MUSÉE
langueur, Votre Majesté voudrait-elle bien approuver qu’on en fit sept nouveaux, dont on laisserait la liberté du choix du sujet au peintre qui en serait chargé, pour n'être cependant exécutés en tapisseries qu'après que Votre Majesté en aurait agréé les dessins et les esquisses, » disait Marigny dans un rapport du 7 novembre 1755, revêtu du Bon du Roi. « Si c'était l'intention de Votre Majesté, je la supplie très humblement de me permettre de charger le sieur Boucher, peintre de l’Académie et inspecteur des ouvrages des Gobelins, de travailler à ces tableaux: son coloris réussira infailliblèment en tapisserie. Le succès de la manufacture de Beauvais pour laquelle il a travaillé en est un garant et Votre Majesté aurait une tenture dont le double ne se verrait nulle autre part'.»
Boucher n'alla pas chercher bien loin ses sujets; l’histoire galante des dieux, de Jupiter à Vénus, l’avait toujours vivement intéressé; il ne voulut pas en sortir et fit les tentures des Amours des Dieux, que possède le Garde-Meuble; on en conserve une maquette aux Gobelins. Les sujets y sont figurés dans des médaillons embordurés d’or et suspendus, à la manière des tableaux, à une guirlande de fleurs; ils s’enlèvent sur un fond rose, damassé ton sur ton, et encadré dans une large bande plus
foncée, elle-même entourée d’une bordure d’or. C’est la vignette introduite dans la peinture textile, qui a vraiment mieux à faire, mais, le parti pris admis, Boucher en a tiré des effets charmants; il a donné le chefd'œuvre du genre”.
Achat OO
2. Voici, d’après les notes d'archives, les prix de quelques-uns de ces tableaux pour les Gobelins :
En 1757, mémoire pour un tableau représentant Vénus qui fail forger des armes pour Énée (c'est le n° 708 du Louvre), estimé 3.600 livres.
Les Forges de Lemnos (ce tableau, destiné pour les Gobelins, a 10 pieds de largeur), estimé 3.600 livres.
Sujets d'enfants relatifs au précédent (10 pieds de hauteur sur 5 pieds de largeur), estimé 1.800 livres. (O!, 1932-1933.)
En 1759 et 1760, paraissent les gravures par Gaillard de Jupiler et Calisto, faisant pendant à Jupiter et Léda, qui étaient aussi destinés aux Gobelins.
En 1761, autre mémoire d’un tableau « destiné pour être exécuté en tapisserie aux Gobelins, » représentant les Génies des aris (10 pieds carrés), estimé 2.500 livres.
En 1764, les Amours de Neptune et Amymone (6 pieds 2 pouces de largeur sur 4 pieds 6 pouces de hauteur), estimé 2.000 livres. (O!, 1934°.)
Vertumne et Pomone et l'Aurore et Céphale (3 pieds 10 pouces de largeur sur 4 pieds 6 pouces de hauteur), estimé 2.000 livres.
Malheureusement, pour copier les tableaux de Boucher avec la précision qu'Oudry avait exigée et que Marigny avait promise à son successeur, il fallut multiplier les nuances : le zèle de Neïlson y pourvut; mais, à mesure que les tentures ont vieilli, des altérations se sont produites, inégales suivant les tons, l'accord des parties s’est rompu et l’œuvre s’est disloquée.
Au Salon de 1755, Boucher avait encore fait défaut. « La plus belle partie du public a soupiré de n’y rien voir de ce peintre aimable qui est le sien, puisqu'il est celui des Grâces et de la Beauté. » «On soupçonne, disait le Mercure, que ces petits écrits furtifs que l’envie ou le besoin produisent contre le talent à chaque exposition, en sont la cause secrète'. On craint même que les autres artistes de premier ordre comme lui ne suivent son exemple. Tous se plaignent que ces satyres, quelque méprisables qu’elles soient, font impression dans la province et y nuisent à leur gloire comme à leur intérêt. On voit bien que les peintres ne sont pas aguerris ainsi que les auteurs. Il est vrai qu’ils disent, pour leurs raisons, que les ouvrages de ces derniers vont partout ainsi que leurs critiques et leur servent de contrepoison, au lieu que leurs tableaux restent dans les cabinets de la capitale et que les libelles qui les déchirent courent seuls la province. » Mais, en 1757, Boucher ne put se dispenser d’exposer le portrait de M°° de Pompadour, qu'il avait fini l’année précédente. Il avait peint pour elle la Muse Érato et la Muse Clio’; mais elle était la Muse par excellence, et « comme les arts ne peuvent rencontrer de protection plus utile à leurs progrès que celle des grâces, il est juste que les artistes donnent une espèce d’immortalité à leur bienfaitrice’. » Ce n’était pas la première fois que Boucher s’acquittait de ce devoir. Le catalogue de la vente Sireuil décrit, sous le numéro 45, « un portrait de la marquise de Pompadour, vue
La plupart de ces tableaux sont au Louvre ou à Trianon. On peut citer encore Amynlhe et Sylvie (n°715 du Louvre); le But (n° 716 du Louvre); une suite des Mélamorphoses, conçue dans un sentiment analogue au Don Quichotte de Coypel; le Pécheur (1767); la Diseuse de bonne aventure, à Trianon; Psyché et l'Amour, Diane et Endymion, le Repas, la Danse, la Musique, les Confidences, et des Amours ou Enfants jouant. Toutes ces peintures ne sont guère que des redites d’une main à la fois pressée et alourdie.