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MUSÉE DU

l'indication précise de leur lieu d’origine, par exemple le Pont des lavandières au clos Payen, gravé par Chedel. La tour à toit pointu qui

revient si souvent dans ses paysages n’est elle-même que la copie plus ou moins arrangée d’une « tour près de Blois, que les bonnes gens des environs croient habitée par des esprits et nomment communément Tour du Diable; » Chedel l’a gravée d’après le « dessin de Boucher, tiré du cabinet de M. Aubert. » Le paysagiste, qu'il a peint dans le joli tableau de la collection La Caze, a un gros cahier d’études ouvert près de son chevalet; la Forêt et le Moulin, du Salon de 1741, qui ont passé depuis

dans la collection Pinard et ont été exposés en 1860, « semblent, au rapport de Thoré, avoir été peints d’après nature; ils ont une puissance et une réalité qu'on ne retrouve pas dans ses pastorales décoratives. » Ce ne sont là, en tous cas, que des rencontres bonnes à noter comme les exceptions qui confirment la règle. L'examen même des études d'aprés nature de Boucher suffirait à prouver que, poussé par la douce fatalité de son génie, il ne cherchait dans la nature et n’y prenait, presque sans préméditation, que les éléments d’un décor. Il ne devait pas tarder à en trouver l'emploi : au Salon de 1742, il expose « un paysage en largeur de 3 pieds sur 2 de haut, représentant le Hameau d'Issé, destiné à être exécuté en grand pour l'Opéra, » où nous le verrons bientôt.

Dès que paraît une mode nouvelle, Boucher en jouit en curieux, s'offre à la servir, sinon à la diriger, en artiste, et en profite en homme avisé. On était depuis quelques années fort engoué de chinoiseries : les «vernis et porcelaines du Japon» avaient pris, dans le commerce et la curiosité, une grande importance, et Boucher comptait parmi ses amis Gersaint, un des principaux marchands. Il avait déjà dessiné pour lui, en 1737, le frontispice d'un catalogue gravé par Duflos', et, en 1740, une belle étiquette-réclame : À LA PAGoDE, où l’on voit un gros magot accroupi sur un cabinet de laque, présider au déballage d’un fouillis ruisselant de bibelots plus où moins exotiques. Une tradition veut que ce dessin de Boucher ait été gravé par un amateur grand seigneur et que le C.S. inscrit sur l'étiquette commerciale du marchand Gersaint signifie Caylus sculpsil.

1. Catalogue d’une collection considérable de curiosités de différents genres pour vendre le 2 déc. 1737. Paris, 1737, in-12°.

2. Courajod, Ze Livre-Journal de Lazare Duvaux. Paris, 2 vol. in-8o, 183.

En cette même année 1740, Hucquier fait annoncer, dans le Mercure, un « livre de six feuilles représentant les cinq sens par différents amusements chinois, sur les dessins de F. Boucher... d’après qui il en a fait

graver plusieurs livres qui ont été reçus favorablement du public';» au

Salon de 1742, figuraient huit « esquisses de Sujets chinois, destinés à être exécutés à Beauvais, en basse-lisse, où se mêlent la laine et la soie, » aujourd'hui au musée de Besançon. La galerie Eud. Marcille possède aussi trois Chinoïiseries, peintes pour servir de modèle pour des tapisseries.

En même temps qu'il se lançait dans les chinoiseries et ne dédaignait même pas de dessiner des modèles de garniture de bronze doré pour les vases en porcelaine, il s’occupait de peindre un grand tableau en l'honneur de la déesse dont le culte fut toujours vivant dans son cœur : c’est la Naissance de Vénus, que le comte de Tessin remarquait au Salon de 1740 et achetait au prix de 1.600 livres”; il figure aujourd’hui, à une place d'honneur, au musée de Stockholm. Le comte Clément de Ris le signale comme «un des plus beaux Boucher qu'il ait jamais vus; clair, lumineux, souriant. »

Les gravures permettent de reconstituer le spectacle: cinq nymphes nues, des tritons, des dauphins, toute une volée d’amours et de colombes font cortège à la déesse et s’ébattent voluptueusement sur la mer, tandis que, dans le ciel, d’autres amours déroulent une banderole de soie rayée, gambadent follement dans l’azur, lancent des flèches au soleil, si légers, si

