FABRICATION DE BALLES DANS LA SIERRA DE TARDIENTA
□ KUGELFABRIKATION IN DER SIERRA DE TARDIENTA □
□ a BULLET-MAKING IN THE SIERRA DE TARDIENTA □ □
une idée de la parenté de Goya avec Rembrandt; malgré la distance infinie qui les sépare, elle s'impose au spectateur.
Dans le portrait, Goya procède de Velasquez qui, précisément à cette époque, était grandement déprécié en Espagne, Goya a copié des toiles de Velasquez aussi bien avec son pinceau qu'avec son burin et sa conception du portrait, qu'il s'agisse de composition, de coloris, et par-dessus tout de traitement de la lumière, provient de lui. Dans le portrait, c'est-à-dire dans le portrait isolé, il atteint à cette maîtrise qui dans d'autres œuvres reste hors de sa portée. Dès qu'il se mêle de réunir plusieurs portraits sur une même toile, le grand Espagnol témoigne d'une surprenante indifférence pour les charmes du groupement. Bien souvent, et surtout dans ses tableaux de famille aux personnages d'une rare perfection, exécutés pour la famille royale, nous sommes effrayés de voir la façon dont Goya dispose ses personnes de-ci, de-là, sans lien, sans cohérence, d'un mouvement de main superficiel, va comme je te pousse. Rien ne l'intéresse que la valeur qu'il a su tirer de la personne isolée, et il dédaigne de condenser en un tout artistique ces effets surpris dans la nature. Là où nous trouvons une composition uniforme, comme dans les „Meninos", ce n'est presque toujours que l'œuvre de l'élève de Velasquez. Goya est le grand créateur de „ caractéristiques" dans l'histoire de l'Art, et la façon dont d'un coup large et hardi de son pinceau il sait rendre non seulement un visage, mais toute une âme, toute une personnalité, et même l'histoire de cette personnalité, ressort de ce que l'art a jamais produit de plus profond. C'est à ce talent de tout caractériser par la couleur qu'il faut attribuer son indifférence pour tout le reste, et c'est à ce
point de vue qu'il faut se placer pour aimer également ses faiblesses et sa grandeur. Sans le moindre doute, lorsque l'on parle de Goya comme d'un grand parmi les grands, on aura en vue, avant tout, ses portraits. On se dira alors que Goya, dans l'histoire de l'Art, est le modèle classique pour la nature amoureuse de la pure peinture, qu'il n'a pas son égal dans le maniement impeccable de la couleur et qu'il n'a jamais été donné à personne de s'exprimer en couleurs avec une puissance égale.
Le gris et le noir, voilà les couleurs favorites du portraitiste Goya, Le gris du ciel de sa patrie, le noir de la tenue de gala de ses compatriotes et de ses contemporains. Il découvre d'innombrables variantes de ces couleurs qui dans presque tous ses portraits prédominent à côté de la ravissante harmonie de toutes les autres nuances. C'est ainsi qu'il fait produire des effets surprenants à de petites taches de couleur, à des nœuds, des fleurs, des bouts de ruban aux vêtements féminins. Tout d'abord, il a une tendance à placer ses sujets contre le paysage ou contre une fenêtre ouverte d'où la vue s'étend sur le paysage. Mais petit à petit il les déplace, pour finir par les appuyer simplement à un mur tout gris. Du reste, il est singulier de voir comment, à mesure qu'il avance en âge, le paysage disparaît peu à peu de ses oeuvres, pour faire place presque exclusivement à l'homme et aux problèmes humains. Même quand, plus tard, il aura à l'introduire dans quelques-unes de ses œuvres, il le traite superficiellement comme un accessoire insignifiant, ce que l'on pourrait attribuer au fait que dans l'âme de plus en plus assombrie de Goya les problèmes humains jouent un rôle toujours plus important, sans cependant que son puissantréalisme en eût subi la moindre atteinte, et sans que 1 étrange vigueur de sa
nature eût cédé même un pouce de terrain. Cette particularité apparaît au plus haut point dans la troisième et dernière période de Goya, la période monochrome, la période de presque tous les grands artistes vieillissants, celle où domine le fusain et le gris, où ils traitent de préférence les sujets fatalistes que jusque-là ils n'avaient touchés qu'en passant, Il est sans exemple dans l'histoire de l'Art que l'on ait dû classer l'auteur de sujets comme „ Saturne dévorant ses Enfants", le „ Sabbat des Sorcières" et de tous ces monstres ailés à tête de chien, non parmi les romantiques, mais au nombre des réalistes. Tous ces produits d'une fantaisie assombrie et plongée dans les ténèbres de la surdité physique, sont doués d'une incroyable vigueur et du sens de la nature que leur a transmis ce fils de paysans. Ce Saturne est bien réellement un monstre mangeur d'hommes, une condensation des mauvaises passions de l'humanité portées à une suprême puissance, et tous ces monstres fabuleux doivent leur existence à la connaissance du caractère humain dont ils sont les symboles, et sont à tout prendre, aussi réels que n'importe quel portrait de Goya.
Après une disparition de longue durée, Goya a été rendu à l'affection de ses nombreux admirateurs non par sa peinture, mais par ses travaux graphiques, par la gravure de ses Cycles. Sans contredit, nous avons en lui Tun des plus grands graveurs de tous les âges, un graveur que nous pouvons placer au niveau de Rembrandt, qui a su faire rendre des choses merveilleuses aux plaques de cuivre au moyen de l'ombre et de la lumière, qui peut être désigné comme le propagateur de l'aqua-tinte et du lavis, procédé auquel, parmi les artistes de notre temps, Max Klinger par exemple doit ses plus belles productions.
Les premiers essais de gravure de Goya remontent à l'époque qui suit son mariage. Il s'agissait alors de nourrir femme et enfants, et n'oublions pas que sa femme lui en donna vingt dont, sans doute, il ne resta qu'un fils unique. Le viveur qui s'était rangé déployait une activité que n'aurait jamais crue possible l'ancien joueur de couteau, chanteur de sérénades. Sous le coup de cette ardeur au travail il tomba sur le burin, sans que toutefois ses œuvres de début permissent de soupçonner le grand maître de la gravure qu'il devait devenir. Ce ne sont encore que des feuilles passablement conventionnelles et maladroites oii l'on sent le manque de confiance de l'artiste dans sa technique, des copies d'après Velasquez sans aucune note personnelle, quelques pages de son popre cru sans grande signification, dont le seul intérêt réside dans le fait de l'emploi de l'aqua-tinte découverte quelque dix ans auparavant par Le Prince et leur impression en rouge. Ce n'est que dix ans plus tard que devait p£iraître le premier grand cycle de Goya qui fut vraiment populaire et contribua le plus à l'éclat de sa renommée.
En 1792, Goya tomba gravement malade, frappé d'un mal nerveux qui persista des années et amena sa complète surdité. Dans la retraite que dut s'imposer le malade, il ne put s'occuper de peinture ; mais privé de tout repos, tourmenté de l'inextinguible désir de donner une forme à ses fantaisies artistiques, il se décide en faveur des dessins qu'il devait transporter plus tard sur le cuivre. L'édition des „Caprichos" qui comprend 80 planches et parut en 1797 ne correspond d'aucune façon à la collection des dessins. Bien des sujets s'écartent de la conception originale; puis, il y en a bien une vingtaine qui n'ont jamais été reproduits.
EL TIO PAQUETE