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pénal, — puisqu'on pouvait impunément violer les premiers, au lieu que la moindre infraclion aux autres était toujours punie avec sévérité ; comment les germes de morale semés par mes parens auraient-ils pu produire quelque fruit? Ils furent étouffés sous les mauvaises herbes.
Jetons maintenant un coup d'œil sur mes compagnons habituels, les midshipmen. Nous trouverons parmi eux le même langage, les mêmes manières; à peine y apercevrons-nous un degré de grossièreté de moins. Quand ils allaient à terre, c'était pour s'enivrer, et ils s'e 1 faisaient gloire quand ils étaient de retour à bord. Mon capitaine m'avait dit que chacun trouvait son niveau à bord d'un vaisseau de guerre; mais. dans la cabine des midshipmen , c'était le niveau qu'on trouve chez les sauvages. La force physique y décidait seule si vous deviez être tyran ou esclave. La discipline des pensions et des écoles publiques, quelque mauvaise et quelque démoralisante qu'elle soit , n'était rien en comparaison de la tyrannie qui régnait en i8o,3 dans les cabines des midshipmen.
Il en est des cabines comme des écoles. On
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s'est trop long temps faussement imaginé «pue les enfans trouvent un avantage clans tes souffrances que leur fait endurer la tyrannie des maîtres d'école. Je ne nierai pas que les classes les plus élevées ne puissent gagner quelque chose en se trouvant en contact avec leurs inférieurs, et que le poing du fils d'un marchand n'ait quelquefois donné une leçon utile au fils d'un membre de l'aristocratie ; mais celui qui est élevé en esclave, deviendra tyran dès qu'il le pourra, car les plus détestables de nos passions nous portent à faire souffrir aux autres ce que nous avons souffert nous-mêmes. Un enfant qui a reçu du ciel uneame noble et généreuse, est abruti par de mauvais traitemens auxquels il n'a pas le moyen de résister, et s'il peut en triompher, il contracte un esprit de résistance et de vengeance qui devient le fléau de sa vie future.
Tel fut à peu près mon destin. Que mes lecteurs ne soient donc pas surpris si, dans le cours de mon histoire, ils remarquent quelques fruits des malheureux germes qui furent jetés dans mon cœur de si bonne heure et avec tant de profusion. Quand j'arrivai à bord de la frégate , tout propos blasphématoire ou obscène
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me faisait horreur; mais mes oreilles ne tardèrent pas à s'y habituer; et au bout de quelques mois, je ne fus pas plus scrupuleux que les autres. La forteresse de ma vertu aurait pu tenir plus longtemps, mais je ne pus résister au ridicule. Mes compagnons m'appelaient « soupe au lait » et « la jeune miss », et je devins bientôt aussi corrompu qu'ils l'étaient eux-mêmes.
Je n'étais à bord que depuis deux jours quand mes jeunes amis m'invitèrent à monter sur le grand mât. Je le fis avec pleine confiance, car j'avais monté sur bien des arbres , mais quand je fus à mi-chemin , je fus arrêté par le gabier de la hune et un autre matelot, qui me lièrent aux agrès. Je demandai pourquoi l'on me traitait ainsi, et le gabier me répondit très-civilement en ôtant son chapeau, que c'était ce qui se pratiquait toujours à l'égard de tout officier qui montait pour la première fois sur le grand mât, et que je devais payer ma bien-venue. Je jetai un coup d'œiî vers le gaillard darrière , croyant y trouver du secours, mais je vis que tous les officiers, et même les petits coquins de midshipmen qui m'avaient joue ce tour , me regardaient en riant et s'amusaient de mon
embarras. Je demandai donc au gabier ce que je devais payer, et il me dit qu'une pièce de sept shillings serait regardée comme une gratification libérale. Je lui promis de faire ce paiement; je fus délié aussitôt, et je tins ma promesse dès que je fus descendu.
N'ayant éprouvé que cruauté et oppression depuis que j'étais à bord, je me repentais amèrement d'être entré clans la marine. Ma seule consolation était de voir Murphy retenu dans son hamac, et je me promis bien de ne me laisser insulter par personne sans en tirer vengeance.
