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LA JEUNESSE DE BOUCHER

François Boucher naquit à Paris, rue de la Verrerie, le 29 septembre 1703, sur la paroisse de Saint-Jean-en-Grève. Son père, Nicolas Boucher était maître-peintre; mais on ne connaît de lui aucune œuvre permettant d'apprécier son talent. Selon toutes apparences il avait commercialisé son pinceau et se rapprochait plus de l'artisan que de l'artiste. Si l'on en croit Villot, qui a dressé le catalogue du Louvre, Nicolas Boucher aurait été dessinateur pour broderies et c'est lui sans doute qui, dans le Mercure de France de février 1742, faisait paraître cette annonce : " Le sieur Bou-

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cher, marchand d'estampes, demeurant place du Vieux-Louvre, proche des appartements de la reine, aux maisons de M. Capperon, vend toute sorte d'estampes nouvelles gravées par les meilleurs auteurs, encadrées avec verres blancs et sans être encadrées, et fait et vend aussi toute sorte de dessins des plus à la mode pour meubles et broderies. "

Il fut sans grand talent et n'arriva jamais à la fortune; mais son fils François trouva dans la maison paternelle un foyer artiste où purent se développer librement ses dispositions naturelles. Tout enfant, il put jouer avec les crayons; il eut le loisir de griffonner sur le papier ses essais informes, il respira en un mot et grandit dans un milieu où l'art était honoré, sinon remarquablement exercé. On affirme que François Boucher manifesta de bonne heure un goût marqué pour le dessin. Il y a lieu de croire que son père fut ravi de ces heureuses

dispositions et les encouragea; il fut probablement son premier maître et guida les premiers mouvements sur le papier de cette main qui devait acquérir un jour une si prodigieuse habileté.

Les progrès de l'enfant furent extrêmement rapides. Le père comprit bientôt qu'il allait être un maître insuffisant pour cette nature compréhensive et privilégiée. Il songea à lui en trouver un capable d'en faire un véritable peintre. Parmi ses camarades se trouvait un graveur de talent, appelé Cars, qui était l'ami du peintre Lemoyne. Grâce à son intervention François Boucher entra dans l'atelier de cet artiste.

Lemoyne était un peintre de grande valeur. Il avait une facture large, hardie, beaucoup de fantaisie naturelle, une grande facilité. Certaines de ses peintures laissent déjà pressentir la manièrespirituelleet aisée de l'époque

suivante. Boucher ne pouvait souhaiter un meilleur maître ; toutes ses qualités s'adaptaient merveilleusement aux siennes. En très peu de temps, il s'assimila si bien sa manière qu'il arriva à peindre des toiles que très longtemps on a cru de la main de Lemoyne.

Dans ce nombre il faut citer la Naissance d'Adonis^ attribuée à Lemoyne jusqu'en 1860; à cette époque, les initiales F. B. inscrites par le peintre sur un vase renversé figurant dans le tableau et demeurées jusque là inaperçues, permirent de restituer à Boucher une œuvre dont on l'avait dépossédé.

Boucher n'avait que dix-sept ans lorsqu'il soumit à l'appréciation de son maître son premier tableau : le Jugement de Suzanne. Lemoyne demeura confondu des qualités qu'il révélait et il prédit à son élève le plus brillant avenir.

Néanmoins, le jeune homme ne demeura pas longtemps dans l'atelier de Lemoyne.

Trois mois à peine, si l'on en croit Boucher lui-même. Cependant il en subit encore longtemps l'influence et tout porte à croire que, même chez le graveur Cars dont il devint l'élève, il vit fréquemmentson ancien maître et en reçut des conseils. En tous cas, toutes ses œuvres de jeunesse portent la marque de cette empreinte dont il ne se libéra complètement qu'à sa maturité. En 1777, à la vente Randon et Boisset, le catalogue indique un Hercule et Omphale accompagnés de deux Amours dont l'un tient une quenouille et l'autre une peau de lion, comme peint par Boucher dans le style de François Lemoyne.

