‹ François BoucherChapitre 26 sur 283 · Vente Brun Neergaard · texte numérisé non relu

Vente Brun Neergaard

ce point, un précieux témoignage. Dans une requête écrite le 19 mai 1749 pour obtenir d’être envoyé à Rome, Jacques-Nicolas Julliar, élève de l’Académie de peinture et, « depuis dix ans, de M. Boucher, » expose qu'il s’est attaché, par une étude plus particulière, « au talent du paysage, et ce sur le conseil de M. Boucher, qui lui a représenté que l’on manquait de peintres de paysage en France, surtout pour les ouvrages du roi, soit de tapisserie, de décoration ou autres travaux...» (Arch. nat., O', 1922.)

À partir de ce moment, le paysage — sinon la nature — prend une place importante dans l’œuvre de Boucher. En 1740, il envoie au Salon un « Paysage où paraît un moulin,» qui pourrait bien être celui de l'hôtel de Soubise. On y sent encore, dans la disposition des grandes lignes et l’arrangement des fonds, les traditions du paysage historique, un souvenir du Poussin mis à la portée du xvur siècle et de Paris. Dans un des paysages de la galerie Rothan, daté de 1741, où « paraissent » un pont, des fonds de montagnes bleuâtres, des sapins, un pigeonnier, un chalet, un cours d’eau, un pêcheur et une femme assise, on peut aussi retrouver la tradition du paysage classique, mais déjà plus agité : le travail est d’ailleurs large et rapide, la touche grasse et savoureuse. Dans un autre morceau de la même collection, mais daté celui-là de 1755, les verdures sont franchement bleues; quoiqu'un bouvier y conduise ses bœufs, qu'une ménagère fasse mine de puiser de l’eau, une lessiveuse de laver son linge, il n’y a que les pigeons en train de se becqueter qui soient vraiment à leur affaire. C'est une échappée sur un monde impossible, un effronté et charmant défi jeté à la nature par un artiste rempli d’un candide dédain pour la réalité, et pour qui l’art est proprement un jeu, c'est-à-dire la combinaison capricieuse de formes imaginées plus encore qu'observées, en vue de l’agrément et du plaisir. Du noble décor de la tragédie classique, nous sommes arrivés insensiblement aux coquettes paysanneries du théâtre des petits appartements.

Ce n'est pas que, systématiquement, il se refusât à regarder la nature; on trouve dans son œuvre des Paysages dessinés d'après nature, gravés par Basan et Chedel; il en intitulait d’autres : Vues des environs

de Beauvais (1744); de Charenton (1747), gravés par Lebas; de Fronvwille, gravés par W. Ryland. Quelques-uns de ces dessins portent également

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