‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 7 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FU ANGINE

Lucien me trompe, j'en suis sûre...

TUKRÈSE.

Conte-moi la chose; nous aviserons.

FUANCINE.

Quand Gaston a été sevré, je suis venue annoncer la nouvelle à Lucien. Il y a de cela huit jours.

Eh hien ?

FRANGINE

Eh hien, il m'a emhrassée sur le front et il m'a dit : « Tant mieux, chérie! lu vas pouvoir dormir maintenant. » — El il est allé chasser avec son père. Ils sonl revenus ce matin seulement.

THÉRÈSE

Qu'est-ce que tu vois de m.al à ça?

FRANGINE

Comment, ce que je vois de mal? Je suis sûre qu'il y a quelque chose. Tu l'as vu à tahle. Il était maussade; il ne parlait pas.

THÉRÈSE

Il a peut-être fait une mauvaise chasse; ça suffit pour les contrarier. As-tu vu son père?

FRANGINE

Il est venu me dire honjour, toujours épanoui comme un jour de Pâques. En voilà encore un qui ne se fait pas de bile !

THÉRÈSE

Pourquoi tiens-tu tant à ce qu'on se fasse de la hiîe?

8 l\\\ A iN Cl L L 0 N .

FRANGINE

Mais si ce que je suppose est vrai, il me le paiera!

THÉ RÉ; SE

Que feras-tu?

Je n'en sais rien. J'aurai une inspiration.

THÉRÈSE

Francine, Francine, méfie-loi île ta tète!

FRANGINE

Oh! ne crains rien. Ce ne sera pas ce que tu crois. Je suis folle en apparence, mais en apparence seulement. Je ne suis pas de celles qui se figurent qu'un autre homme peut faire oublier à une femme Thomme qu'elle aime et qui la trahit; à ce compte-là, on ne s'arrêterait plus; car, il n'y a aucune chance que le second vaille mieux que le premier et l'inévitable troisième que le second. Ou nous aimons notre mari, et alors celui qui prétend le supplanter nous apparaît comme un simple imbécile, ou nous n'aimons plus notre mari, et alors, si, ayant épousé librement, comme nous l'avons fait, toi et moi, unliomme qui nous plaisait plus que les autres, nous arrivons à ne plus rien lui inspirer, à ne plus rien éprouver pour lui, c'est démence ou dévergondage de risquer une nouvelle épreuve avec un monsieur qui vient vous olTrir secrètement, sans respect, sans sacrifice, sans amour, je ne sais quel passe-temps honteux, quelle compensation dégradante de fiacre et d'hôiel garni.

THÉRÈSE

Francine!

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