1. Voici les plus importantes chinoiseries de F. Boucher : Douze pièces de figures chinoises, sujels dans des paysages, Boucher inv., Hucquier, sc.; autres figures chinoises par F. Boucher, gravées par Ingram; Musique chinoise à clocheltes; la Curiosité chinoise; la Pâtée du petit chien; la Maîtresse du jardin; le Jeu d'échecs chinois; le Paquet incommode:; la Réveuse ; le Mérite de tout pays; V'Oiseau à bonne fortune, gravés par Aveline:; le Concert chinois ; les Délices de l’enfance, gravés par Balchou; Autre suile de figures chinoises, gravées par Houel et Watelet; enfin, une Suite de six grandes pièces in-folio, d’une mise en scène bruyante, d'une abondance de composition et d’une fantaisie d'arrangement très divertissante : la Chasse chinoise ; l' Audience de l’empereur chinois; la Foire chinoise; le Jardin chinois, etc.

2. V. le Musée de Stockholm, par le comte Clément de Ris. (Gazelle des Beaux-Arts, 1874, 2° période, t. X, p. 406). Ce tableau, appelé quelquefois aussi le Triomphe de Galatée, a été gravé par Moitte en une grande estampe sous le titre de Vénus sur les eaux; Daullé a gravé, en 1750, la Naissance el Triomphe de Vénus, d'après un tableau de la galerie Venerod. Le tableau du musée de Stockholm a été aussi gravé par Boilvin dans la Gazette des Beaux-Aris.

fringants, qu’ils semblent laisser derrière eux un sillage de lumière et des appels de joie. Assise sur son char, Vénus regarde en souriant les bijoux et les perles que lui apporte, sur un plateau d’or, une nymphe soulevée dans les bras d'un robuste triton. La grâce abandonnée et provocante des attitudes, les nudités indiscrètes des nymphes déshabillées sont d’un. épicurien qui aima toujours à garder son idéal à portée de sa main et peupla son olympe de déesses faciles; la composition abondante, jaillissante pourrait-on dire, la toile remplie jusqu'aux bords avec une sorte d'aisance enjouée et un intarissable entrain, les formes nées comme par enchantement sous le pinceau alerte sont d’un artiste de race, amoureux de la vie, qui ne connut jamais l'effort maussade et pour qui la production fut une volupté.

Un pastel de Lundberg, présenté comme morceau de réception à l’Académie (n° 1165 du Louvre), nous le montre à ce moment de sa vie, au seuil de la pleine maturité, dans l'épanouissement de sa renommée grandissante, maigre, remuant, le nez long, l'œil bien ouvert, mais un peu battu et gardant l'empreinte des soirées de plaisir au moins autant que des journées de travail.

La translation du Cabinet des médailles de Versailles à Paris fut l’occasion d'aménagements nouveaux à la Bibliothèque du Roi et, par suite, pour les artistes, de commandes nouvelles. Natoire, Carle Vanloo et Boucher en eurent la plus grande part. Boucher reçut quatre panneaux. La Poésie épique, signée et datée 1741, l'Histoire, signée et datée 1742, sont deux jeunes femmes blondes, de type insignifiant, médiocres incarnations des grandes idées qu'elles symbolisent, mais qui composent un agréable bouquet de tons, où les blancs et les bleus satinés jouent finement dans la lumière. Les deux autres morceaux, l'Éloquence et l'Astronomie, sont postérieurs de quatre années et furent exposés, avant d'être mis en place, au Salon de 1746. Les rouges orangés et les verts viennent S'y mêler aux blancs et aux bleus; sur la poitrine de l’Astronomie, glissent de jolies pâleurs'. Nous avons là un Boucher sérieux, appliqué, décorateur tou-

1. Le 30 novembre 1746, Boucher adressait à la Direction générale des bâtiments une réclamation pour « le payement des deux tableaux qu'il a faits pour la Bibliothèque du Roi, qui lui sont dûs en entier, ainsi qu’un restant de créance sur les ouvrages antérieurs. » Arch.

nat., O!, 1180).

