I. Correspondance littéraire’, IX, p. 5g
LES DERNIÈRES ANNÉES DE BOUCHER
A 1:1 Eiçon dont les journaux annoncèrent la mort de Boucher, on vit bien que « le peintre des Gnices et de la cour friponne de Cytlière » était depuis longtemps le représentant d'un idéal démodé. L'auteur des Mc'moires secrets se borne à écrire quelques lignes : « Le sieur Boucher, premier peintre du roi, vient de mourir. Depuis qu'il occupoit ce poste distingué, sa réputation ;ivoit diminué et il n’avoit rien fait digne de sa place. Le seul morce:iu qu'il ;ivoit exposé au dernier Salon étoit plus que médiocre. En général, cet artiste a joui d'une réputation précoce et portée beaucoup au delà de ce qu'il méritoit. » Le g:izetier reconnait ensuite que le pinceau de Boucher était spirituel et facile, et il termine par la comparaison inévit:ible : « Toutes ses bergères ressembloient à celles de Fontenelle. » Grimm reproduit le même cliché. 11 pense, lui aussi, qu’on pourrait « appeler Boucher le Fontenelle de la peinture. 11 avoit son luxe, sa recherche, son précieux, ses gntces fictices. » Et l’écrivain, se rappelant ce qu'il a entendu dire à Diderot, déclare que « c’étoit un maître bien dangereux pour les jeunes gens ». 11 semble que Boucher a été aussi fort dangereux poulies critiques, car il leur a inspiré des répétitions bien impertinentes.
Le i8 février 1771, on commença la vente des collections de toute sorte que Boucher avait réunies. Ceux qui ne connaissaient point le peintre apprirent alors quels étaient le libéralisme de son goût et l'intelligence de sa curiosité. Le cabinet de Boucher contenait des trésors. A l’exemple des grands amateurs de son temps, l'artiste avait recherché les coquillages les plus rares et les échantillons des mét;iux précieux ou vulgaires, car ce siècle est celui de X Encyclopédie ; on voulait :ipprendre, on inaugurait, non sans ardeur, un mouvement scientifique. Boucher avait fait comme le duc de Sullv, comme M. de Boisjourdain, comme son ami Jacqmin, le joaillier du roi. Son érudition en matière de conchyliologie aurait probablement tenu tout entière dans la plus petite coquille de sa collection; mais où le savant hésit:iit, le peintre voyait clair, et dans ces trésors venus de l'océan des Indes il a pu étudier certains tons roses, certaines perles brillantes ou nacrées qui étaient à la fois un enchantement pour les yeux et une leçon.
Boucher possédait aussi des marbres et des bronzes : son coquillier plaqué en bois de violette sortait des ateliers d’Oebenne; il avait des tables et des commodes de Boule, des flambe;iux et des girandoles, œuvres de Caffieri. Pour les porcelaines, pour les laques, pour les chinoiseries, sa collection abondait en pièces rares. Il faut lire le catalogue de sa vente pour se rendre compte des richesses qu il avait entassées. Enfin ce peintre singulier aimait la peinture; et il