ACTE DEUXIÈME
liera une belle dot, il trouve que tout est pour le mieux, et, eiielFet, tout est peut-être pour le mieux. Je re,^'retteqlle vous ne croyiez pas devoir me dire les choses que vous savez; je me sentais en bonnes dispositions ce matin pour m'instruire un peu. J'ai veillé tard. C'était la première fois que mon neveu couchait dans ma chambre. Je n'osais pas iermer les yeux. Je contemplais ce petit être si frêle, déjà si intéressant, et je faisais toute sorte de réflexions sur la vie. Vous devez, vous qui en savez si long, mépriser d'avance les réflexions d'une cervelle de jeune fille ordinairement occupée de salades japonaises. C'est que, quelquefois,je regrette d'être née dans la classe dont je suis. J'aurais voulu être une petite bourgeoise, très occupée, une bonne ménagère. Lorsque j'entre dans un magasin et que je vois une jeune femme avenante qui me demande, en souriant toujours, ce que je désire, j'ai toujours envie de lui répondre : « Ce que je désire, Madame, c'est d'être à votre place. » Si je me faisais religieuse, comme mon confesseur m'y exhorte souvent, cela arrangerait tout! Si maman était là, ça irait encore mieux. J'ai eu plaisir, hier au soir, à vous entendre dire maman, à propos de cette salade. C'est gentil de dire encore maman, quand on est un grand garçon.
HENRI
Un vieux garçon.
AN NET TE
A'ous l'aimez bien, votre mère?
HENRI
Oh! oui !
AN^ETTE
Quel âge a-l-elle?
HENRI
Soixante-deux ans.
ANNETTE
Elle a unejjonne sauté?
HENRI
Excellente.
ANNETTE
Que Dieu vous la garde ! vous la voyez souvent?
HENRI
Tous les jours. Je demeure avec elle.
ANNETTE
Dans le même appartement?
HENRI
Dans la même maison.
ANNETTE
Que vous êtes heureux ! que parlez-vous de voire âge? Un homme de quarante-deux ans qui n'a jamais quitté sa mère est toujours un enfant. Et votre père?
HENRI
Mon père]est mort quand j'étais tout petit. Je ne me le rappelle que très vaguement. Ma mère était fort belle, mais elle aimait mon pcre.
Sans être du xvi° siècle ni des colonies, vous voyez que c'est encore possible.