Trois semaines se passèrent ainsi, et la frégate se trouva en état de mettre à la voile. J'avais gagné les bonnes grâces du premier lieutenant par une aîïention constante à m'acquitter des petits devoirs dont il me chargeait. On m'avait placé dans un quart, et l'on m'avait assigné pour poste les canons du mât de misaine sur le premier pont. Mes jeunes amis me disaient que le premier lieutenant était un officier dur et implacable quand il avait conçu des préventions défavorables contre quelqu'un ; cependant je lui avais toujours vu les manières d'tttt homme bien élevé, même quand il avait
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lieu dette mécontent, et il continuait à me traiter avec bonté. Je n'en pouvais dire autant du second lieutenant.
Murphy était guéri , et avait repris son service; mais il n'avait rien perdu de son animosité et de sa rancune contre moi , et je n'avais ni paix ni repos en sa présence. Un jour, sans la moindre provocation, il me jeta un biscuit à la tête, en l'accompagnant d'une épithète insultante. J'oubliai en un instant tous les avis que j'avais reçus, et tout ce que l'impétuosité de mon caractère m'avait déjà fait souffrir; je sentis le sang me couler du front, et bouillir en même temps dans mes veines ; et dans un accès de rage, je saisis un grand chandelier de cuivre, dont le pied était rempli de plomb afin de lui donner assez de stabilité pour résister au roulis du navire , et je le lui jetai au visage de toutes mes forces. Il évita le coup qui frappa à l'épaule le pauvre domestique nègre , et celui-ci reçut une si forte contusion, qu'il fut plusieurs jours entre les mains du chirurgien.
Murphy se leva pour se venger, mais il fut retenu par ses amis qui déclarèrent unanimement qu'une oifense telle que celle dont je venais de me rendre coupable, devait être punie
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d'une manière plus solennelle. Un s'empara de moi, on fit la simagrée d'instruire mon procès, et sans dire un seul mot de la provocatiou que j'avais reçue, on me déclara coupable d'avoir manqué de subordination envers mes anciens, et d'avoir donné mauvais exemple aux jeunes gens, et l'on me condamna à être battu d'un bas de laine rempli de sable mouillé. Quatre des plus forts midshipmen métendirent sur la table, le dos en l'air, me tirèrent par les bras et par les jambes, et Murpby se chargea du rôle d'exécuteur, tandis que l'aide du chirurgien me tenait le poignet pour juger, d'après mon pouls, du temps que pourrait durer la punition. Murphy s'acquitta de ses fonctions à cœur joie, mais je ne poussai pas un cri , j'aurais enduré la mort plutôt que de lui donner le plaisir d'entendre une seule plainte m'échapper. Enfin , la sueur froide dont j'étais couvert et la faiblesse de mon pouls alarmèrent l'aide du chirurgien, qui mit fin à mon supplice, après quoi on me déclara que je dînerais sur ma caisse pendant quinze jours. Dès que j'eus repris haleine, et que je fus en état de me tenir sur mes jambes, je déclarai du ton le plus solennel que, chaque fois que je serais provoqué comme je
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l'avais été, j'agirais comme je venais de le faire, et que je m'adresserais ensuite au capitaine pour obtenir justice. — C'est moi, dis-je à Murphy, qui ai coupé les courroies de votre hamac; je l'ai fait en représailles de ce que vous aviez coupé deux fois celles du mien, et je vous préviens que, dussé-je souffrir le martyre, vous ne commettrez aucun acte de tyrannie contre moi sans que j'en tire vengeance. Tenez-vous pour averli, et vous verrez si je vous tiens parole. — Murphy pâlit, et n'osa répondre, car il était lâche au fond du cœur.
Cette scène violente fut suivie d'une cessation d'hostilités, et j'obtins de la crainte de Murphy ce que je n'aurais pu obtenir autrement. Cette affaire fit du bruit à bord de la frégate. On la représenta sous un faux jour aux omeiers, et je perdis leurs bonnes grâces, mais je gagnai celles de tous les hommes de l'équipage qui détestaient Murphy. Ils connaissaient la vérité , et ils admirèrent ma résistance déterminée à l'oppression.
Banni de la société des officiers , je recherchai celle des matelots , et j'appris d'eux la partie pratique de ma profession. Je fis avec eux une sorte de convention. Ils me promirent
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qu'ils ne déserteraient jamais d'une embarcation dont j'aurais le commandement, et je leur promis de mon côté que, quand nous serions envoyés à terre, je leur permettrais d'aller boire au cabaret quand je n'aurais pas besoin d'eux. Deux d'entre eux manquèrent pourtant à leur promesse la veille du jour où nous levâmes l'ancre, et comme j'avais contrevenu à mes instructions, je fus congédié du gaillard d'arrière, et placé au mât de misaine.