‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 36 sur 64 · marquise .cire sigiuii. par l.i-J tir dç »r>n /èi · texte numérisé non relu

marquise .cire sigiuii. par l.i-J tir dç »r>n /èi

Je iogis, réuni» dam U ' 'dre. c\ pcrchc<

; • Wi. I ; -rfi* l'I ■ • Jh '

• <#Cv>l ; ' ! î5 t qu<

•« A Mif f collai'- -iv; - . i-Vmeher.

; (. iait alors sur toute* U s lèvres;

I l-;s Expositions de f Académie,

■if

fr *

IP

- • •# ' ^ « 4k ■ .iSr

BOUCHER ET MADAME DE POMPADOUR

plus : elle résolut d'employer le peintre i\ la décoration de Bellevuc; et, par un caprice bien naturel de la part d'une reine de la main gauche, elle lui demanda un tableau religieux.

C'était en 1749 sans doute. Lassurance avait achevé la construction du château : il ne manquait presque plus rien à l’élégant édilice. Dans cette maison mondaine où les visites du roi étaient désirées et attendues, on trouvait tout ce qu il laut pour aimer et tout ce qu’il tant pour se repentir. L’architecte n avait eu garde d oublier la chapelle. C’est pour décorer le maître-autel que Boucher peignit un grand tableau, une toile plus haute que large qui représentait la ISativité et qui figura au Salon de ij)0. D’Argenville n'a pas manqué d’en dire un mot dans son Voyage pittoresque des environs de Paris. 11 rappelle — ce qui est vrai — que la Nativité a été gravée par Fessard; mais il ajoute, beaucoup moins exactement, qu'elle est « dans le goût de Carie Maratte ». La Aaimîc de 1 ancien chateau de Bellevue est dans le goût de Boucher, et c’est même la un des types caractéristiques de sa manière d’entendre les sujets religieux. Art lacile, agréable, peut-être, mais Fort profane. C’était assez pour les dévots a qui la chapelle était destinée; c'est bien peu pour ceux qui font profession de croire que de pareils sujets réclament une certaine gravité de pinceau. Le tableau de Boucher est connu du lecteur : d’abord parce que la gravure de Fessard, — c est celle qui a pour titre la Lumière du monde — se rencontre aisément, et ensuite parce que la peinture originale a figuré , il y a quelques années, dans une vente de 1 hôtel Drouot. Notre souvenir nous la rappelle comme une toile rapidement brossée, et qui, dans la gaieté de ses colorations, avait le charme inconsistant d'une œuvre légère.

Disons-le d ailleurs une fois pour toutes. Ce n’est pas dans la peinture religieuse que Boucher a montré le meilleur de son talent ; il n’y a lait voir que la verve de son pinceau. Sans doute nous n entendons pas nier les qualités d'arrangement, les mérites d exécution qu on peut trouver dans certains tableaux de ce genre, notamment dans la Prédication de saint Jean-Baptiste qui décore une des chapelles de la paroisse de Saint-Louis, à Versailles; mais le coloris de Boucher ne convient pas à ces motiis austères. C’est dans ses dessins qu'il faut chercher son brio et sa fantaisie. Une sanguine, comme la Naissance du Christ annoncée aux bergers, suffirait à faire connaître la bonne humeur de son crayon et son allure pittoresque. On voit aussi dans V Assomption de la Vierge, du musée de Vienne, combien Boucher a eu parfois la notion du mouvement, le secret de la figure qui monte et qui vole. Ici, les chérubins bercés dans le ciel lumineux, la

BOUCHER ET MADAME DE POMPADOUR

Madone emportée dans les nuages aux bras des anges qui la soutiennent, le fracas des draperies, dont on entend le claquement soyeux, tout semble lait pour évoquer le souvenir d'une brûlante esquisse de Tiepolo.

11 ne paraît pas d'ailleurs que M'"' de Pompadour ait demandé à Boucher beaucoup de compositions religieuses. La Nativité, placée dans la chapelle de Bcllcvue, suffit à son caprice. Mais, pour les appartements, il tallait des dessus de porte. Boucher peignit des pastorales. Il en fit même un assez grand nombre sous le règne de la favorite. On voyait deux de ces bergeries — ce sont celles du Salon de 17^5 — dans le petit cabinet attenant à la chambre à coucher du roi, à Bellevue, car, on le sait, Louis XV ne fut jamais menacé de passer la nuit à la belle étoile. Ce monarque privilégié avait des chambres à coucher partout. Du reste, nous ne pouvons ouvrir un volume du xviif siècle, feuilleter un catalogue de vente, visiter une Exposition parisienne ou provinciale, sans y rencontrer des pastorales de Boucher. L’esprit se lasse à ce dénombrement sans fin, et nous y renonçons.

Pendant les premières années qui suivirent l'avènement de M'”' de Pompadour, Boucher, revenant à un idéal qui l'avait bien inspiré au temps de sa jeunesse, fit un certain nombre de tableaux et de dessins où la vie mondaine était étudiée. Considéré comme modiste. Boucher a du prix. La marquise possédait de sa main quatre peintures qui ont été gravées par Daullé et qui représentaient les Quatre Saisons. Après la mort de M""' de Pompadour, elles passèrent dans la collection de son frère, et on les trouve mentionnées dans le catalogue de sa vente. Un de ces tableaux a reparu à 1 Exposition organisée au profit des Alsaciens ; c’est l'Hiver, figuré par une jeune femme assise dans un traîneau. Ce véhicule, curieux échantillon de la carrosserie du temps, est a la fois un fauteuil et une nacelle dont un cygne décorerait la proue. Un amoureux enveloppé de son manteau, un Tartare, dit plaisamment le catalogue de M. de Marigny, fait glisser sur la neige durcie la voiture légère où trône 1 élégante promeneuse. Hygie protesterait contre les abréviations de son costume. La campagne s'endort sous les blancheurs hivernales, les arbres sont fleuris de flocons d'argent, la roue du moulin s’est immobilisée dans la glace du ruisseau, et 1 imprudente a la tête nue; elle a un peu de fourrure au cou et au tournant des épaules, et elle est gentiment décolletée. Boucher a toujours été un grand arrangeur; il fait tout sourire, même l’hiver.

Boucher aimait les costumes de son temps; il en comprenait 1 esprit et la grâce. Il avait aussi le sentiment des attitudes féminines, et il gardait pour les

BOUCHER

ET

Page 1