Pourquoi Boucher quitta Lemoyne pour entrer dans l'atelier de Cars, les biographes n'en disent rien. Sans doute la nécessité de vivre obligea-t-elle le jeune artiste à chercher une Occupation rétribuée. Il était pauvre et ce fut vraisemblablement une au-

baine pour lui de pouvoir s'employer chez le graveur ami de son père qui lui donna le gîte, le couvert et soixante livres par mois à condition qu'il dessinerait pour lui.

" Dans l'atelier de Cars, écrit Gustave Kahn, ** à l'espèce de manufacture de Cars ", disent les Concourt, Boucher besogne beaucoup, gaiment, ce semble, et insôuciamment. Il y fait de tout, du métier même, de la grande commande, de l'illustration, des fleurons, des culs de lampe, des emblèmes, des diplômes, des lettres ornées, des alphabets. " La maison Cars grave des thèses^ sortes de pancartes et cartouches à attribut allégorique, formant comme une imagerie populaire, mais d'un genre très relevé où s'exerçait la fantaisie des artistes et des faiseurs de légendes. Boucher en fournit de remarquables : on l'emploie à l'illustration et ildonneàgraveràBaquoy et Mathey, pour une nouvelle édition in-4'' de VHistoire de France

PLANCHE ni. — LA FEMME AU MANCHON (Musée du Louvre)

Boucher était un portraitiste de premier ordre, surtout lorsqu'il peignait les femmes. Ce portrait de jeune femme est un chef-d'œuvre de vie, de naturel, de grâce élégante et souriante. Le coloris est admirable, comme toujours. C'est cette œuvre qu'une main démente essaya récemment de détruire en lui jetant une bouteille d'encre. Fort heureusement, le dommage fut minime et put être réparé sur-le-champ.

du père Daniel vingt-cinq vignettes. Non seulement il dessine, mais encore il apprend à graver, non point tant peut-être pour exercer deux métiers que pour interpréter les dessins originaux à ses heures libres. Aussi lorsque M. de Julienne, Tami de Watteau, voulut publier l'œuvre d'Antoine Watteau, il appela à lui Boucher. Il lui offrit 24 livres par jour et Boucher reproduisit pour lui cent vingt-cinq pièces de Watteau, dont cent quatre des Figures de différents caractères. " Il les interprétait, disent les Concourt, sans rien leur faire perdre de leur feu et de leur esprit ".

Dès ce moment commence à s'imposer dans son esprit, concurremment avec celle de Lemoyne, l'influence puissante de Watteau. Sa nature délicate, son tempérament voluptueux l'attire vers cette peinture charmante faite de clartés et de chatoyantes couleurs. Cette fantaisie le passionne et au frémisse-

ment intérieur qu'il ressent devant les œuvres du maître, il devine que de ce côté sera sa voie.

Cependant ses travaux de gravure ne lui font pas négliger la peinture, sa passion favorite. Il y est d'ailleurs encouragé par d'appréciables succès. En 1723, à peine âgé de vingt ans, il remporte le premier prix de l'Académie de peinture avec Evilmerodach délivrant Joachim. On commence à le connaître, à acheter ses œuvres. Oh ! pas très cher, mais cela lui importe peu. Ce qu'il poursuit, ce n'est pas la richesse mais la gloire. Jamais, durant sa vie, Boucher ne se montrera avide : peu de peintres auront été aussi désintéressés que lui. Des amateurs, amis de son talent et profitant de l'aubaine, meublaient des galeries avec ses toiles; le baron de Thiers, collectionneur connu, fut de ceux-là.

Une vieille coutume, encore en vigueur, au-

torisait les artistes à accrocher leurs peintures, le jour de la Fête-Dieu, aux draperies tendues sur la place Dauphine pour le passage de la procession. Boucher utilisa ce moyen commode d'exposition en compagnie de Carie Van Loo : des œuvres y furent remarquées et louées par la presse, qui commençaient déjà à consacrer les réputations.

