‹ François Bissot, sieur de la Rivière [microforme]Chapitre 3 sur 4 · J.-EDMOND ROY · texte numérisé non relu

J.-EDMOND ROY

belles moissons dorées couvraient les champs. Nur le petit ruisseau alerte la roue du moulin à farine tournait. Les terres produisaient alors du blé comme par enchantement. Les prairies de l’Etchemin fournissaient de gras pâturages. Là bas sur les hauteurs du cap Saint-Claude, la seigneurie de Vincennes commençait à se peupler. Chaque automne, à la Saint-Martin, dans la grande maison blanche cachée sous les ormes de la pointe de Lévy, on venait porter les chapons gras, les anguilles, le sol de cens. Le chemin qui conduisait à l'habitation de Bissot était comme une espèce de pont d'Avignon. où tout le monde devait passer pour se rendre au fleuve et à la ville, Aussi il se faisait là un commerce considérable,

L'exploitation des pêches sédentaires du Labrador allait à merveille. On regardait ce genre d'industrie comme apportant des bénéfices assurés. C'est ce que Talon écrivait au roi en 167: en lui faisant part des succès de Bissot. Les pêches de loup marin exploitées par Denis, Bissot et Riverin produisaient assez d'huiles pour la consommation locale et pour l'exportation non seulement en France mais dans les Antilles. Talon, qui voulait établir des relations suivies avec ces colonies, en fit envoyer des chargements avec dun poisson, des pois, du merrain et des planches.

La femme de Bissot, comme une bonne mère canadienne qu'elle était, lui avait donné la douzaine d'enfants réglementaire : sept filles et cinq garçons. L'ainé, qui vint au monde en décembre 1649, mourut à l’âge de quatorze ans. Il s'appelait Jean- François. Les autres enfants eurent nom Louise, Geneviève, Catherine, Marie, Claire- Françoise, Guillaume, Charles-Francois, Marie-Charlotte, Jean-Baptiste, Jeanne et Franvois-Joseph.

Madame Bissot songea à donner à ses filles une bonne instruction. L'annaliste des ursulines de Québec raconte comment cette bonne mère, le 25 mars 1665, conduisit à leur couvent ses trois filles Geneviève, Catherine et Claire-Françoise. A peine sortie du couvent, on a vu Catherine unir son sort à celui d’Etienne Charest, l'associé de son père. François Bissot avait dejà marié sa fille ainée Louise, en 1668, à un militaire d'excellente famille, Séraphin Margane de la Valtrie, lieutenant d'une compagnie du régiment de Linières. Cette Louise était entrée à l'âge de 14 ans au inonastère de l'Hôtel-Dieu en qualité de postulante pour être religieuse de chœur. Son père promit même 3,000 livres pour sa dot. Après cinq mois de séjour au cloitre, la jeune novice avait demandé à sortir pour voir encore un peu le monde, et on la rendit à sa mère. M. de la Valtrie se chargea de sa conversion. Cinq ans après ce mariage, Bissot donnait la main de la deuxième de ses filles au chirurgien Louis Maheu. Il y avait à peine un mois que ce mariage était célébré que Bissot mourait à l'hôpital, le jour de la Sainte-Anne, 26 juillet 1678. 11 fut enterré dans le cimetière de l’Hôtel-Dieu de Québec, par le curé Louis Ango.

De son vivant Bissot avait donné à la future paroisse de Saint-Joseph de la pointe de Lévy un terrain d’un arpent carré pour y construire une église, mais lorsqu'il mourut il n'y avait pas encore de paroisse organisée dans la seigneurie de Lauzon.

Marie Couillard, restée veuve après un quart de siècle de ménage, avait à peine quarante ans. Au bout de deux ans de veuvage, elle épousa un jeune homme de vingtsept ans, Jacques de la Lande, sieur de Gayon, qui appartenait à une excellente famille de Bayonne. Le mariage eut lieu à Québec le 7 septembre 1675.

