II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON
une approximation de la vérité. De là ses sympathies pour le probabilisme de la Nouvelle Académie (1).
Bacon n'exempte pas de ses critiques les doctrines morales de l'antiquité. Il réprouve Socrate et Zenon qui plaçaient le souverain bien dans la vertu, aussi bien que les cyrénaïques et les épicuriens qui le plaçaient dans le plaisir, aussi bien que les sceptiques Hérillus et Pyrrhon qui le mettaient dans l'abstention systématique de toute opinion. Epictète lui paraît aussi condamnable qu'Aristippe. C'est que tous ces philosophes ont méconnu la loi véritable de la morale, ils ont tous placé le bien dans le bien de l'individu, au lieu qu'il se trouve dans le bien commun (2). Aristippe et Épicure ont placé le bien dans la satisfaction égoïste ; Socrate, Epictète et Zenon, malgré l'élévation supérieure de leur doctrine ; Hérillus et Pyrrhon, malgré leur scepticisme, en ont fait autant. Jouis de ton plaisir, disent les premiers ; jouis de ton abstention, disent les derniers ; jouis de ta vertu et de ta supériorité sur les choses extérieures, disent les seconds.
(1) Ibid. - N. 0. 1. 1, 67, 1. 1, p. 178.
(2) De Augm. 1. vu, 1. 1» p. 719.
Tous donnent pour but à la vie le développement de l'être individuel. Le but suprême du stoïcien n'est-il pas de former son âme, de Taguerrir contre l'extérieur, de l'élever au dessus de tout? — Tel n'est pas, d'après Bacon, le véritable bien moral. Le bien n'est pas individuel, mais universel. L'homme doit moins travailler à se perfectionner soi-même qu'à favoriser le développement de la vie des autres. Si le perfectionnement individuel a quelque valeur, il n'en a que par l'utilité que les autres en retirent. Aussi Bacon n'est-il pae beaucoup plus sensible à la haute vertu d'un Socrate ou d'un Épictète qu'à la volupté d'un Aristippe ou à la tranquillité d'âme d'un Hérillus ; tous lui paraissent également inutiles et égoïstes, enfermés en euxmêmes et uniquement préoccupés de leur propre bien. — Il y a là, croyons-nous, une profonde injustice. Si on peut justement en effet reprocher leur égoïsme voluptueux aux cyrénaïques, aux épicuriens, aux sceptiques ; si même on ne peut se défendre de reconnaître que lés stoïciens en général, et en particulier Épictète (1) ont eu trop
(1) On ne peut nier qu^Épictète accorde une très haute valeur à la personne humaine, mais à la sienne ou à celle de son dis-