Mais Boucher est un ambitieux modeste, phénomène rare. Il ne s'exagère pas son mérite et sait qu'il est encore loin de posséder son art. Il travaille avec acharnement, traitant tous les sujets, sans distinction de genre. Et ce n'est pas le moindre sujet d'étonnement que ce peintre au pinceau si facile se soit volontairement plié à la dure discipline d'un apprentissage prolongé.

Les modèles qu'il a sous les yeux ne sufiîsent bientôt plus à son désir de s'instruire, il rêve de l'Italie, cette patrie de l'art; il veut prendre

contact avec ces maîtres qu'il admire, mais qu'il ne connaît que par la gravure. Et, un beau jour, en compagnie de Carie Van Loo et de ses neveux, il prend le coche pour le Midi.

Nous ne savons rien de son voyage et très peu de choses sur son séjour à Rome. Une modeste chambre, " un petit trou de chambre ", déclare-t-il, lui fut concédé à l'Académie par Wleughels qui en était alors le directeur. Ce que Boucher fit en Italie et combien de temps il y resta, nous l'ignorons. Certains disent trois ans, d'autre quatre ans. Tous affirment qu'il y travailla peu. Nous le croyons assez volontiers. Il aimait assez l'art pour comprendre et goûter les grands maîtres, mais sa nature vive et primesautière ne pouvait que se révolter contre les ordonnances sévères et les solennelles attitudes de la peinture italienne. Toutes ses sympathies allèrent d'instinct vers Tiepolo : ce maître charmant et brillant qui plaçait si gra-

cieusement ses groupes de figures dans des atmosphères de lumière rose et blonde.

Il subit néanmoins l'influence italienne et il s'essaya de bonne foi dans ce genre qu'il aimait peu. C'est ainsi qu'il peignit, vers cette époque, des pages d'histoire et des sujets religieux, entre autres, la rencontre de Rachel et de Jacob, une Crucifixion de jésuites au Japon, le Mariage des enfants de Dieu avec les enfants des hommes, etc.

Dans ces peintures. Boucher fait montre d'une grande habileté, d'une véritable science de la composition, mais tous ces sujets sont traités dans une note assez froide. On sent qu'il n'était pas convaincu en les exécutant. Là n'est pas sa voie, et sans tarder, il revient au genre qu'en secret il préfère. Et c'est alors qu'il donne son premier tableau vraiment marqué de sa personnalité intime : Vénus commandant à Vulcain des armes pour Enée. Ce sujet fut traité

œuvres complètes de Molière, et cette édition est aujourd'hui recherchée des amateurs et payée au poids de l'or. Illustration fantaisiste, aimable, toute remplie de détails pittoresques et amusants où ni l'histoire ni l'archéologie ne sont respectées, mais oii s'exhale la verve la plus étourdissante.

Il dessine encore des cartons de tapisseries, illustre des contes de La Fontaine et de Boccace et partout se manifeste ce goût inné de la joliesse, de l'élégance, de la galanterie de bonne compagnie. Ce n'est pas que ses dessins soient tous d'une tenue irréprochable ; mais, dans le musée secret qu'ils forment, on ne trouverait aucune obscénité, rien qui dépasse une gauloiserie un peu osée.

D'ailleurs, ce ne sont là que de passagères incursions dans un domaine qu'il n'a pas l'intention de s'approprier. De ces essais, cependant, il résulte un nombre incalculable de des-

sins, de croquis, d'ébauches qui montrent à quel point ce peintre qui paraît à première vue le plus spontané des artistes — et qui l'était — apportait de conscience dans les études préparatoires de ses œuvres. Ces dessins ont acquis aujourd'hui une valeur considérable et justement méritée, parce que " l'heureux accord de sa pensée et de main, en une séance, jetait sur un bout de papier, un nu dessiné, pastellé, complet en soi " (Concourt).

