‹ François Bissot, sieur de la Rivière [microforme]Chapitre 4 sur 4 · J.-KDMOND ROY — FRANCOIS BISSOT · texte numérisé non relu

J.-KDMOND ROY — FRANCOIS BISSOT

Après la mort de Francois Bissot, Etienne Charest continua l'exploitation de la tannerie de la pointe de Lévy. Le contrat de société arrêté avec son beau-père se trouvant rompu par la mort de ceiui-ci, il s'occupa de régulariser sa position avec la veuve Bissot. On avait vécu en commun sans tenir aucun compte, on se déclara quitte de part et d'autre.

Comme la plupart des héritiers étaient mineurs et que les biens de la succession pourraient être partagés un jour, Charest, par mesure de prévoyance, commenca à faire des acquisitions de terrains aux environs de la tannerie. Il acheta d’abord 1530 perches au pied des caps de la pointe de Lévy avec le privilège d'y conduire les eaux du ruisseau à sa commodité. Dans l'automne de 1674, il acheta plus d'un tiers de la seigneurie de Vincennes. Ce beau domaine lui assurait huit arpents de terre de front sur le fleuve et une liene de profondeur, avec un service d'eau de premier ordre, puisqu'il touchait au ruisseau de la Petite-Pêche. La veuve Bissot en échange se contenta de deux chapons vifs et d'un denier de cens comme redevance annuelle. Charest s’assura de plus un pied-à-terre dans Québec en achetant la propriété des héritiers Erstache Lambert, rue du Cul-de-Sac.

Quand la veuve Bissot ent épousé Jacques de la Lande, Charest partagea avec lui par moitié dans les profits réalisés, puis il devint locataire de toute l'exploitation à raison de 600 livres par an pour un terme de neuf années. De la Lande redevait alors à Charest 3,835 livres. Ilfinit par lui abandonner tous ses droits pour une somme fixe de 8,000 livres (10 novembre 1695). Par cette transaction Charest se trouva propriétaire de la moitié des biens qu'avait possédés Bissot à la pointe de Lévy: tannerie, moulin, seigneurie, métairies. D'année en année il parvint de la même façon à racheter de chacun des héritiers les parts qu'ils possédaient dans ce bel apanage. Charest, qui trouvait rémunérante l’industrie de la préparation des peaux, était trop homme d'affaires pour lâcher la proie pour l'ombre. Pendant que les héritiers Bissot s’épuisaient à faire fructifier la terre du Labrador, espérant tout de la traite et de la pêche, Charest travaillait ferme et dur dans sa tannerie. Il abandonna à Louis Jolliet tous les droits qu'il pouvait avoir dans la seigneurie de Mingan, aux Sept-Îles et à l'ile aux Œufs, et Jolliet lui abandonna en retour sa part dans l'héritage de la pointe de Lévy, moyennant une compensation de 1,000 livres. Les autres héritiers suivirent l'exemple de Jolliet. De sorte qu’en 1699 Etienne Charest était seigneur et maitre de tout le domaine acquis par François Bissot à la pointe de Lévy au prix de tant de sacrifices. La succession ne se réserva que la terre des Etchemins et la seigneurie de Mingan. Charest mourut très riche, laissant à ses enfants une fortune considérable, Ceux qui avaient préféré Mingan, sa pêche et sa traite, s’aperçurent plus tard que l'industrie patiente et laborieuse, resserrée dans des limites restreintes et connues vaut mieux que les entreprises lointaines.

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