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jours ingénieux; mais la flamme, sinon l'agrément, manque à ces peintures.

Le Boucher amoureux se retrouve tout entier dans un petit tableau qui parut au Salon de 1742, et que le Louvre eut la bonne fortune d'acquérir en 1852 pour 3.200 francs; c'est Diane sortant du bain avec une de ses compagnes". (N° 24 du catalogue Villot.) Le morceau est trop connu pour qu'il soit utile de le décrire. Un rayonnement sort de cette toile : c’est comme un appel très doux qui de loin vous attire. Une note blonde près d’une note bleue compose la dominante de l'accord lumineux où quelques tons vert bleuté et rose orangé se mêlent et se répondent. L'ensemble se résout dans une impression de splendeur insinuante qui remplit l'œil et, sans le fatiguer, le comble de clarté. Le corps de Diane est constellé à tous les plis de la peau de petites touches roses ; le paysage est bleu: nous sommes en pleine convention; seuls les deux chiens qui se désaltèrent au fond ont un air de nature qu'il pourraient bien rapporter de chez l'ami Oudry. Tout, en somme, est faux dans cet art, hors le charme qui en émane : c'est le rêve exquis d’un épicurien sans scrupule mais non sans génie; vous pouvez lui refuser votre estime, il prend votre admiration. Certes, ce n’est pas Rubens, ce n’est pas Corrège; c’est Boucher!

Les dix années qui s’écoulèrent jusqu'aux environs de 1753 sont pour lui les années triomphantes : il avait eu avant, il eut encore par la suite des heures d'inspiration et de veine heureuse; mais sa verve ne s’épancha Jamais avec une abondance plus égale et une plénitude plus radieuse.

Il envoyait au même Salon une Léda (peut-être celle du musée de Stockholm?), un Paysage de la fable du frère Luce, un Paysage des environs de Beauvais, le Hameau d’Issé et les Chinoiseries pour Beauvais.

La même année, il dessinait pour le recueil des Mémoires de l'Académie de chirurgie un frontispice, gravé par Le Bas, où l’on voit Louis XV, en empereur romain, recevant des mains d’une femme drapée le volume des Mémoires, tandis que Minerve apparaît dans le ciel, au-dessus du temple d’Hygie, assise sur un char, dont Meissonnier fit le dessin; il peignaïit la Vie champétre, gravée par Élise Lépicié, « entièrement dans le goût de Benedetto Castillon » fsic), comme écrivait le Mercure, et la Foire de campagne, gravée par Cochin, d’un arrangement si joliment troussé.

1. Gravé par Hédouin (Chalcographie nationale). Duflos a gravé, d’après Boucher, un Relour de chasse de Diane.

Il avait bien mérité d’avoir part aux faveurs royales ; le 15 avril 1742, il recevait du cabinet d'Orry la lettre suivante : « La mort du sieur Martin faisant vaquer, monsieur, une pension de 400 livres, j'ai proposé au Roi de vous la donner et sa Majesté y a consenti. Je suis fort aise d’avoir eu cette occasion de vous marquer le cas que je fais de vos talents; l’objet n’est pas bien considérable, mais je me porterai volontiers à faire mieux dans la suite, ne doutant pas que vous continuiez à vous distinguer, comme vous avez fait jusqu’à présent. » (Arch., nat., O', 1100.) Sur les états de pensions, il est porté, à partir de 1744, pour une somme de 600 livres (Ven. mas 0 roi)

Coypel touchait 1.000 livres, de Troy, Galloche, Natoire, Vanloo le jeune, Parrocel, Restout, Oudry, chacun 600, comme Boucher; Dumont, 300 livres.

Il était alors très assidu aux Salons. En 1743, il expose un tableau ovale, représentant la Nasssance de Vénus, et son pendant, Vénus sortant du bain’; un tableau chantourné de 6 pieds de largeur sur pareille hauteur, représentant la Muse Cho présidant à l'histoire et à l'éloge des grands hommes (gravé par Daullé), et un pendant représentant la Muse Melpomène, qui préside à la tragédie; plus trois paysages.

