‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 67 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

raitpas par représailles même légitimes de femme dans la première noblesse de France et qu'il n'y aurait pas à hilTer d'une barre les besans d'or de son cliamp d'azur. Puis, le temps révolu, il olTiit un riche présent à sa femme et lui demanda pardon à genoux de l'injure qu'il lui avait faite, et, pour mettre fin à tout malentendu de cette sorte, il la rendit mère de trois enfants qu'elle nourrit comme elle avait fait du premier, sans que le sire de Ponta- ■ mafrel se livrât jamais plus aux ébats irréguliers et clandestins. Ce furent deux garçons qui devinrent de vaillants capitaines et une fille qui fut abbesse et mourut en telle odeur de sainteté qu'il ne resta plus trace dans la mémoire de Dieu du manquement que l'épouse avait fait à l'un des piemiers commandements.

HCIEN.

Le conte est fort joli, m.on père, mais autres temps, autres mœurs.

LE MARQUIS

Il n'y a pas d'autres temps, il n'y a pas d'autres mœurs, monsieur mon fils, surtout pour les gens de notre race. Fais ce que dois, advienne que pourra, voilà de quoi traverser tous les temps et faire face à toutes les mœurs. Depuis que je vous écoute ici, je ne vous entends parler que des représailles de ma bru dont tout le monde doute f t vous ne dites lien de votre faute à vous dont nous sommes tous sûrs. Il serait bon d'en parler cependant. Si vous vous étiez conduit comme vous auriez dû, nous n'en serions pas à convoquer un congrès comme à \ienne, à cette fin de discuter sur le to be or iiot to be

de voire honneur. Quand un L;(Mililliotnnie a fait scrmcnl devant Dieu à une honnête lille, clioisie parmi ceux de son rang, comme est votre femme, son égale en naissance et en fortune, n'ayant fait en l'épousant ni commerce d'argent, ni calcul de vanité, quand un gentilhomme a fait serment à cette jeune fille de lui donner protection et de lui garder fidélité, il n'y a pas de promesse de souper à la Maison d'Or, si sacrée qu'elle soit, qui le relève de ce serment. Vous n'êtes pas de cet avis, je le regrette pour vous et même pour moi qui puis être soupçonné, étant votre père, de vous avoir donné ces mauvais exemples, ce qui n'est pas. La jeune fille que l'on vous a confiée et qui ne savait rien de la vie, vous la pouviez pétrir à votre guise. Il vous a convenu de lui raconter vos anciennes fredaines, de lui nommer vos anciennes maîtresses, de la mener dans tous les cabarets et lieux de plaisir mal famés et malsains où elle pouvait se trouver en contact et en lutte avec des créatures dont elle ne devait n)ême [)as soupçonner l'existence. Mais alors ne vous étonnez pas que le jour où elle apprend votre perfidie et où elle veut vous la faire payer, ce soit une idée de dame galante qui lui traverse l'esprit. J'espère, je suis convaincu, je suis certain que ce que madame de Riverolles vous a dit est faux et qu'elle veut tout simplement vous donner bonne et rude leçon ; mais si cela est vrai, vous n'avez que ce que vous méritez, comme le sire de Pontamafrel, et il ne vous reste plus qu'à faire comme lui. Allez-vous-en acheter pour vingl-cinq mille francs de dentelles avec madame Smith, afin de ne pas être trop volé par le marchand, et déposez-les aux pieds de votre

ACTK DEUXIÈME. 101

femme en lui disant : « Je ne crois pas un mot de voire histoire et voici, Madame, de quoi faire la robe de baptême de noire prochain enfant », et que, dans six mois au plus, nous mangions tous des dragées* Est-ce voire avis, Madame ? est-ce voire avis, Messieurs? T II En K SE.

C'est parler d'or, monsieur le marquis.

HENRI

Approuvé à l'unanimilé, n'est-ce pas, Stanislas?

STANISLAS

Ça ne se demande même pas.

LUCIEN

Grand merci. Messieurs. Je ne dirais peut-être pas non, s'il n'y avait dans le momie que des gens d'esprit pour faire l'opinion, mais il y a trop d'imbéciles.

LE MARQUIS, iKuissaiit los épaules.

C'est vrai et il y en a même presque toujours un de plus qu'on ne croit.

Liiricn sonne.

LE MARQUIS

Qu'csl-ce que tu sonnes encore?

Je vais sortir; j'ai une course à faire, (a céicstin qui entre.) La voiture est en bas ?

Oui, monsieur le comte.

LUCIEN

Mon chapeau.

Ciilcslin lionne le cliancau et surt.

102 FRA>'CILLON.

LE MARQUIS

Comme je veux embrasser ma fille qui est avec ta femme, nous allons les attendre en faisant un whist.

THKRKSK.

Je ne m'en irai certainement pas sans avoir vu Francine.

LUCIEN'

Pardon, mon père, c'est que je voulais demander à Henri d'aller faire une course pour moi.

LE MARQUIS

Soit; nous jouerons avec un mort.

L U CI E N

C'est que j'aurais aussi besoin de Slan.

THÉ RÈSE.

Nous ferons un piquet, monsieur le marquis.

LE MARQUIS

Ya pour le piquet, (a Lucien.) Fais-nous faire grand feu et envoie-nous des biscuils et du madère.

LUCIEN, sorlaiit.

Je ne serai pas longtemps.

LE MARQUIS

Va, va, l'air ne peut te faire que du l>ien.

Henri et Slan sortent aprî-s avoir saliu; In marquis et lui avoir donné la main. Pondant ce temp?, il a donné les eai'tes. Coleslin arrange le feu, un autre doniesti(ine apporlo un plateau.

LE MARQUIS, à" Thérèse.

Bla clière baronne, c'est vous qui allez nous savoir la vraie vcritt;,

THÉRÈSE

Je ne pense qu'à ra.

Page 1