‹ François BoucherChapitre 20 sur 283 · CHAPITRE UN · texte numérisé non relu

CHAPITRE UN

L y avait plus de deux ans que Boucher était agréé à l’Académie; le moment était venu pour lui d'y prendre enfin séance ; 1l se décida peu de temps après son mariage à présenter le morceau de réception qui lui valut, le 30 janvier 1734, le titre d’académicien; c'est Renauld et Armide (Musée du Louvre). Une architecture vaguement

ionique, qui déploie au fond du tableau sa colonnade circulaire d’où retombe à grands plis sur le tapis rouge du premier plan une lourde draperie verdâtre, donne l'impression qu’il voulut, pour la circonstance, se mettre en frais de s/yle et gagner dignement ce diplôme de « peintre d'histoire, » passeport indispensable des charges et dignités académiques. La coloration

générale est maintenue dans une gravité relative; c'est sans doute cette manière que Diderot devait regretter plus tard quand il écrivait : « Cet homme, lorsqu'il était nouvellement revenu d'Italie, faisait de très belles choses ; il avait une couleur forte et vraie; sa composition était sage". »

La vérité est que sa palette est assez lourdement composée, mais on retrouve le peintre raffiné des carnations féminines dans la figure d’Armide, coquette et blonde sous ses voiles blancs dénoués, les jambes et les seins , nus, caressant distraitement de la main gauche un double rang de perles nouë sur son épaule, jouant de l’autre avec un bout d’écharpe argentée rayée de rose pâle où un Amour vient de jeter deux petites fleurs bleues” D'autres Amours cachés aux plis des draperies épient curieusement le couple amoureux, et fièrement cambrés, soutiennent le miroir où la belle écoute en souriant le fade chevalier, jaune et bleu, agenouillé à ses pieds.

Ces rideaux qu’il aimait alors à draper largement comme fond de décor étaient dans la tradition du xvn° siècle, qui la tenait des maîtres italiens; il s'en servit encore et presque à la même époque dans la Vénus endormie qu’il peignit pour le cabinet du chevalier de La Roque, et dont la gravure, par Michel Aubert, « mise en vente chez Drouais, peintre du roy, » est annoncée dans le Mercure d'avril 1735, avec ces vers de Pépiciek

Ne cessons de craindre une belle ; Son repos même a des appas.

L'Amour fait toujours sentinelle Et ce Dieu ne sommeille pas.

On éditait en même temps la Belle Cuisinière, gravée par Aveline, « d’après le tableau original de M. Boucher, qu’un seigneur anglais a emporté à Londres, et qui représente aw vrai l’intérieur d’une cuisine avec la marmite sur le feu et un jeune homme assis voulant retenir la cuisinière. »

Représenter au vrai l’intérieur d’une cuisine, c'était une idée à la Chardin qui ne dut pas venir toute seule à Boucher. Il voulut sans doute

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