DANSE CHAMPÊTRE LÀNDLICHER TANZ COUNTRY-DANCE
C'est aux „Caprichos" que l'on doit l'idée qu'on s'est faite et qu'on se fait encore de Goya. A l'étranger et surtout en France, où on savait l'apprécier mieux que dans sa patrie, on le tenait pour un artiste libre-penseur et irréligieux, fantastique et cynique, pour une sorte de petit Titan montant à l'assaut des cieux, tandis qu'en réalité il était profondément religieux, un être qui savait embrasser d'un coup d'œil infaillible le seul côté réaliste des choses de ce monde, un homme de la plus scrupuleuse droiture. Jamais, en présence des planches de Goya, il ne faut se lasser de répéter que jamais il n'a employé ni l'ironie, ni la satire, que jamais il n'a eu l'intention de railler, ni de se venger, mais que, comme d'autres se servent de la parole, lui, s'est servi du burin pour étaler au grand jour les vices de son temps que cette exposition devait contribuer à éliminer. Il combat la rage du duel et cherche à renverser les obstacles contre le divorce en Espagne. Il flétrit les abus de la puissance écclésiastique et les écarts de la corruption sensuelle. Mais toutes ces choses, il s'en occupe avec un sérieux mortel, une vigueur de Titan. Sa colère est sincère, et derrière la cruelle ironie qu'il accumule dans ses créations, reluit le joyeux optimisme qui croit à l'amélioration de l'humanité.
C'est vers 1810 que parut la deuxième grande série des gravures de Goya: „les Désastres de la Guerre", précédée également des plus superbes dessins au crayon rouge. Au point de vue technique, elles sont infiniment supérieures aux „Caprichos", en premier lieu, par l'effet bien plus intense de l'espace et la grande diversité des manifestations de la vie, et puis, par le fait qu'elles accusent une relation étroite avec les productions contemporaines de son
pinceau. Ce sont les événements de l'invasion française en Espagne que Goya a immortalisés dans ses travaux artistiques, dans lesquels le cœur ardent du philosophe et la froide raison du chroniqueur se sont ligués pour composer les plus vigoureuses protestations contre la guerre qui aient jamais été proférées, et, de fait, les partisans de la paix ne pourraient recourir à un moyen plus efficace que la propagation des „Désastres" à d'innombrables exemplaires.
Quelques années plus tard, aux environs de 1815, parut l'admirable série de la „Tauromachie" précédée de 50 crayons rouges. Goya n'était-il pas expert en la matière, n'avait-il pas appris luimême l'art du Toréador? Sa Tauromachie est un cours complet de la science des combats de taureaux; chaque planche, un merveilleux spécimen de l'effet de l'espace, que Goya sait faire produire à sa plaque, une reproduction sans pareille de la vie de l'homme et de la bête.
Enfin parut la dernière série, les „Proverbcs" que l'on pourrait appeler „les Nouveaux Caprichos" exécutée dans sa maison de campagne solitaire, sous l'empire de la misanthropie et de la surdité. La fantaisie des „Caprichos" est poussée ici aux sommets de l'épouvante intime; le pessimisme de l'artiste a vaincu son optimisme, et sur son monde à lui il a répandu une image d'anéantissement qui ne se rencontre que dans l'Enfer du Dante. Au point de vue technique, la plupart de ces planches atteignent des hauteurs auxquelles la gravure originale n'a jamais pu arriver jusqu'à ce jour. La beauté des effets repose sur l'indispensable supériorité et la maîtrise qui ne peut se désigner que sous le nom de génie.
INONDATION (NAUFRAGE) ÛBERSCHWEMMUNG (SCHIFFBRUCK) INUNDATION (SHIPWRECK)