Déjà agréé à l'Académie, Boucher y entre comme académicien, en 1734, avec Renaud et Armide, que nous donnons ici. Devant une colonnade qui se développe en demi-cercle, Renaud est couché aux pieds d'Armide et se contemple dans un miroir posé sur les épaules d'un jeune amour. Armide à demi nue, simplement couverte d'une gaze légère, est adorable de jeunesse triomphante. Elle est délicieusement belle sous sa blonde chevelure et son

corps rosé est admirable de lignes. Autour des deux amants, de petits Amours s'ébattent ou tressent des guirlandes, tandis que, derrière la colonnade, des curieux suivent d'un œil amusé le manège amoureux de Renaud.

Cette œuvre est charmante et si elle n'atteste pas chez Boucher la complète maîtrise de son art, elle la laisse deviner. Renaud est un personnage sans caractère, et sans grande noblesse, mais dans Armide se révèle déjà le type que le peintre adoptera dans la suite comme l'idéal de la beauté féminine.

Voilà donc Boucher académicien; ii n'a que trente-un ans. Entre temps, il s'était marié. Sa femme, Marie-Jeanne Buseau était fort belle et il l'avait épousée par amour. Grande, blonde, rieuse, spirituelle, elle possédait toutes les grâces qui pouvaient séduire l'artiste. Elle était, en outre, remarquablement intelligente et douée d'un sentiment très vif pour les arts; dans

le commerce de son époux, elle prit le goût de la peinture et n'y réussit pas trop mal puisque les réductions qu'elle fit des œuvres de son mari furent longtemps attribuées à celuici. Elle servit très souvent de modèle à Boucher pour ses nymphes et ses déesses; si nous n'avions le témoignage des contemporains et la gravure exécutée par le peintre lui-même, ce détail suffirait à nous convaincre de la rayonnante beauté de Marie-Jeanne Buseau. Tous ceux qui la connurent célébrèrent sa douceur, sa bonté, sa générosité et aussi sa profonde tendresse pour Boucher, tendresse d'ailleurs payée de retour.

Marié et se plaisant dans l'intimité conjugale, Boucher subit l'influence de cette vie retirée et calme; il abandonne pour un temps ses décorations mythologiques et aborde les scènes intimes et familiales, à la manière des Hollandais. Que dis-je? Les Hollandais, précis

et amoureux du détail, exercèrent-ils vraiment une emprise sur Boucher? Je ne le crois pas. Les sujets sont les mêmes, menus, familiers, anecdotiques. Mais Boucher se différencie des " petits maîtres " par une note aimable, anacréontique, par une sorte de raffinement instinctif que ne possédèrent pas les Terburg et les Nicolas Maës. Dans sa. Belle cuisinière, par exemple, il y a des bassines, une marmite, des choux, des légumes, toutes choses que Van Ostade ou Jan Steen traitaient avec amour et que Boucher traite avec moins de précision; mais le personnage principal, occupé à se défendre contre les entreprises d'un amoureux, possède une grâce, une élégance native que n'eurent jamais les joviales maritornes hollandaises. Cette cuisinière est bien une cuisinière; mais je ne serais point étonné qu'elle eût fait son apprentissage dans les cuisines de Versailles.

A ce même genre, épisodique et familier, appartiennent la Belle Mousquetaire, ravissante dans sa robe à paniers, la Bouquetière galante, la Bouquetière de l'Opéra^ la Vendangeuse, la Jeune ménagère, le Marchand d'œufs, la belle Villageoise, la Fanchonnette, la Marchande d'oiseaux, la Quêteuse de grand chemin, là Souffleuse de huiles de savon, le Pêcheur, l'École de filles, l'École de garçons, un Marchand de chaussons, etc.

Dans tous ces dessins. Boucher déploie la même virtuosité, la même fantaisie. On n'y découvre même pas ces négligences et ce lâché que parfois on constate dans ses grandes peintures, hâtivement exécutées d'après commande. Ici, la ligne est ferme, soutenue; la science est certaine, la main sûre.

Plus encore que les œuvres indiquées plus haut, il faut citer la série d'estampes populaires, connue sous le nom des Cris de Paris.

C'est la vie quotidienne de tous ces humbles marchands ambulants qui, dès le petit jour, parcourent les rues de la capitale en annonçant leur marchandise. Tout ce monde pittoresque et bruyant, jovial et laborieux, défile en une série de compositions charmantes, prises sur le vif, où Boucher note les types avec une scrupuleuse exactitude et une fantaisie charmante.

