Arch. nat., O
2. Le Livre-Journal de Lazare Duvaux, etc., publié avec une introduction et des notes par L. Courajod. 2 vol. in-8°. Paris, 1874.
3. Catalogue raisonné des tableaux, dessins, eslampes, bronzes, terres cuites, laques, porcelaines de différentes sortes montées et non montées, meubles curieux, bijoux, minéraux, cristallisations, madrépores, coquilles et autres curiosités qui composent le cabinet de feu M. Boucher, premier peintre du Roy. Paris, chez Musier père, 1771.
goûts, de ces glorieuses parentés lointaines et aussi de ses affinités naturelles avec les maîtres les plus compromis de la décadence?
Les graveurs de Boucher n'étaient pas moins pressés que le maître lui-même de satisfaire le plus vite possible aux demandes du public, et naturellement la qualité du travail s'en ressentit plus d’une fois ; Boucher put vérifier, à ses dépens, la vérité du proverbe : Tradultore traditore; il protesta. Le Mercure, dans son numéro du mois de mars 1755, publiait la note suivante, annoncée à la table comme un « avis de M. Boucher, peintre du Roi » : « Il y a des surprises dans les productions des arts comme dans les ouvrages de litiérature : il est également important de prévenir le public des unes et des autres, tant pour la perfechion de ses connaissances que pour l'honneur des arts et la réputation légitime de chaque artiste. On ne peut donc se dispenser d'informer tous les amateurs de la peinture, qu'une suile d'estampes nouvellement mises au jour par le sieur Duflos, comme étant d’après les tableaux de M. Boucher, n'a été gravée que sur des dessins informes, furtivement tirés par les élèves de ce peintre les moins capables et les moins avancés, livrés ensuile à son insu au graveur, lequel, à son tour, a mis en vente ces eslampes sans la participation de l'auteur des tableaux qui ne peut ni les reconnaître, ni encore moins les avouer dans des reproductions aussi infidèles. »
Duflos fit répondre ou répondit (numéro de mai 1755) pour justifier, assez mal d’ailleurs, la façon dont il était entré en possession des dessins.
« Un ancien élève de M. Boucher, et qu’il ne désavouerait pas, a remis gratuitement des dessins de son maître au sieur Duflos, dont il est l'ami. Ce graveur en a fait l'usage que tous ses confrères en eussent fait à
sa place. Les dessins de M. Boucher plaisent, on se les arrache; on
les grave assuré du débit; on les recherche avec plus de soin; » puis, prenant à son tour l'offensive, il ajoutait : « Maïs tout grand homme a sa manie : celle de M. Boucher est de n'être point gravé; occupé d'ouvrages qui plaisent, les moments lui échappent; il n'a pas toujours le temps d’être neuf; ses tableaux répandus chez des particuliers ne sont pas connus de tout le monde; si la province lui en demande, quelques coups de crayon, quelques traits habituellement ajoutés ou changés en font des portraits nouveaux et donnent au peintre le temps de respirer : la gravure y perd, le public aussi, mais l'académicien y gagne. »
La riposte était vive et elle portait au défaut de la cuirasse. Dans la production énorme de Boucher, surtout dans la dernière partie de sa vie, il arrive souvent que l’art n’a pas grand’chose à voir. C’est un tour de main toujours le même, où l'entraînement de l'habitude a plus de part que l'inspiration. Quand Boucher est médiocre, il est navrant.
Il signe encore, mais combien plus rares et espacés! de charmants morceaux comme le Moulin (1755) de la galerie Rothan; la hâte fiévreuse qui s’est emparée de lui lui laisse de moins en moins le loisir de caresser ses œuvres. En outre, son œil paraît avoir subi, en vieillissant, une altération sensible; le témoignage d'Antoine Bret est sur ce point facile à recueillir. « Il tomba un peu dans le pourpre et ses chairs paraissent, dans le dernier temps, comme éprouver le reflet d’un rideau rouge. Il n'ignorait pas le reproche qu’on lui faisait à cet égard, mais il s’en excusait sur sa vue, et l’auteur de cet éloge lui a entendu dire plus d’une fois qu'il ne voyait qu'une couleur terreuse où le public apercevait le cinabre et le vermillon'. »
Une autre cause dut influer encore sur sa manière et sur sa couleur. L'habitude de travailler pour les tapissiers et de forcer la note en prévision des atténuations que les copies en matières textiles font subir au modéle original, amena ces « tons crus, qui ont tant exercé les plumes. » « J'ai oui-dire, écrivait un critique contemporain”, que cette manufacture des Gobelins, qui est si belle..., a donné lieu à ces tons brillants par la prière réitérée d’outrer un peu tout ce qui doit s’exécuter en tapisserie. »
Oudry, qui avait conduit Boucher à Beauvais, l’avait en effet introduit aussi aux Gobelins. Nous avons vu déjà que plusieurs de ses ouvrages pour le Roi y avaient été portés; dès 1750, Neilson exécutait d’après lui, en basse lisse, l'Amour allumant son flambeau au feu du Soleil. En 1759, à la mort d'Oudry, Marigny présenta au Roi un rapport « suppliant humblement Sa Majesté de vouloir bien accorder au sieur Boucher l’inspection sur les ouvrages de la manufacture des Gobelins. » Le Bon du Roi est du 27 mai’ et, la même année, une ordonnance de 1.000 livres lui était signée « pour gratification extraordinaire, en considération des soins qu'il a pris de visiter les ouvrages de la manufacture pendant les six derniers