‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 33 sur 64 · ROI · texte numérisé non relu

ROI

comme dans XApollon, comme dans la Latone, une peinture légère, souvent caressée, et parfois très sage. Non, tout n'est pas déraison et délire dans la vie et dans l’œuvre de l'artiste que Diderot a voulu faire passer pour fou. Habile à gérer sa force et à discipliner son caprice, Boucher parvint au sommet de son talent, à l’heure savamment choisie où M""® de Pompadour l’attendait.

ADAME d Étioles, au temps de sa première manière, n’avait qu un souci en tête : elle voulait devenir la maîtresse du roi. La duchesse de Châteauroux étant morte le 8 décembre 1744, l'office se trouva vacant, et bientôt, le nom changeant avec la situation, la nouvelle marquise de Pompadour commença ce qu'elle a elle-même appelé son règne, un règne qui dura près de vingt ans. Dès son enûince, la jeune femme avait aimé la musique et la comédie ; quand sa vie se trouva associée à celle de Louis XV, il lui restait beaucoup à apprendre; mais, comme elle s'était depuis longtemps familiarisée avec le rôle qu’elle rêvait, elle sut en quelques mois son métier de reine. Elle devint bientôt pour tous les arts une protectrice chaleureuse ; elle n inventa nullement, comme on l’a trop dit, le style qui porte son nom. Elle reçut des circonstances ambiantes le rayon de lumière et le refléta autour delle. Pour juger des questions de goût, la marquise s’entoura de conseillers tout à fait informés du nouvel idéal; elle eut en outre des ministres et des serviteurs, entre autres son frère, qui lui aussi changea de nom. M. de Marigny

BOUCHER ET MADAME DE POMPADOUR

remplaça M. de Vandières et, de plus, il devint un personnage. Au moment où Lenormant de Tournehem était directeur des bâtiments du roi, le frère de M”"® de Pompadour avait obtenu sa survivance : cette haute fonction lui échut après la mort de Lenormant, en novembre 1-51, et il l’exerça, non sans grâce, pendant tout le règne de sa sœur et môme plus longtemps.

La maîtresse de Louis XV n’appartenait pas à l’ancien régime. Si elle ne fit rien pour hâter l’avènement de l’art nouveau, — tout était préparé quand elle arriva, — elle fit beaucoup pour l’organiser et en consacrer la victoire. Elle utilisa les forces de l’école. Mais d’abord elle voulut les connaître; et, pour elle, l'apprentissage précéda la maîtrise. Qiiand on étudie l'histoire de France dans les catalogues des Salons, on voit que, pendant les premières années, de â 1750, les peintres et les sculpteurs travaillent pour le roi et pour la reine. M'"® de Pompadour reste dans la coulisse. Et en effet c’est d'abord aux architectes quelle eut recours ; avant de décorer la maison, il faut la construire. Dès que le château de Bellevue commence à prendre tournure, M""® de Pompadour fiiit appel aux maîtres de la couleur ou du marbre : c’est au Salon de 17^0 qu’on voit apparaître les œuvres destinées à enrichir Bellevue. Elle est dès lors en relation avec Oudry, Adam l'aîné, Pierre et Boucher. En 175 1, Falconet expose sa statue de la Musique^ également destinée à décorer la somptueuse résidence de la favorite. Après ce début, le mouvement ne s'arrêta pas; M"'® de Pompadour fit surtout travailler les artistes nouveaux. Ce n’est pas sans dessein que nous avons nommé Oudry le premier : il paraît avoir connu la marquise d'assez ibonne heure et s’être signalé par l'ardeur de son zèle. L’excellent artiste ne s’était pas borné à fournir quatre tableaux pour la salle à manger de Bellevue : il avait également peint sur cuivre, dans de petites dimensions, les oiseaux de la maîtresse du logis, réunis dans le même cadre et perchés sur un cerisier. « Us 'sont tous portraits, » dit le livret du Salon de I7)0. Avec de telles complaisances, Oudry devait être agréable, et il est possible que ce soit lui qui ait recommandé à M""® de Pompadour son collaborateur Boucher.

Elle connaissait bien d’ailleurs ce nom qui était alors sur toutes les lèvres; curieuse d'apprendre, elle avait suivi avec assiduité les Expositions de l'Académie, et Ton peut assurer, sans craindre de la compromettre, quelle était entrée à Marly dans la chambre à coucher du roi où brillaient dès 1747 deux dessus de porte de Boucher. Elle lisait volontiers les brochures nouvelles : elle sut que, dans son petit livre sur le Salon de 1748, Saint-Yves avait déclaré que Boucher était fait pour peindre « la cour friponne de Cytlière ». La marquise n hésita

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