ACTE TROISIÈME
ne sais si je dois vous donner la main à vous: vous avez bien peu d'amitié pour moi.
STAMSLAS.
Peut-on dire cela, peut-on dire cela! (lîiiciui donne la main.)
FRANGINE
Enfin, comme je ne vous verrai plus souvent, maintenant, je vous pardonne.
STANISLAS
Où allez-vous donc?
FRANGINE
Je pars.
STANISLAS
Pour?
FRANGINE
Pour Nice.
Quand?
Ce soir.
Seule?
FRANGINE
STANISLAS
FRANGINE
Seule. (eUc le quitte pour aller au marquis.) MoU cllPr IjCaU-
père, je veux vous parler, avant de partir, d'une personne que j'aime comme si elle était ma sœur, — de votre fille. J'ai profité de son séjour ici pour la bien étudier. C'est une enfant très simple, très raisonnable, très réfléchie, quelquefois un peu triste, toujours sérieuse, et qui ne rêve
pas sur la vie plus qu'il ne faut. Nous vivons dans un monde un peu tapageur, surtout depuis quelques années; elle a peur de ce monde dont elle n'est que de nom et de naissance, et cependant elle ne peut ni ne doit en sortir. Bref, je ne vous étonnerai pas en vous apprenant qu'au milieu de tous les hommes plus ou moins jeunes, plus ou moins séduisants, plus ou moins frivoles qui nous entourent, ses pensées se sont portées sur le moins jeune, mais aussi sur le moins léger, sur celui qui pouvait le moins prévoir une pareille dislinclion et qui n'a rien fait pour la provoquer. 11 a plus de quarante ans et il a les cheveux presque gris.
LE MARQUIS
Et c'est?...
FrxANCKNE.
C'est M. de Symeux.
Elle vous a fait part de ses sentiments?
FRANGINE
Non ; elle n'est pas fille à les révéler à qui que ce soit, avant de vous en avoir parlé, à vous; elle vous respecte trop pour cela; mais elle m'a parlé souvent de M. de Symeux et tout à l'heure encore, en termes tels, qu'il n'y a pas de doute pour moi. Je ne dirai pas qu'elle l'aime, ce mot a servi à tant de choses hanales, étranges ou honteuses, qu'on ne sait plus si on peut l'employer, mais elle ne voit certainement que lui dont elle consentirait à être la femme, avec qui elle accepterait de passer