‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 86 sur 97 · ACTE TROISIÈME. l'J · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. l'J

THÉRÈSE

Il y aura séparation.

FRANGINE

Séparation à l'amiable ou judiciaire?

THÉRÈSE

Il te laisse le choix.

FRANGINE

Judiciaire, c'est plus net.

THÉRÈSE

Soit; mais en tous cas, il n'accusera que lui; il metira tous les torts de son côté !

FRANGINE

Pourquoi?

THÉRÈSE

Il fait cela pour le monde, pour son nom, pour le tien.

FRANGINE

Je refuse. Nous nous séparons pour des fautes réciproques; nous ferons connaître ces fautes au tribunal qui nous jugera.

Et ton fils, qui ne doit pas rougir un jour de toi.

FRANGINE

Ne me dis pas de lieux communs ! Nous n'en sommes plus là ! J'ai donné plus de trois cents nuits à mon fils. Pendant plus de trois cents nuits, je l'ai tenu dans mes bras; après l'avoir fait de ma chair, je l'ai nourri de mon sang. C'est le premier grief que M. de Rive-

rolles ait à me reproclier; hier encore c'était le seul. Il pourra le faire valoir devant les juges. Amoureuse, lâchement amoureuse, j'ai demandé au père de mon enfant quelques heures de sa vie ; il me les a refusées parce qu'il lesavail justement promises à une autre. J'implore, il raille; je pleure, il rit ; je menace, il répond : « Va te reposer, tu as la fièvre! » Et il part. Il fallait aller me coucher tout hoiinemeni, en effel, prier en silence, me résigner, attendre patiemment qu'au petit jour l'autre me le rendît. Eh bien, non, et j'ai fait comme lui. Pourquoi ne m'adore-t-il pas, maintenant que je suis aussi méprisable que toutes celles qu'il aime.

THÉRÈSE

En se déclarant seul coupable, ton mari expie daoord publiquement une partie de sa faute, et il t'autorise à garder ton fils avec toi.

FUANCINE.

A quoi bon ? Je ne me sens plus la force de lutter contre les instincts et les hérédités d'une race et d'empêcher le fils de tenir du père. Riche, gentilhomme, oisif, dispensé et d'ailleurs incapable de tout travail, bon pour les roturiers, à vingt ans, mon fils aura déjà été l'amant des courtisanes les plus renommées de Paris, peut-être filles de celles qu'aura aimées son père; à trente ans, il épousera une vierge pour voir ce que c'est; et quand il l'aura vu, il la rejettera en disant : « Pareille aux autres ! » Mon fils! mon fils! Hélas, ce sera un homme. Il faudra qu'il méprise les honnêtes femmes, autantqu'il ait commencé par sa mère. Ça ira plus vite.

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