Mercure de France, octobre
de trois quarts ; elle est représentée coiffée en cheveux, et la gorge à demi découverte. Ce précieux morceau peut-être regardé comme un des chefsd'œuvre en pastel de notre école »; — une estampe en couleur, d’après un autre portrait où elle est représentée en jardinière, porte la double indication : Boucher 1751. Bonnet 1769. — A la Bibliothèque nationale, dans le recueil des planches gravées d’après Boucher, on trouve une aquatinte avec ce titre : Madame la marquise de Pompadour, morte en 1764. Boucher, pinx. — L. Watson, sculp.; elle y est représentée en buste, la poitrine nue, une draperie flottante rattachée sur l'épaule, des perles dans les cheveux tressés très courts, le nez fort, les lèvres grosses et sensuelles : de tous les portraits de Boucher, s’il est bien de lui, c’est celui qui a le plus l'air ressemblant. Le musée de Versailles (n° 3682) possède un autre portrait d’un travail assez lourd et comme embarrassé, en buste, de face, la poitrine nue, des fleurs dans la main droite ramenée sur l’épaule gauche, où le bout d’une draperie, d’un vert bleuté rompu de jaune, est retenu par un ruban bleu passé en bandoulière sur le sein découvert; un bouquet de fleurs bleues et jaunes est posé dans les cheveux poudrés; les joues sont fardées.
A l'exposition du boulevard des Italiens, on put voir, à côté du portrait de 1757, passé de la galerie de M. Henri Didier dans celle de M. de Rothschild, un autre portrait non signé, provenant de la vente Véron et que Thoré décrivait ainsi : « La gracieuse femme en robe de soie orange est debout devant un chevalet, la main appuyée sur un carton à dessins. C'est l'artiste sans façon, l’amie de Boucher et de Coustou, qui posait ce jour-là. » Dans le tableau de 1757, c’est encore l'artiste, car on voit à ses pieds, comme dans le pastel de La Tour, des portefeuilles, des rouleaux de musique, un porte-crayon armé de sanguine et une pointe de graveur, mais c’est aussi la femme d’État, car, sur un bureau en bois de rose placé près d'elle, le peintre a mis un pli cacheté, une plume trempée dans l’encrier, un portefeuille de ministre, et, près d’un in-folio à ses armes, une fleur oubliée. Elle est assise, accoudée sur une chaise longue; la main droite tient négligemment un livre ouvert qu'elle ne lit plus; son visage garde une expression indécise entre la rêverie et la réflexion. Une glace, entre deux longs rideaux retombants à grands plis, reflète, derrière elle, sa bibliothèque et sa pendule où des Amours comptent les heures.
Près de ses pieds, chaussés de fines mules, sortant de la robe bleue falbalassée, un chien à poil soyeux — chien de petite maîtresse — est accroupi.
D’après une note de Falconet, publiée dans la Revue universelle des Arts, Roslin aurait peint l'ajustement de dentelles de la robe.
Ce portrait célèbre fut naturellement très fêté par les amis de Boucher et de la Pompadour. Le Mercure ÿ vantait « cet aimable sourire de l’âme qui annonce ou le bien qu'on vient de faire, ou les choses obligeantes qu'on va dire... » Dans l'assemblage pittoresque de toutes ces parties, l’accord harmonieux des détails, il reconnaissait la main d’un « peintre d'histoire. » L'article parut avant l'ouverture du Salon, au moment où le portrait, après avoir suivi la marquise de résidence en résidence, venait d'être rapporté par les soins de Lazare Duvaux, de Versailles à Paris, dans l'atelier du peintre”.
Au Salon, les critiques reprirent leurs droits; Grimm’ le déclare « détestable pour la couleur et si surchargé d’ornements, de pompons et de toutes sortes de fanfreluches, qu'il doit faire mal aux yeux de tous les gens de goût. »
Le portrait a reparu en 1883, à l'Exposition de l’Art du xvin° siècle, de la galerie G. Petit, et c’est principalement au point de vue historique qu’il nous a paru mériter sa grande réputation.
En somme, le portrait n'était pas l'affaire de Boucher: ce n’est pas la figure qui l’intéressait le plus dans un corps d'homme et surtout de femme; il n’avait, dans l'esprit pas plus que dans la main, aucune des grandes qualités qui font les bons portraitistes.
1. Le Livre-Journal de Lazare Duvaux, 1° octobre 1756. 2. Correspondance littéraire, t. III, p. 432.
3. Boucher a aussi composé, avec une belle fougue de crayonnage à la pierre noire rehaussé de blanc, un « encadrement allégorique » pour un portrait de M*° de Pompadour. On cite encore de lui ou on lui attribue : un Portrait d'enfant de la galerie Charles Pillet (1749); le Portrait du maréchal de Lowendal, gravé par de Larmessin, qui semble l'avoir légèrement accentué; un de Marie Leckzinska; de M" Favart, coiffée de rubans roses et de myosotis (ancienne collection Walferdin); le numéro 165 de la galerie La Caze, qui ressemble assez à un médiocre Nattier; un dessin à la pierre noire d’après M'e Rivière, de l'Opéra ; un Portrait d'homme tenant un violon, de la vente Cypierre ; enfin, une composition peinte à l’huile, en grisaille, sur papier, où il s’est représenté visité dans son atelier par Vénus et les Amours. Dans la collection de ses dessins, quelques études sont peut-être des portraits ; ainsi, Mademoiselle X** en habit d'été et les têtes pastellées pour le Cabinet des Beautés.