ACTE TROISIÈME
THÉRÈSE
Tu deviens folle !
FRANGINE
Je n'ai jamais eu plus de sang-froid.
THÉRÈSE
Mais tu souffres?
FRANGINE
Evidemment, j'ai beaucoup souffert. C'est fini. Continue. Quelles sont les autres décisions de mon mari?
T H ÉJR È s E .
li attend son notaire.
FRANGINE, riant.
Ah! ah!...
THÉRÈSE
Cela le fait rire?
FRANGINE
Oui, dans une question comme celle qui nous occupe, question d'honneur, de vie, de mort peut-être, ce mot : « le notaire», fait un drôle d'effet. Je ne voyais pas de « notaire » dans tout cela. Tu ne trouves pas que c; le notaire » est de trop. Enfin, va pour « le notaire. » Qu'est-ce « que le notaire » va avoir à faire là-dedans?
THÉRÈSE
Il va avoir à établir exactement l'état de vos deux fortunes, avec ton notaire à toi, car M. de Riverolles veut d'abord et avant tout te restituer intégralement tout ton bien...
FRANGINE
Que c'est noble ! que c'est grand ! lî est vrai que c'est tout ce qu'il peut me rendre désormais.
THÉRÈSE
Ensuite la procédure suivra sou cours dans le sens qui te conviendra.
FRANGINE
Très bien !
THÉRÈSE
Tu n'as plus rien à me dire?
FRANGINE
Rien du tout.
THÉRÈSE
Alors c'est fini. Plus d'bonnète femme, plus d'épouse, plus de mère !
FRANGINE
Plus rien; il a tout tué. Le moyen que j'ai trouvé et dont je ne conteste pas la bassesse n'a qu'un avantage, mais il l'a, c'est de ne pas permettre la discussion, c'est d'être infaillible, irrémédiable, de me délivrer en vingtquatre heures et pour toujours d'un mari que je hais. Ce moyen tranche comme un couperet de guillotine; il jette mon corps d'un côté, mon âme de l'autre. Tu m'as vue rire tout à l'heure devant un certain mot, dans une situation qui n'a pourtant rien de risible, pour toi du moins. Sais-tu pourquoi j'ai ri? Je vais te le dire. J'adorais mon mari moralement, physiquement, complètement.