‹ François BaconChapitre 72 sur 120 · IV. — l'œuvre scientifique de bacon · texte numérisé non relu

IV. — l'œuvre scientifique de bacon

doute pas qu'on ne puisse arriver à une prolongation indéfinie de la vie humaine.

Il est remarquable que ces espérances que Bacon fondait sur l'avenir de la médecine, Descartes les a eues aussi. Il a formellement exprimé Tespoir de reculer les limites de lavie humaine et peut-être même d'ajourner indéfiniment la mort (1). Mais Bacon n'a sur ce point que des idées grossières, il formule des recettes qu'on ne peut que trouver ridicules et sans fondement, Descartes au contraire s'abstient de donner des recettes, il a une vue nette du but qu'il poursuit et des moyens qui peuvent servir à le réaliser. Le corps est une machine où tout s'explique par l'étendue et le mouvement; or, il y a toujours moyen de faire durer indéfiniment une machine dont on connaît bien la structure. Il suffit de remplacer à temps les organes usés et pour cela il ne faut que connaître la figure et le mouvement propre de ces organes. De là vient le souci constant avec lequel Descartes a toute sa vie étudié l'anatomie.

Chez Bacon rien de semblable, sa théorie de la

(1) DescHpt. du cotys humain. — Préface n» 1. — éd. Garnier, t. m, p. 47.

vie n'a rien de po&itif ni de scientifique, aussi s'égare-t-il sans cesse et ne fait-il qu'exprimer des rêveries sans suite et qui ne sont fondées que sur des rencontres de hasard.

Ainsi Bacon n'a pas même suivi la méthode qu'il s'était tracée, il ignore les mathématiques et n'a aucun soupçon du rôle qu'elles sont appelées à jouer. En physique, il a quelques idées neuves, grâce à l'idée juste qu'il se fait des formes, qu'il regarde comme des lois, au sens positif et scientifique du mot. Aussi a-t-il donné une définition très remarquable dç la chaleur, du son, et a-t-il fait quelques expériences nou* velles. Dans toutes les autres sciences il n'a que l'érudition de ses devanciers à laquelle il mêle ses propres imaginations. Les observations qu'il rapporte, quoi qu'il en dise, il est loin de les avoir toutes contrôlées. Il rapporte sans sourciller les faits les plus étranges, il donne parfois les explications les plus bizarres. Les exemples abondent et, après Joseph de Maistre et Liebig, il n'y a plus à les relever. Il parait ignorer le grand mouvement scientifique qui agite l'Europe de son temps ; il méconnaît la valeur des savants dont il sait le nom. C'est à eux pourtant qu'il est redevable, bien plus qu'eux à lui. C'est

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