ROULETTES
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LE ICHARIOË
ses tableaux dans le milieu auquel ils furent destinés, ses aimables qualités de coloriste harmonieux et de grand décorateur sont ici triomphantes. Sur des nuages vermeils où courent les roses frissons de l’aurore, dans une grande clarté blonde épandue, les chevaux de Phébus s’élancent. Le dieu vient de s’asseoir sur un char de rocaille, il lève vers l'horizon sa tête d’ailleurs sans beauté et laisse flotter au vent du matin sa longue chevelure. Une draperie d’un jaune rompu, cachant à moitié dans ses plis chiffonnés des amours aux ailes d’azur, s'envole de son épaule et vient se rattacher au coussin bleu de son char. Éblouie et ravie, étendue à ses pieds dans une pose de lassitude amoureuse, Thétis fait de sa main levée un écran contre la splendeur aveuglante du dieu; son visage baigne dans un fine demiteinte, doucement lumineux dans la transparence d’une ombre légère, qui glisse sur les rondeurs de sa gorge nue comme un rayon caressant et voilé. Üne flottante écharpe bleue, doublée de jaune, fait délicatement vibrer la note de ses carnations blondes; une bande d’amours espiègles, éparpillés dans le ciel, s’accrochent aux plis des draperies, se roulent dans la lumière, sèment des roses et des sourires, étalent les plénitudes savoureuses de leurs formes rebondies, constellées de fossettes roses, répandent partout la vie et maintiennent aussi l'harmonie de la fête, en ménageant aux bons endroits, par les blonds cendrées de leurs chevelures où les reflets se jouent et se réconcilient, le contact de deux notes trop vives.
On retrouve ces amours, joie de l’œuvre de Boucher, dans les quatre médaillons marouflès autour de ce plafond central. Un cinquième, dans la même salle, près de la fenêtre, représentant aussi des amours, est de la main de Lagrenée. Cette peinture délavée, maigre et fade, fait mieux apprécier l'abondance lumineuse et la verve entraînante de l’autre.
C’est par cet entrain et cette joie de son pinceau qu'il nous fait accepter sans résistance les thèmes conventionnels dont il s'inspire, la fadeur de plus d'un détail, le type commun et pour tout dire bétat de son Apollon. Il faut l'avouer, ce n’est pas par les parties les plus hautes que l’aimable peintre nous prend. Mais comment lui tenir rigueur quand une fois on s’est laissé charmer ?
L'histoire d’Apollon était pleine d'intérêt pour Boucher. De même que les Quatre Saisons destinées à aller rejoindre dans la salle du conseil de
Fontainebleau le Soleil qui commence son cours, on voyait au Salon de 1753 deux grands tableaux en hauteur, de 11 pieds sur 9 de large, représentant l’un le Lever, l’autre le Coucher du soleil, qui devaient être exécutés en tapisserie à la manufacture des Gobelins, par Cozette et Audran. Ils se trouvaient même depuis quelque temps déjà entre les mains des artistes des Gobelins, car, au mois de juillet, Lépicié écrit au directeur général : « J'ai donné ordre au s' Cozette de remettre au s' Boucher les deux tableaux représentant le Lever et le Coucher du soleil, que vous souhaitez voir au Salon dont vous avez déterminé l'ouverture pour le 18 août prochain. » On sait l’histoire de ces tableaux célèbres; achetés par M" de Pompadour, ils furent adjugés à sa vente (1766) au prix de 0.800 livres, et passèrent chez M. de Saincey ; ils font aujourd’hui partie de la collection de sir Richard Wallace ; on a pu les revoir à Paris, en 1860°.
Au Salon de 1753, ils excitèrent un véritable enthousiasme. « Jamais Salon n’a été si brillant, si beau, si varié et si nombreux, écrivait le Mercure de France ; tout y répond à la réputation des artistes et aux soins de M. de Vandières... M. Boucher a continué de ravir par les grâces et les agréments de son pinceau... dans les tableaux de Thétis et du Soleil, dans les dessus de porte faits pour Bellevue et dans les Saisons, peintes pour un plafond de Fontainebleau. »
L'abbé Leblanc” ne « pouvait se lasser » d'admirer; tout l’enchantait également; «le Soleil, sous la forme d’Apollon, quitte à regret le sein de Thétis, et on lit dans les yeux de ce dieu que c'est aussi celui de la volupté! Une des Heures lui amène son char en l’avertissant que l'Aurore vient de partir. Dans un coin du tableau, on aperçoit les chevaux du Soleil tels qu'Ovide les peint, respirant le feu et l’impatience. Un amour verse de l’ambroisie sur les mains d’Apollon; Thétis lui présente la lyre tandis que les Néréides lui attachent ses brodequins. Parmi celles qui sont sur le devant du tableau, il y en a une qu’on ne se lasse pas de regarder; on ne sait où M. Boucher trouve les modèles de ce genre de beauté! La touche du pinceau, toujours variée, fait sentir la force des Tritons et la délicatesse