1. Qui pourra dire toutes les Vénus sorties de l'atelier de Boucher? En voici du moins quelques-unes, sans compter celles dont nous avons déjà parlé : la Vénus à la loilette (1746), du musée de Stockholm (gravé par Duflos), et Vénus ef les Grâces au bain, la Vénus el Vulcain (1747), de la galerie La Caze (gravé par Daullé); la Vénus à sa toilette, de l’ancienne collection La Béraudière (gravé par Janinet); une autre Vénus à la loilelte, de la collection Febvre, et une autre datée de 1749, exposée au Louvre sans numéro ; une esquisse gouachée du Salon de 1748, Vénus sur les eaux; une Vénus recevant le prix de la beauté, du Salon de 1762; une Vénuset l'Amour (1765), du musée de Berlin; un Réverl de Vénus, de la collection Eud. Marcille ; une Vénus et l'Amour et Vénus désarmant l'Amour (n* 66 et 67), exposés à Fontainebleau.

Aux ventes de Cossé (1778), de Ménars (1781), Blondel d’Azincourt (1783), Donjeux (1703), Prousteau (1851), il est fait mention de Vénus corrigeant l'Amour; Vénus baignant l Amour ; Vénus et l'Amour endormis près d'un rosier; Repos de Vénus; Vénus couvrant Päris d'un nuage; les Amours de Vénus et de Vulcain; Mars et Vénus surpris par Vulcain; Vénus et les Amours; le Jugement de Päris (1754); Triomphe de Vénus et de Neptune sur les eaux; Gaillard a gravé une Vénus et les Amours; Michel, une Vénus au bain; Duflos, une Vénus tranquille; Le Vasseur, une Vénus sur les eaux (lalis ab œquoreis..); Janinet, l'Amour rendant hommage à Vénus; Basan, Vénus enivrant l Amour; Courtois, Vénus et née, etc. Il faut renoncer à dénombrer les Amours. Bonnet et Demarteau ont aussi reproduit en fac-similé un grand nombre de Vénus.

Il signait et datait de la même année la pastorale (n° 26 du Louvre) où l’on voit le berger épier le sommeil d’une bergère en robe bleu tendre, endormie sur une draperie rose à l'ombre d’un bouquet d'arbres, et dont les jambes et la poitrine découvertes reçoivent dans la demi-teinte la caresse d’un rayon complaisant. On peut faire figurer dans la même période les Pastorales (n* 28 et 29 du Louvre) peintes de son pinceau vermeil.

« Cependant nous étions déjà éloignés du temps où Louis XIV, dont les goûts avaient de la noblesse..., avait discrédité la vérité flamande. M. Boucher ne pouvait ignorer que tous les cabinets se peuplaient de ces imitations exactes, mais serviles de la nature, et qu'une tabagie de Van Ostade se couvrait d’or, tandis qu’à peine on jetait les yeux sur nos meilleurs tableaux français, comme on voit aujourd’hui un drame anglais l'emporter sur nos comédies nationales chez la plupart de nos prétendus connaisseurs », écrivait, non sans amertume, Ant. Bret, dans le Nécrologe. Il fallait, pour plaire aux amateurs, donner de temps en temps dans la modernilé; Boucher se piquait de tenir tous les articles dont l'acheteur était friand et menait de front, sans lassitude apparente, les travaux les plus opposés. Il lui arrivait encore quelquefois de se trouver à court d'argent :

J'ai des enfants et des besoins, . Dieu me créant,

Ne m'a pas beaucoup mis au large, Et je sue en y suppléant.

lui fait dire Piron dans une pièce de 1746, et il était bon, ces jours-là, d’avoir un assortiment complet des marchandises à la mode: puis, avec ses rares facultés d’assimilation, sa curiosité constamment en éveil et sa facilité débordante, il se sentait invinciblement attiré vers tous les genres à la fois. C’est ainsi que, après avoir signé le Mariage de l'Amour et de

Psyché, il donnait le Déjeuner (gravé par Lépicié), fin tableau d'intérieur

à la flamande, reproduction fidèle d’un mobilier bourgeois de 1744 où, près de la fenêtre à petits carreaux, une famille est en train de prendre le café; bientôt suivi d’une série d'illustrations en grisaille des contes de La Fontaine : le Magnifique (1744), de la collection Rothan, chaude esquisse

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