Un mois après, une des filles de François Bissot, Claire-Francçoise, épousait Louis Jolliet, le découvreur du Mississipi. Il restait encore trois filles à marier. Marie épousa

d'abord, le 5 décembre 1682, Claude Porlier, marchand à Québec, puis en 1691 (26 févrivr) Jacques Gourdeau, seigneur de Beaulieu et de la Grosardière.

Marie-Charlotte épousa à la pointe de Lévy, en 1686, Pierre Bénac, marchand de Québec, originaire de Bayonne, la patrie de Jacques de la Lande.

Quant à Jeanne, la cadette, elle unissait son sort en 1687 à un brillant capitaine d'infanterie, Philippe Clément du Vault, sieur de Varennes.

Les familles de la Valtrie, Bénac, Maheu, Charest, Jolliet, Grourdeau, de Varennes, formaient alors partie de la classe élevée de la colonie. La noblesse et la bourgeoisie frayaient ensemble de la meilleure grâce du monde. Gens d'épée et hommes de comptoir mettaient ensemble leur fortune, les uns donnant leur nom, les autres leur argent. Un de ceux qui apportèrent le plus de gloire, sinon le plus de fortune, à la fanille Bissot fut bien Louis Jolliet. Quand il épousa Claire-Francçoise, il était de retour depuis deux ans de son voyage de découverte. La cour lui découpa des fiefs dans les brumes du golfe Il mourut pauvre et ignoré sur une ile perdue du Labrador, mais quelle famille canadienne ne tient-elle pas à honneur de se rattacher par quelque côté à ce hardi pionnier ? Tous les grands noms de la colonie sont liés à cet homme illustre, né d'un pauvre charron au service d'une compagnie de négociants.

Geneviève Bissot, qui avait épousé le chirurgien Louis Maheu, devint veuve en 1683. Nicolas Daneau, sieur de Muy, capitaine d’une compagnie d'infanterie, et qui devait plus tard être appelé au gouvernement de la Louisiane, lui fit la cour. Il y eut pr messe de mariage et les fiançailles furent solennellement arrêtées, lorsqu'un beau jour l’:moureux disparut tout à coup. On apprit au printemps de 1687 qu'il était sur le point d’épouser à Boucherville une petite-fille de Pierre Boucher, ancien gouverneur des Trois-Rivières. Malgré les protestations de la belle délaissée, M. de Caumont, alors missionnaire à Bou- “berville, maria l’infidèle à mademoiselle Marguerite Boucher. Un procès fut intenté en «ur de prévôté à Québec, on en appela à l'officialité de l’évèque, on fit saisir les gages de -officier volage, le prêtre qui avait célébré le mariage fut sommé de s'expliquer. La position menaçait de se compliquer encore lorsque pour éviter plus grand scandale, il fut conveuu que M. de Muy paierait un dédommagement de 850 livres à la veuve et que l'affaire serait éteinte. ‘

On ne sait rien de Guillaume, l’un des quatre fils de François Bissot. A l'inventaire des biens paternels, fait en 1676, Louis Jolliet comparait comme son tuteur. Il est alors âgé de quinze ans.

Charles-François et Jean-Baptiste étaient propriétaires de la seigneurie de Vincennes. Ils prirent le nom de cette terre. Tous deux épousèrent à Montréal des filles du chirurgien Forestier. Charles-François ne parait pas avoir laissé de postérité. Jean-Baptiste embrassa la carrière des armes et illustra le nom des Bissot de Vincennes.

Il a été le fondateur du poste de Oungatamou. En 1736, il mourut brülé par les Chicachas. Le nom de la capitale de l’Indiana, Vincennes, est emprunté à celui de cet officier.

Le cadet de la famille, François-Joseph, passa la plus grande partie de sa vie au Labrador, sur les bords du hâvre de Mingan, où il essaya de mettre en valeur les établissements commencés par son père en 1661. Francçois-Joseph avait épousé une fille d’Eustache-Lambert Dumont. Il mourut en 1737 et fut enterré dans la cathédrale de Québec.

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