ACTE TROISIÈME
LUCIEN
A quel propos?
STANISLAS
Va toujours ! (Bas.) Tu ne serais pas assez maître de toi !
Votre nom, monsieur !
PINGUET
Pinguet.
LUCIEN, montrant Stanislas.
Monsieur Stanislas de Grandredon.
STANISLAS, à Pinguet.
Mon excellent ami, monsieur Jean de Carillac, n'estil pas un des clients de mailre Gandonnot?
PINGUET
En effet. Monsieur.
STANISLAS
J'allais justement demander à maître Gandonnot un renseignement que vons pouvez, je crois, me donner en son lieu et place, puisque j'ai l'honneur de vous rencontrer ici, sans trahir le secret professionnel.
PINGUET
Vous ne me demanderiez pas, Monsieur, un renseignement qu'il ne me serait pas permis de vous fournir.
STANISLAS
Evidemment, voici ce que c'est. Le Baron Jean de Carillac veut se marier. La personne qu'il recherche en mariage désirerait savoir si la fortune qu'il accuse est réellement de cent-vingt mille livres de rente.
PIN gui: T. Celte fortune est bien celle de monsieur de Carillac et il peut épouser aussi facilement une jeune fille pauvre qu'une jeune fille riche. (.\ Lucien.) Maintenant, monsieur le Comte, si vous voulez bien me communiquer ce que vous vouliez dire à monsieur Gandonnof, si toutefois je puis le remplacer?..
LUCIEN, embarrasse.
C'est qu'il faudrait pour cela que mon père qui est sorti en ce moment, fut rentré; il s'agit de ma sœur qui arrive à sa majorité et à qui mon père voudrait rendre bien exactement ses comptes de tutelle.
PINGUET
Je puis attendre, ou, ce qui vaudrait encore mieux, revenir plus tard.
STANISLAS, à Pinguot.
Pardon, monsieur, plus je vous regarde... n'étiez-vous pas sur la place de l'Opéra, cetle nuit, vers trois heures?
PINCUET.
Vous m'y avez vu, monsieur?
STAXISLA S.
Nous étions, monsieur de RiveroUes et moi, au bal de l'Opéra.
PINGUET
Monsieur le comte aussi ?
T II É II i-: s E.
Oh ! ce n'est pas un mystère, la comtesse le sait.
ACTi: TROISIÈME. 145
Quand nous sommes enlrés toiit-à-l'heure, il m'a bien semblé vous reconiuiitre. El (igurez-vous qu'il s'agit d'un pari que nous avons fait le comte et moi justement à propos de la dame que vous accompagniez. Voulez-vous être
le juge de notre pari? (Un siync do demi-acquicsccmont do la part
de Pin-uet. A Lucien.) Tu recounais bicH mousicur maintenant?
LUCIEN
Oui. Oui. Nous nous disposions à aller souper quand nous vous avons vu sortir du bal de l'Opéra en compagnie d'un domino dos plus élégants. Nous avons dit : voilà deux amoureux qui vont souper aussi probablement. Allons où ils iront. Vous êtes allés à la Maison d'Or.
PIN GUE T
C'est vrai.
LUCIEN
Et, tout en vous suivant, nous faisions, sur la |)crsonne que vous accompagniez, toutes sortes de réflexions et de conjectures. C'est permis, n'est-ce pas, au sujet d'une femme masquée et par une nuit de carnaval.
PINGUET
Certainement.
LUCIEN
M. de Gandredon soutenait que c'était une simple habituée du lieu où elle se trouvait. Cette supposition ne vous blesse pas?
PINGUET
Oh! pas du tout! c'est la bonne fortune la plus fréquente de ces sortes d'endroits.
LUCIEN
Et VOUS étiez en bonne fortune? (siicncc do Pinguct.) Enfin, nous avons parié, mon ami et moi, lui que c'était une femme du monde, moi que ce n'en était pas une.
STANISLAS
Il s'agit de cent louis pour les pauvres de la comtesse et de njadame Smith. Renseignez-nous donc, Monsieur, dites-nous donc simplement, 'si c'était, oui ou non, une . femme du monde.
PIN GUET, à Stanislas.
Vous avez geigne. Monsieur; celte dame était une femme du monde, et du meilleur monde.
LUCIEN, qui commence à s'initm'.
Vous en êtes sûr.
STANISLAS, à Lucien.
Voyons, mon cher, sois beau joueur, que diable! Tu n'en mourras pas pour cent lonis. Et Monsieur est bien sûr de ce qu'il dit, puisqu'il connaît personnellement celte dame et qu'il l'avait accompagnée au bal de l'Opéra.
PINGUET
Pardon ; je n'ai pas dit cela, messieurs. J'étais venu seul au bal de l'Opéra, je me disposais à en revenir seul et je traversais le péristyle, quand j'ai aperçu un domino solitaire, immobile, appuyé contre une colonne, et paraissant attendre, en respirant des roses. Je me suis approché de cette dame et je lui ai offert mon bras qu'elle a accepté. Où allons-nous,