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LE PEINTRE DE TAPISSERIES

Une heureuse chance vient justement favoriser ce goût de Boucher pour la décoration. Son ami, le peintre Oudry, vient d'être nommé, par lettres patentes du 23 mars 1774, directeur de la manufacture de Beauvais, en association avec Nicolas Bernier, ancien échevin de Paris. A peine installé dans ses nouvelles fonctions.

Oudry fait appel au concours de son jeune confrère. Celui-ci a déjà fait ses preuves. Il est, à n'en pas douter, le peintre le plus qualifié de son époque pour fournir des cartons de tapisserie. Déjà les manufactures royales ont spontanément accueilli une de ses compositions, Sancho Pança suivi.

Libre de s'abandonner à la nature, dans la manufacture amie de Beauvais, Boucher multiplie les allégories et les mythologies. Ce sont successivement : Mars et Vénus, Bacchus et Ariane, l'Offrande à l'Amour, Vertumne et Pomone, Amphitrite, les Comédies de Molière, la Noble pastorale, la Plantation du mai, la Balançoire, la Cueillette des cerises, etc.

Cependant il est parfois contraint de se plier aux traditions et de composer de grandes *' machines " et des chasses. Il reçoit, en même temps que les commandes officielles, le canevas du sujet à traiter. C'est dans cette catégorie qu'il

faut ranger sa Chasse au tigre (l737) et sa Chasse au crocodile. Mais il revient bientôt à sa manière favorite, bientôt acceptée par toutes les manufactures royales. Pour les Gobelins, il peint son délicieux cartonde/a^o/zne aventure, Amynthe et Sylvie, les Confidences, la Petite oiselière, le Petit pêcheur.

Boucher a laissé dans la glorieuse histoire de la tapisserie une trace brillante dont le redoutable parallèle avec Le Brun ne diminue pas la majestueuse et sobre ordonnance de ceux de Le Brun ; celui-ci possédait plus d'ampleur dans le dessin, plus de noblesse, plus de science ; mais Boucher montre plus de spontanéité; il est infiniment plus agréable, plus élégant, plus joli; son coloris a des délicatesses exquises et ses déesses et ses nymphes ont des corps " pétris de lis et de roses ", comme on disait dans les écrits de cette époque. Boucher, comme Le Brun, s'adapte d' ailleurs au goût du temps

et du milieu : le premier travaillait pour le plus fastueux et le plus solennel des monarques ; le second arrive, au contraire, en un siècle de corruption élégante, de galanterie raffinée, à qui ne plaisent plus les compositions grandiloquentes du dernier règne. Ce que réclame cette société dout le seul culte fut l'Amour, c'est la glorification du petit dieu qui régnait en maître dans les faubourgs de Paris comme dans les appartements dorés de Versailles. M"^^ de Pompadour est reine et c'est elle, avec tout ce qu'elle représente de frivolités et de grâce, que l'on célèbre sous les espèces de Vénus. Boucher était bien le peintre qu'il fallait à cette époque : il la personnifie exactement et brillamment dans son œuvre.

" Sa formule pour ses tapisseries est infiniment souple. Pour les grands appartements, son imagination mythologique retrace avec pompe les Amours des dieux; mais il sait aussi

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