ACTE TROISIÈME
J'étais aussi prête à toutes ses fantaisies que résolue à tous mes devoirs. Il était un dieu pour moi. Seulement, j'aimais dans un monde où l'on avait oublie de me prévenir qu'on n'aime pas; de sorte que j'ai pris au tragique une situation qui m'apparaît tout à coup comme grotesque, et voilà mon héros d'hier qui me donne envie de rire aujourd'hui. Tu comprends bien qu'une femme comme moi ne se jette pas brutalement, de toutes les données et de toutes les traditions de son éducation et de son origine en pleine boue et en pleine fange, sans avoir une raison et un but. En entendant un récit comme celui que je lui ai fait, un homme qui a aimé, qui aime encore un peu la femme, n'a que deux partis à prendre : ou achever la misérable d'un coup, ou la relever d'un mot. Je me disais : Quand il va entendre ça, il va me tuer, bien sûr. Lorsqu'il a levé les poings sur m.oi en criant : «Malheureuse! »jeme suis dit : « Jevai3mourir,ennn! »Je lui ai même crié, comme pour l'encourager: « Mais tuezmoi donc! Je ne demande que ça! » Ah! bien oui! il ne m'a pas touchée. Un homme comme il faut ne frappe pas sa femme, il la tue encore moins. Il ne coulerait pourtant pas de sang ; les hommes sont en étoupe et les femmes sont en chiflon. Il m'a demandé le nom de mon complice, comme si on lisait le nom et l'adresse du coutelier sur le couteau qu'en se plonge dans la poitrine! Rentrée, selon son ordre, dans mon appartement, j'a attendu, assez naïve, assez candide encore pour espérer qu'il allait venir m'y rejoindre et me faire une scène quelconque, se terminant par ces mots : «Je t'aime, je te
pardonne! » et toutes les fièvres et tous les délires des jalousies et des pardons :
Va, je cède éperdu...
comme dans la Favorite. Il n'est pas venu, il prenait des renseignements auprès des valets; il cherchait des preuves chez le costumier ; il me guettait au patinage, se croyant bien caché; il demandait conseil à son père et à ses amis, conseil qu'il ne suivait même pas! Ni Othello, ni Fernand! Sganarelle! C'est à se tordre, comme nous disions encore hier! — il y a cent mille ans...
THÉRÈSE
Tout ce que tu voudras; il t'a trahie; il n'a pas de cœur; il ne te comprend pas ; il ne te comprendra peutêtre jamais ; déteste-le, méprise-le, plains-le !... mais garde-le. C'est le mari, c'est le père de l'enfant. C'est cekii dont nous ne pouvons jamais nous passer, tant qu'il vit, tant qu'il n'a pas fait une hassesse ou une lâcheté piih!i(|ue. Garde-le ! garde-le ! Il ne sera pas dé.shonoré pour avoir eu une maîtresse, tu le seras à tout jamais pour avoir laissé croire que tu as eu un amant. Pas un homme n'est digne que nous nous dégradions pour lui, pas même que nous le lui fassions croire ! Accepte tout, consens à tout, mais que le monde continue à le saluer comme une honnête femme! Garde-le!
FRANCISE
Soit... Personne n'écoule ?
THÉRÈSE
Qu'est-ce que tu veux dire ?