‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 44 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

HENRI

Elle est demeurée fidèle à ce souvenir et n'a jamais voulu se remarier. Elle s'est consacrée entièrement à moi. Alors, je me suis consacré à elle. Je me suis mis à l'aimer tant, je la voyais si parfaite, que j'ai oublié de me marier»

ANNETTE

Il vous semblait, avec ce que vous saviez, que vous ne trouveriez pas une seconde femme comme elle.

HEiNRI.

Peut-être.

anne'tte.

Et si vous la perdiez"?

HENRI

Il ne se passe pas de jours sans que j'y pense.

ANNETTE

Elle aurait dû y penser aussi et vous chercher une femme qui lui ressemblât. Elle l'aurait peut-être trouvée, elle, à moins...

HENRI

A moins?...

A moins que vous n'aimiez une personne que vous ne

pouvez pas épouser... (Un temps, pendant lequel Henri regarde Ainutlo, comme pour deviner où elle veut en venir.) VouS VOUS tai-

sez, pour me faire comprendre que la chose dont je parle fait partie de celles que je ne dois pas savoir. Mais rien que les livrets d'opéra suffiraient à nous apprendre qu'il

y a quelquefois des amours contrariés. Du reste, aujourd'hui, je parle à tort et à travers. N'importe, la vie est bien compliquée. Bref! si vous aviez une sœur, que lui souhaiteriez-vous?

HENRI

Je lui souhaiterais de vous ressembler, Mademoiselle.

ANNETTE

Encore une phrase pour tout le monde. Ce n'est digne ni de vous, ni de moi ce que vous me répondez-là.

HENRI

Eh bien, Mademoiselle, si j'avais une sœur, qu'elle vous ressemblât, j'y tiens, et qu'elle me demandât sérieusement conseil sur la vie, je lui prendrais la main.

Annclte lui tend sa main sur la table, qu'il ne prend pas ANNETTE.

Eh bien, — prenez.

HENRI, lui prenant la main.

Et je lui dirais : oui, l'amour existe, et comme tu es jeune, intelligente, honnête, tu as tout ce qu'il faut pour inspirer l'amour et pour l'éprouver toi-même; mais, en plus, avec les qualités que lu as reçues delà nature, tu as reçu du hasard et de la société des privilèges refusés â la plupart des femmes : tu es jolie, tu es noble, tu es riche. Si tu avais encore l'amour que tu rêves, ce serait une injustice dont lu serais peut-être réduite à te cacher et dont les autres auraient le droit d'être jaloux, car le bonheur complet n'est pas de ce monde. Je ne te dirai pas comme ton confesseur ou comme Ilamlet, l'un avec sa foi, l'autre avec son doute : Entre dans un couvent.

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