée sur sa main droite et rêvant.

UN DO.MESTIQUE, entrant.

Madame la comtesse n'est pas encore visible, et M. de Symeux vient demander de ses nouvelles.

ANNETTE, comme réveillée en sursaut.

Faites entrer M. de Symeux.

HENRI

Je n'osais pas entrer, vous sachant seule, Malemoiselle?

ANNETTE

Est-ce que cela vous fait peur?

HENRI

Un peu, et je trouble votre lecture.

ANNETTE

Je ne lisais plus; ce livre est ennuyeux, comme

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fous ceux qu'on permet aux jeunes filles de lire; je pensais.

IIKNRI.

A un plat nouveau?

AN NETTE

Non, Monsieur, à des choses moins sérieuses.

HENRI

El à quoi pensiez-vous?

AN NETTE

Je pensais qu'il fait ce que nous appelons, nous les gens heureux, une belle journée; que Francine et moi nous allons patiner au bois de Boulogne, ce qui est certainement une des grandes joies de ce monde, mais qu'il y a quatre ou cinq degrés au-dessous de zéro et, par conséquent, bien des gens qui ont froid sans pouvoir faire de feu et qui ont faim sans pouvoir manger. Je cherchais une combinaison pour qu'il n'en fùl plus ainsi et je ne trouvais pas. Voilà à quoi je pensais, Monsieur. Vous voyez que cela ne touche à la Jcuisine que bien indirectement et par son côté le plus défectueux. Vous n'êtes jamais triste, vous?

HENRI

Mais si. Mademoiselle, non seulement de ma peine à moi, mais aussi quelquefois de la peine des autres.

ANNETTE

Je vous ai toujours vu gai.

HENRI

P arce que, quand on vient voir les gens, il ne faut pas les ennuyer de ses tristesses.

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