‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 66 sur 97 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LUCIE .N

Et alors ou madame de Piiverolles prouvera aujourd'hui même et devant nous tous, d'une manière irréfntable, qu'elle n'a rien fait de ce qu'elle avance, ou il y aura rupture complète entre elle et moi, et cela immédiatement. Je viens de téléphoner à mon notaire de venir me parler, et, si je vous ai prié de vous rendre tout de suite ici, mon père, c'était d'abord pour vous informer de ce qui se passe, et maintenant pour vous prier d'accom|)agner la comtesse à iNice et de la remettre entre les mains de ses parents, à qui elle a écrit du reste qu'elle comptait aller les rejoindre. Après tout, puisqu'elle veut y aller, qu'elle y aille!

LE MARQUIS

Soit!... Mais qu'est-ce que ton notaire a à voir làdedans?

LUCIEN

Je veux qu'il établisse bien exactement l'état respectif de nos deux fortunes. Je ne veux naturellement rien garder de ce qui appartient à madame de Uiverolles,dont la fortune d'ailleurs est égale à la mienne. Séparation de biens d'abord, séparation de corps ensuite, et tout cela le plus tôt possible.

LE MARQUIS

Où ai-je lu une histoire dans le genre de la tienne? Ah! c'est dans la vie des dames galantes de Brantôme. Le sire de Ponlamafrel, marié à une belle et honneste dame, crut devoir comme toi, tandis qu'elle faisait noblement fonction naturelle et respectable de nourrice, se

donner passe-temps joyeux avec une de ses suivantes. La dame en eut connaissance, ne souffla mot et mena l'allaitement jusqu'au terme profitable à son rejeton, très friand du sein maternel, après quoi elle donna assignation, comme on disait alors, à l'écuyer de son époux, et vint sur l'heure avertir son seigneur — et traître, — c'est l'expression de Brantôme, de ce qu'elle avait fait, ajoutant : « Monsieur, nous voilà quittes. »

Et que fit le seigneur de Pontamafrel?

LE MARQUIS

Brantôme assure qu'ayant ouï le récit de sa femme, il s'écria piteusement : « Je n'ai que ce que je mérite, ayant donné à Agar la place de Sara, sans avoir les bonnes raisons d'Abraham. » Il demanda au roi, qui lui devait récompense pour quelques beaux faits d'armes, d'anoblir son écuyer, afin qu'un vilain n'eût pas bu dans son verre, puis il arma pour le nouvel anobli une compagnie de cinquante hommes et l'envoya guerroyer contre les Turcs, dans l'un desquels combats le jeune chevalier reçut en plein giron, trois grands coups de lance dont il mourut chrétiennement ainsi que devait faire un homme ayant obtenu si grandes faveurs d'une dame et d'un roi.

LUCIEN

Et ensuite?

LE MARQUIS

Ensuite le seigneur de Pontamafrel attendit le temps congru pour être sûr que bâtard d'écuyer ne se glisse-

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