‹ François BaconChapitre 16 sur 120 · II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON · texte numérisé non relu

II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON

de l*honime sur la nature que la domination de rhomme sur lui-même. Aussi voulaient-ils lui apprendre à dominer sa volonté et pour cela à se poser des buts et des fins, car l'homme n'agit que sous la représentation des fins. De là Timportance des considérations finalistes dans toute leur philosophie. Bacon, au contraire, qui veut avant tout assurer l'empire de l'homme sur la nature extérieure, doit s'inquiéter moins des buts que des moyens pour dominer la nature, la connaître, l'enchaîner et l'asservir.

Platon a cependant, nous l'avons vu, des parties qui plaisent à Bacon. Il s'attire ses éloges en particulier parles doutes qu'il exprime. Ces doutes ont ouvert les voies à la nouvelle Académie et même à l'acatalepsie complète des sceptiques (1). Bacon est en effet un admirateur des sceptiques, car le scepticisme est utile pour montrer la faiblesse de l'esprit (2). Un sceptique ne s'avisera jamais de préjuger les phénomènes, d'imposer aux choses les vues de son intelligence, de fonder une secte, il connaît trop bien l'infirmité native de sa pensée. Par conséquent le scepti-

(2) Sapient. veter.

cisme est uue bonne préparation à la science véritable (1). On sait que Socrate faisait profession de ne savoir que son ignorance, et qu'il voulait que toute science ultérieure débutât par cet aveu. Bacon est entièrement de son avis.

Mais il ne voudrait pas aller aussi loin que la troisième académie et porter comme elle le scepticisme jusqu'à Textravagance. Il n'admet pas qu'on doute des observations bien faites. Il ne faut donc pas douter de tout. Cependant, même dans les sciences d'observation, on n'est jamais sûr de connaître exactement le détail des choses parce que la connaissance entière du détail ne peut résulter que d'une connaissance complète de l'ensemble (2). On ne connaît en effet que quand on connaît les causes ; or, dans le déterminisme de la nature, l'enchevêtrement des causes va à l'infini. Il faudrait donc connaître le tout pour bien connaître les parties. Ainsi Bacon fait également des reproches au dogmatisme et au scepticisme absolus. Il admet que nous ne savons le tout de rien, mais il croit que ce que nous connaissons est

(i) N. O.Prœfat. t. i,p. 151.

(2) SoaiaiiUeUectus, t. ii, p. 687.

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