MADAME DE
POMPADOUR
fanfreluches les respects auxquels elles ont droit. Le charmant dessin que possède M. de Concourt, la Femme à l’érentail, mêle il la réalité un peu de cette
fantaisie qu’on retrouvera sous Louis XVI dans les Espagnoles de Fragonard. Ce dessin, très librement exécuté aux trois craj'ons, est de 1750. 11 y a un vague
parfum de théâtre dans la toilette de cette princesse chimérique et dans l'exagération du ruban ruché qui lui sert de collerette.
Boucher savait trop bien la mode pour n’avoir pas été mêlé aux spectacles qu'organisait la marquise. Mais ici les renseignements sont assez pauvres. Nous avons le mémoire « des peruques et accommodages » fournis par Notrelle, perruquier des Menus-Plaisirs du roi; nous possédons finventaire des « habits et ustanciles » du théâtre des petits appartements et nous voyons là des descriptions de costumes qui ont été portés par M”’“ de Pompadour, la duchesse de Brancas, M"’" de Marchais, M'"'" de Trusson et par les danseuses qu’on faisait venir de fOpéra. Ces gazes, ces cuirasses, ces guirlandes correspondent au style des A'êtements dont Boucher habillait ses déesses et scs bergères; mais elles ont pu être inventées par d’autres que par lui, car scs tableaux étaient devenus un arsenal où les tailleurs des Menus-Plaisirs cherchaient des inspirations.
Une grande peinture, qui devrait être au Louvre, mais qui fut envoyée en 1^99 au musée d’Angers, \n Rc'union des Arts, montre bien quelles étaient les préoccupations de Boucher en 17^1. Ce vaste tableau carré, dont la destination première n'est point connue, est la création d’un esprit ingénieux et inépuisable. Dans la partie supérieure de la toile, une coupole ou plutôt un Iragment de coupole dont le cintre se perd dans les frises est supporté par de minces colonnes. C’est le frontispice allégorique du temple des Arts, bâti en pleine chimère, au milieu de grands arbres qui l’ombragent de chaque côté. Deux génies porteurs de couronnes et de torches descendent de l’hémicycle idéal. Près d’eux sont trois petits Amours musiciens; au centre est placée une toile ovale préparée en gris et sur laquelle on voit, sous la forme légère d’un dessin au crayon blanc, une femme tenant un médaillon qui rappelle vaguement Louis XV. Autour de la toile, embryon d’un tableau commencé, se groupent les bons petits ouvriers de la peinture. Ils dessinent à la sanguine sur d’énormes feuilles de papier, et, la science n'attendant pas chez les Amours le nombre des années, ils font tout naturellement des portraits de femmes, et se montrent très à leur aise au milieu de l’outillage du maître, palette, cartons, pinceaux et le reste. A droite, au pied d’un sphinx accroupi et qui semble dire que Boucher était un ég}'ptologue hasardeux, trois génies font sérieusement delà sculpture. A gauche, dans le coin, on voit travailler les architectes. Ce sont encore des Amours : ils étudient des plans, ils savent se servir du compas et de l’équerre. Ces divers groupes, qui ne comprennent pas moins de seize ligures d'enfants, sont reliés les uns aux autres par des festons fleuris, par des étoffes déployées et par des vols de colombes amoureuses.