Sur ces entrefaites, il devient père. Avec l'amour de ses enfants naquit en lui l'amour de l'enfant en général. Et dès lors, pendant un assez long temps, il se plut à les dessiner et à les peindre. Toute la fraîcheur de ces petits êtres, leurs rondeurs potelées, leurs gestes menus, la roseur brillante de leurs chairs le ravissaient et il les modelait avec passion. Peu d'artistes ont peint l'enfance avec une telle maîtrise. Il la célèbre dans de nombreux albums et dans ses dix Livres de groupes d'en-

fants, qui resteront comme des modèles de la grâce puérile des tout-petits. Ces études, poussées à un degré extraordinaire de perfection, l'amèneront par la suite à peupler ses tableaux allégoriques d'Amours joufflus et charmants, qui seront désormais l'accessoire pour ainsi dire indispensable de toutes ses compositions.

Avant lui Watteau et Lemoyne avaient utilisé ce gracieux motif, mais, comme dit Gustave Kahn, ** Boucher l'a pro/wszoTzné pour ainsi dire; il a su le faire mieux que personne et traduire le mélange de jolie lourdeur et de finesse nacrée, de pesanteur et de souplesse, de mollesse joHe et d'agilité cabrioleuse de l'enfant, et il semble que l'étudier fut, pendant ces quelques années d'après son mariage, une de ses préoccupations principales".

Il ne se spécialise cependant pas. Son talent est trop divers, son pinceau trop flexible pour se confiner dans un seul genre. Tous les sujets

le sollicitent pourvu qu'il y puisse déployer sa souplesse élégante et aisée. Les scènes pastorales, surtout, l'attirent. Ce Parisien aime la nature. Mais il a trop de finesse pour se plier à la peinture véridique de la vie des champs; il sait à n'en pas douter que les rustres mal vêtus qui peinent sur les sillons ne plairaient que médiocrement à l'aristocratique clientèle de Versailles. Et, sans plus de façon, il arrange la nature au goût du jour. On trouve dans son œuvre quantités de sujets empruntés à la vie champêtre, ou du moins à cette vie conventionnelle des champs où les bergères ont des houlettes enrubannées et des robes à paniers. Convention qui ne trompe personne, mais que chacun accepte volontiers parce que la vie d'alors ne se conçoit pas sans élégance et que l'on trouve haïssable tout ce qui n'est pas joli et parfumé. Et ces bergeries, ces contrefaçons de pastorales, l'engouement de la cour et de la

ville va les consacrer, la mode s'en mêlera et bientôt nous verrons s'élever sur les pelouses de Trianon, des femmes en miniature où des duchesses et des reines viendront jouer à la paysanne et baratter le beurre.

" Les Pastorales de Boucher, écrit Théophile Gautier, vous font entrer dans ce monde idyllique inventé par lui à l'usage du xvm' siècle, le moins champêtre des siècles, en dépit de ses prétentions bocagères. Les moutons sont savonnés, les bergères ont descorsets à échelles de rubans et des teints qui ne se sentent pas du hâle campagnard, et les bergers ressemblent à des danseurs d'opéra. Mais tout cela est d'un mensonge plus aimable que la vérité. "

Les sujets mythologiques ont également pour Boucher des séductions particulières. Ne mettent-ils pas à sa disposition l'Olympe tout entier, avec leurs légendes poétiques, leur

nombreux aréopage de dieux, de déesses, de demi-dieux, de nymphes et d'amours? Tous les paysages élyséens lui appartiennent, avec leurs ciels éclatants, leurs fleurs éblouissantes; c'est plus qu'il n'en faut à ce talent charmant, épris de décoration, au yeux de qui toute peinture est prétexte à décoration, pour adopter d'enthousiasme un genre conventionnel assurément, mais qu'il aime précisément à cause de ce conventionnel qui laisse libre carrière à sa fantaisie, à son penchant décoratif.

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