ACTE TROISIÈME
THÉRÈSE
Peut-être.
C'est tout ce qu'il faut. Alors pourquoi vous a-t-il raconté cette histoire?
THÉRÈSE
Il voulait un conseil.
FRANGINE
Eh bien, que lui avez-vous conseillé?
THÉRÈSE
Son père, tes amis, moi en tète, t'avons déclarée incapable d'une pareille infamie!
FRANGINE
Infamie, quand c'est nous; bagatelle, quand c'est eux.
THÉRÈSE
Je me rappelais ce que tu me disais ici, à cette même place, hier.
FRANGINE
Dans ce temps-là! comme dit mon mari! Mais tu devais te rappeler aussi que je te disais que si jamais j'étais sûre de son infidélité, je trouverais le moyen de n'être pas longtemps au partage. Eh bien, j'ai trouvé le moyen et je m'en suis servie.
THÉRÈSE
Je viens de causer avec M. de Riverolles; je l'ai décidé à avoir une explication avec toi.
FRANGINE
Celle que nous avons eue ne lui suffit pas. Elle était pourtant claire. ■ "
THÉRÈSE
Tu refuses?
FRANGINE
Je refuse. Je n'ai plus rien à lui dire.
THÉRÈSE
Alors, le cas étant prévu, il me charge de te faire connaître ses résolutions.
FRANGINE
Tu m'effraies.
THÉRÈSE
Oh! je t'en prie, ne plaisante pas; tu n'en as pas plus envie que moi. La pudeur, la dignité, le respect de soimême, l'estime des honnêtes gens, des enfants, ne sont pas choses avec lesquelles on plaisante. J'ai obtenu enfui de M. de PiiveroUes qu'une simple dénégation de ta part aux affirmations de ce matin lui suffirait. Si tu lui jures seulement que tu ne lui as raconté cette histoire que pour te venger un moment de ce qu'il t'avait fait et l'alarmer, il est prêta te tendre la main.
FRANGINE
Quelle bonté ! Il me pardonnera ses torts, si moi je n'en ai pas eu; il m'a crue quand je me suis déclarée coupable, il me croira aussi bien quand je me déclarerai innocente! Ce sont des habitudes qu'il a été forcé de prendre avec mes devancières.
THÉRÈSE
Ta réponse?
Je refuse ! Voyons ses résolutions maintenant?